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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Espérons qu’au moins il prendra nos puces et qu’on en aura moins », bougonna Agnete, avant de tendre un doigt menaçant vers Mikael. « Et qu’est-ce qu’il va manger ? Tu y as pensé ?

— La moitié de ma part », répondit Mikael, sérieux.

Agnete le regarda. Mikael était devenu le garçon le plus grand et le plus fort de toute la vallée, après Eberwolf. Il avait de larges épaules, des cuisses et des bras robustes comme le chêne, des mains capables de serrer comme un étau et un dos suffisamment fort pour avoir porté cent cinquante livres à travers la montagne, sans même paraître fatigué. Sa peau, autrefois pâle, avait bruni, et le soleil avait encore éclairci ses cheveux. Il les portait longs à présent, attachés sur la nuque par un lacet de cuir rouge pris sur la vieille robe d’enfant d’Eloisa. Ses traits étaient réguliers, et sa beauté rendue plus virile par la cicatrice à son front, son nez cassé et toutes les blessures qui avaient marqué sa vie jusque-là, telles des entailles sur le bâton d’un berger. Chacune de ces cicatrices, Agnete pouvait les rapporter à une saison. Elle ne put s’empêcher de penser qu’il ressemblait plus à un guerrier qu’à un paysan. Il était tout le portrait de son père, le dernier prince de Saxe. Elle s’étonnait parfois de l’aveuglement et de la bêtise des gens. La ressemblance était pourtant frappante. Elle ramassa une bûche, qu’elle lui lança dessus. « Il mangera la moitié de ta part, gamin ? », cria-t-elle. Elle n’avait jamais cessé de l’appeler ainsi.

Harro grogna.

Agnete prit une autre bûche. « Il y en a aussi une pour toi, vieux couillon », menaça-t-elle.

Harro se serra contre Mikael, sur la défensive, continuant de grogner tout bas.

« Tu tiens même pas sur tes pattes », lui dit Agnete en hochant la tête. Elle jeta la bûche par terre. « Et cet âne qui veut te donner la moitié de sa part ! s’exclama-t-elle. Tu veux le faire crever ? dit-elle d’un ton agressif. Tu sais ce qu’il va en faire, de la moitié de ce que tu manges ? Il va juste nettoyer ses dents pourries avec. Une bête comme ça, ça doit manger de la viande ! » Elle tendit de nouveau le doigt vers lui. « T’as intérêt à améliorer ton tir à l’arc et à lui attraper des écureuils, des oiseaux et des rats, si tu veux pas qu’il crève. »

Mikael ouvrit la bouche pour parler.

« D’accord, pas de rats, pour l’amour de Dieu, s’exclama Agnete en levant les yeux au ciel. Au cas où ça serait des arrière-petits-enfants de…

— Hubertus », dit Eloisa en riant.

Agnete regarda Mikael et Harro. « Vous faites un beau couple, bougonna-t-elle en rentrant dans la baraque. Vraiment, un beau couple !

— Tu lui as plu, je te l’avais dit, expliqua Mikael à Harro, avec un sourire. Elle a juste mauvais caractère. » Puis il étala l’emplâtre sur ses plaies.

Eloisa se mit à rire. « J’espère que tu vas pas l’appeler Hubertus lui aussi.

— Non, lui c’est Harro. »

Eloisa tendit la main et caressa timidement l’énorme croupe du molosse.

Harro beugla.

« Quelle voix profonde, dit-elle.

— N’aie pas peur », lui répondit Mikael.

Elle s’assit sur le tronc de sapin équarri qui formait le seuil de la baraque, découvrant un peu ses belles jambes, solides et fuselées. Puis elle lança un regard à Mikael.

Mikael se sentit rougir quand il s’assit près d’elle, sans s’approcher assez pour que leurs jambes se touchent. Sa respiration s’accéléra.

