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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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À propos de distribution, Louis parachève celle de son Grand Restaurant. Afin de donner un peu d’exotisme à son histoire, il choisit l’ancienne Miss Équateur, Maria-Rosa Rodriguez, pour devenir la secrétaire du dictateur joué par Folco Lulli. Il connaît bien cette danseuse et comédienne, qui a fait ses débuts à ses côtés dans Pouic-Pouic sous le pseudonyme de Yana Chouri. Il retient aussi Vanentino Vanentini, dont l’accent italien est reconnaissable entre mille, pour jouer le responsable de la sécurité du président Novalès. En revanche, il peine quelque peu à trouver son chef cuisinier. Il le souhaite grand et massif, une sorte de « géant roux » capable de lui tenir tête devant ses fourneaux. Voulant jouer de ce contraste physique, il finit par dénicher le comédien de la situation en la personne de Raoul Delfosse, un ami de Christian Duvaleix et de Colette Brosset. Enfin, comment pourrait-il se passer de l’indispensable pianiste de bar ? Il confie cette tâche à Roger Caccia, le truculent pianiste des Branquignols. Dans la même période, Louis, Jean Halain et Jacques Besnard s’enferment plusieurs jours pendant huit heures dans ce qu’un reporter de France-Soir appelle « son usine à gags[317] ». Là, « nous sommes les forçats du rire, plaisante Louis de Funès[318]. Chacun de nous raconte comment il voit une séquence. On se raconte des histoires jusqu’à ce qu’un de nous fasse rire les deux autres. La majorité absolue est indispensable. Quand on a trouvé le bon truc, on l’écrit et à partir de la situation, je cherche des gags, en me servant d’objets. Par exemple, le patron du restaurant utilise des boules de cire. Qu’est-ce qu’on fait de drôle avec des boules de cire ? Je me les fourre dans les oreilles et je tape dans mes mains pour vérifier que je n’entends vraiment rien. Là, tout le monde rit. Actuellement, je cherche un gag avec une machine à calculer. On m’en a offert une pour mes étrennes parce que je ne sais pas calculer. C’est encore pire que lorsque je compte sur mes doigts. Alors, cette machine, je vais la mettre dans le film[319]. » Dans le même article, il répète une fois de plus qu’on lui donne toujours trop de texte. « Je n’ai pas un comique de mots, mais de gestes, d’attitudes, de situation… Rappelez-vous la scène de la douche du Corniaud ; elle portait encore plus parce qu’elle était muette. » Il dit encore en revenant sur sa carrière que « pendant dix-huit ans, j’ai été le gugusse à qui l’on dit “Fais ça”. Comme à un singe savant. Mais de quel droit un metteur en scène peut-il donner des ordres à un acteur comique ? Il doit se contenter de le guider, de le mettre sur les rails et de lui laisser faire ce qu’il a envie de faire  ». Ces quelques phrases préfigurent bien ce que Louis de Funès attend de ses réalisateurs présents et futurs. Une façon élégante de prévenir : « C’est moi le patron et… qu’on se le dise.  » Il n’a aucun souci à se faire avec Jacques Besnard qui est aux ordres de celui qui lui donne une occasion en or de réaliser son premier film, sous haute surveillance ! On l’aura compris, Louis de Funès met le maximum d’atouts de son côté pour que le résultat escompté soit au rendez-vous. La « grande classe sous l’œil de son maître  », comme l’assurera dans quelques mois la bande-annonce de ce Grand Restaurant pour lequel Louis embauche encore le compositeur Jean Marion, un fidèle d’André Hunebelle, et le cascadeur Gil Delamare.

