Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Couleurs de l'incendie - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Couleurs de l'incendie

Электронная книга - «Couleurs de l'incendie». Краткое содержание книги:

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l'Europe.
1 ... 68 69 70 71 72 73 74 75 76 ... 105
Перейти на страницу:

— Ce que vous demandez n’est pas bien difficile puisque ça ne sert à rien.

Il n’en démordait pas, mais il avait reçu cinq cents francs de plus ; dans sa situation, c’était appréciable.

À la fin du mois d’août, la texture du produit était stabilisée, douce au toucher, légèrement grasse, pénétrante. Sa couleur était crème, presque comme du beurre laitier. Quant à la question de l’odeur, Paul, après de multiples tâtonnements, estimait qu’il n’y avait que deux options : le bouleau ou l’huile de théier.

« Il faut maintenant passer à la phase de test », écrivit-il sur son ardoise. Il montra des petits pots en grès recouverts d’un couvercle.

Léonce fut outrée :

— Ah non, Madeleine, je ne suis pas un cobaye ! Vous ne pouvez pas exiger ça de moi !

— Mais c’est inoffensif !

— Qui vous l’a dit ?

— Le pharmacien qui l’a fabriqué !

— Votre Allemand ? Merci beaucoup ! En plus, il est juif.

— Je ne vois pas le rapport.

— Je n’ai pas confiance.

— C’est Paul qui vous le demande. Il se masse les jambes tous les jours avec ce produit et il n’en est pas mort !

— Pas encore, vous voulez dire !

— Oh…

Léonce s’excusa. Bon, d’accord, que faut-il faire ? Madeleine ne pouvait décemment pas lui dire que le test visait principalement à vérifier que n’apparaîtraient pas, à l’usage, boutons, pustules, abcès, bubons, etc.

— Vous massez les jambes jusqu’à pénétration de la crème. Un jour avec le pot au couvercle blanc, le lendemain avec celui à couvercle gris. Et vous me dites laquelle vous préférez.

— D’accord.

Tout le monde était mobilisé, Paul, Vladi, Brodsky, Dupré, Madeleine. Mais le test n’était pas entièrement contrôlé. Brodsky, convaincu que ce baume était comme un cautère sur une jambe de bois, ne le faisait pas. Dupré oubliait systématiquement, mais annonçait que tout allait très bien quand il était interrogé, Madeleine s’abstenait parce qu’elle craignait les réactions, j’ai une peau trop sensible, qui ne supporte rien. Quant à Léonce, elle inventa un stratagème tout à fait dans son tempérament en proposant à Robert un massage « tout ce qu’il y a de plus aphrodisiaque », certaine que les jambes pouvaient être remplacées par n’importe quelle partie de l’anatomie pourvu que le produit pénètre bien à fond. L’huile de théier l’emporta sur le bouleau par cinq voix contre une, une victoire écrasante mais relative, parce qu’en fait seul le tandem Paul-Vladi s’était prêté sérieusement au jeu, la jeune Polonaise n’hésitant pas à s’en tartiner des pieds aux épaules, elle traînait dans son sillage une indiscutable senteur d’huile de théier (« Ach, uwielbiam zapach tego kremu ! »), ce qui faisait rire Madeleine. Les relations qu’elle entretenait avec la jeune Polonaise avaient beaucoup évolué. Elle l’avait embauchée contrainte et forcée, mais ne l’avait jamais aimée. Aussi, trois semaines plus tôt, avait-elle été la première surprise de sa réaction face à l’affaire de la crémerie Valet.

Fernand Valet, le crémier de la rue Mignet, était un homme d’une intelligence médiocre, mais qui parlait haut et fort parce qu’il se plaisait à être un caractère. Il décida un matin de ne plus servir Vladi :

— On ne sert plus les Polaks, ici ! Qu’ils retournent à Varsovie et laissent travailler les Français !

Confuse, Vladi était allée faire ses courses ailleurs. Madeleine s’en aperçut, demanda des explications. La jeune fille rougit parce qu’elle se sentait coupable d’être polonaise. Madeleine insista.