Pendant ces six années où ils avaient grandi ensemble, il avait été traversé par un torrent d’émotions. Dès qu’il le pouvait, il se mettait à côté d’elle pour travailler aux champs, l’écouter souffler sous l’effort, regarder les gouttes de sueur sur son front l’été, ses joues rougies par le froid l’hiver. Le soir, à table, il imaginait que leurs pieds se cherchaient. Il l’aidait à coudre les bonnets en queue d’écureuil, repensant à ce jour de leur enfance où le bout du doigt d’Eloisa avait touché sa paume. Quand leurs doigts se frôlaient en prenant les aiguilles d’os, Mikael était le premier à s’écarter, craignant qu’elle n’ait un mouvement de recul. Elle avait dit, trois ans plus tôt, qu’il ne lui plairait jamais. Chaque nuit, recroquevillé en silence sur sa couche de paille, il se languissait, tourmenté par cette timidité invincible, et cette peur qu’Eloisa se moque encore de lui. Et plus le temps passait, plus il lui était difficile de l’approcher, comme si la somme des jours depuis ce jour avait bâti entre eux un mur impénétrable.

Assis sur le seuil à côté d’elle, trop loin pour la toucher, il se dit qu’il pourrait peut-être se rapprocher. Il posa ses mains tremblantes sur le tronc équarri pour se soulever et glisser un peu vers elle, quand Harro se faufila entre eux, se serra contre Eloisa et posa la tête sur ses genoux.

« Qu’il a la tête lourde ! », s’exclama Eloisa.

Harro poussa un long soupir et ferma les yeux, détendu.

« Tu lui plais », dit Mikael.

Eloisa sourit et caressa Harro.

Mikael se dit que s’il caressait lui aussi Harro, leurs mains se toucheraient. Mais il était paralysé par la timidité. Les joues en feu, il se tourna vers elle, ouvrit la bouche, puis finit par dire, au prix d’un grand effort : « Si tu veux, c’est… notre chien. »

Les yeux d’Eloisa se voilèrent de larmes. « J’ai toujours rêvé d’avoir un chien… », dit-elle.

Mikael rit bêtement, pour cacher son embarras.

« Crétin ! », dit Eloisa en lui envoyant une tape sur le bras.

Harro, les yeux fermés, émit un bruit profond qui ressemblait à un grognement.

Eloisa écarta sa main, effrayée. « Pourquoi il fait ça ?

— Il te dit que tu ne dois pas avoir honte », répondit Mikael avec un sourire.

Eloisa laissa les larmes couler sur ses joues et recommença à caresser Harro. « Alors, ce sera notre chien, dit-elle. Et elle ajouta : T’es quand même un grand crétin ».

Mikael se reprochait intérieurement de n’être même pas capable de prendre la main de la fille qu’il aimait pour la caresser. « Oui. Je sais. Je suis le roi des crétins. »

37

Ojsternig éperonnait son cheval avec fureur, tenant les brides d’une seule main. Son bras gauche pendait le long de son corps et il sentait à chaque bond de l’animal une pointe de douleur aiguë, là où la flèche s’était plantée. Derrière lui Agomar et trois cavaliers, seuls survivants du guet-apens des rebelles, protégeaient sa retraite.

Il se souvenait à peine de ce qui s’était passé. Pendant la descente du convoi vers la Raühnvahl, il avait soudain entendu claquer des dizaines d’arcs et siffler une volée de flèches. Le soldat à ses côtés avait porté la main à sa gorge et s’était écroulé sur lui, éclaboussant sa tunique de sang. D’autres étaient tombés au sol avec un gémissement. Son cheval, pris de panique, l’avait presque désarçonné. C’est à ce moment qu’une flèche l’avait atteint au bras. Sans l’écart qu’avait fait sa monture effrayée, la flèche l’aurait frappé en plein cœur. Pas le temps d’organiser une contre-attaque. Les rebelles étaient cachés dans les buissons, perchés dans les arbres. Une vraie boucherie. Agomar l’avait rejoint en lui criant de s’échapper. Ojsternig avait fait volte-face et était remonté au grand galop vers la montagne, entendant toujours à ses oreilles le sifflement des flèches et les hurlements des rebelles. Aucun des paysans qui formaient le convoi n’avait été visé. Aucune de leurs bêtes.

Ojsternig ralentit bientôt l’allure, les rebelles étaient loin. Il saisit la flèche plantée dans son bras, voulut l’arracher et sentit une grande douleur.

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