Premier clap le 7 février 1966 dans les studios de Saint-Maurice, où le décorateur Paul-Louis Boutié a reconstitué à l’identique la salle du restaurant Ledoyen. L’œil vissé derrière la caméra, Jacques Besnard, sous le regard attentif de Louis de Funès, procède aux réglages habituels après les premières répétitions. Chaque jour l’ambiance est bon enfant et cela tient pour beaucoup à Louis qui s’amuse comme lorsqu’il était sur scène en compagnie de l’équipe des Branquignols. Et qu’importe si les fous rires retardent les prises de vues, tout comme les inventions de De Funès qui, à la dernière minute, modifie une réplique, une attitude. Il se fiche bien de savoir si ces « pertes de temps » coûtent de l’argent ! Il veut du solide faisant mouche à chaque fois. Ainsi, Louis de Funès et Paul Préboist vont passer deux jours à mettre en boîte le bref dialogue au cours duquel Septime arrête son sommelier revenant de la cave et empestant le nuits-saint-georges 49 ! Même cas de figure quand Louis arrive déguisé en homosexuel affublé d’une perruque rouquine et d’un costume de dandy. « Toute l’équipe est prise d’un fou rire incontrôlable, raconte Olivier de Funès[320]. Au lieu de profiter de son déguisement pour jouer le comique troupier, il garde un ton sérieux : c’est pire ! Pierre Tornade est incapable de dire son texte et Jacques Besnard ne maîtrise plus rien. Au bout de quinze prises, il n’y a pas une minute dans la boîte. Les choses sérieuses reprendront [le len]demain.  » Pour la scène où Olivier se fait remonter les bretelles par Septime avant que le chef cuisinier le défende, Louis trouve plus guignolesque au bout de cinq ou six répétitions que Raoul Delfosse se montre encore plus imposant si on le hausse sur un petit tabouret. « Là, tu vois, dit-il à son fils, j’ai peur de prendre une grande beigne ! C’est très bien, j’ai l’air d’un insecte.  » En revanche, il n’est pas du tout satisfait de la façon dont il a tourné la scène où il doit décrire des plats français à des clients allemands. Son accent germanique issu de la méthode Assimil ne le convainc pas. Ce soir-là, il quitte le studio de fort méchante humeur. Le lendemain matin, après une nuit d’insomnie, il réveille Jeanne en s’exclamant : « Ça y est, j’ai trouvé ! Voilà : si une ombre me dessinait la moustache et la coupe d’Hitler pendant que je dévoile la recette en allemand ?  » Gag imaginé et réalisé en une seule prise avec un jeu de miroirs. Le résultat est à ce point réussi que Louis ressemble comme deux gouttes d’eau au dictateur du IIIe Reich. Ses yeux bleus sont révulsés et on croit même deviner une pointe d’écume à la commissure de ses lèvres. Il en est ainsi chaque jour, sans compter la complicité qui unit Louis et Bernard Blier. Quant à la chorégraphie imaginée par Colette Brosset, elle est réglée à la seconde près et il faut trois journées de répétitions pour que ce ballet où Louis danse avec son personnel atteigne une perfection digne de celle de West Side Story. Tout se passe donc au mieux, sauf lorsqu’il s’agit de tourner en Savoie les scènes de poursuites automobiles. Il faut arrêter le tournage pendant une dizaine de jours en raison de conditions climatiques calamiteuses. Louis en profite pour aller se reposer à Val-d’Isère avec Jeanne, où un photographe de Ciné Télé Revue les surprend. Dans le petit article publié le 7 avril 1966, le rédacteur anonyme écrit : « On a vu ce couple parfaitement uni faire de longues promenades à deux sur les pentes de Solaise. On l’a vu lui se livrant le plus sérieusement du monde à son sport favori : la pêche à la truite. Il n’a pu faire du ski, les compagnies d’assurances lui interdisant tout sport dangereux.  » Il serait, en effet, malvenu que Louis se brise un membre alors que sitôt terminé le tournage de son Grand Restaurant, il est attendu au Festival de Cannes, quelques jours avant de se mettre dans la peau du chef d’orchestre de The Great Vadrouille rebaptisée La Grande Vadrouille.

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317

Article paru le 21 janvier 1966. Cette « usine à gags » n’est autre que son domicile parisien.

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318

Ibid.

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319

Il faut croire que Louis de Funès n’a pas trouvé gag à son goût car aucune scène de cette nature ne figurera dans son film.

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320

Olivier de Funès, op. cit., p. 124.

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