— Nie mogę już tam chodzić. Nie chcą mnie obsługiwać.

Ça n’était pas clair. Madeleine attrapa Vladi, le cabas, et dégringola à la crémerie où Fernand Valet pérorait comme à son habitude.

— Non madame, hurla-t-il, courroucé. Ici, c’est une maison française ! On sert les Français, uniquement !

Disant cela, il prenait à témoin la clientèle, assez nombreuse à cette heure-là, pour vérifier le bien-fondé de sa position. Tout le monde était d’accord. Valet croisa les bras et toisa Madeleine.

Elle ne sut jamais où elle était allée chercher son intuition. Dans la manière dont Vladi avait rougi, peut-être. Ou dans la mâle attitude du crémier…

— Est-ce que ça ne serait pas plutôt parce que mademoiselle a refusé de coucher avec vous ?

La clientèle unanime poussa un « Oh » scandalisé, mais, comme il s’agissait exclusivement de femmes, de mères de famille et de bonnes à tout faire, cette exclamation s’adressait davantage au crémier qui balbutiait qu’à la jeune fille qui regardait ses pieds, les lèvres serrées. Ayant entendu, comme à peu près tout le monde, que Vladi n’était pas la plus farouche des créatures, il s’était en effet mis en tête de jouir de ses faveurs et ne cessait de la harceler. Or Vladi avait ses têtes. Et M. Valet, qui n’en faisait pas partie, avait pris la mouche…

Madeleine promit un scandale qui toucherait largement le quartier et posa sereinement une série de questions : Mme Valet est-elle au courant ? Doit-on coucher avec le crémier pour acheter ses fromages ? Le droit de cuissage est-il de retour dans cet arrondissement de Paris ? M. Valet chasserait-il cette cliente si elle était française ? Et d’ailleurs, lui aurait-il fait les mêmes propositions ?

Au fil des questions, une certaine solidarité féminine poussa la clientèle à quitter le magasin. M. Valet, vexé mais battu, dut servir une part de gruyère dont Madeleine surveilla attentivement le poids et le prix ainsi qu’une demi-livre de beurre.

33

L’Atelier était en ordre de marche. Les invités n’étaient plus les supporters enthousiastes de la soirée de janvier dernier à La Closerie des Lilas, mais des figures graves, austères, des bonjours prononcés du bout des lèvres, des mains serrées à regret. Les fonctionnaires de second rang, qui devaient avoir des instructions, déclinèrent l’invitation de rester ensuite pour le buffet. Les industriels de la Renaissance française regardaient au fond de l’Atelier la table dressée par Potel et Chabot, les nappes blanches, les seaux à champagne, et semblaient évaluer le prix des assiettes de petits-fours et le salaire des serveurs. Sacchetti lui-même se montrait distant, mais à la manière d’un diplomate, c’est-à-dire de façon ouverte, discrètement chaleureuse, florentine. La presse, elle, se régalait d’avance, il ne manquait pas un reporter, pas un photographe.

Toute l’équipe de l’Atelier avait été convoquée. Elle aussi n’était plus que l’ombre de celle que l’on avait connue lors de l’inauguration. Elle était à ce point clairsemée que, pour faire nombre, les personnels de sécurité et de ménage avaient reçu l’instruction d’être présents. Robert se tenait droit comme un soldat près de la « fille du haut », comme il appelait l’employée chargée des bureaux à qui il mettait la main au cul dès qu’il le pouvait. Il était déjà allé voir les serveurs pour négocier deux bouteilles de champagne, soi-disant pour le personnel, mais qu’il comptait bien emporter pour les boire avec Léonce. Il avait aussi raflé un carton de petits-fours qu’il avait déposé dans son vestiaire.

Dans un espace occupant le tiers de l’Atelier, un chariot en acier monté sur rails portait le modèle réduit du réacteur. Les photographes eurent le droit de passer sous les chaînes qui délimitaient la zone pour le photographier de plus près. C’était un objet rond réalisé dans un alliage clair comme de l’aluminium, rutilant, qui ressemblait à une grosse marmite sans fond couchée sur le côté.

1 ... 68 69 70 71 72 73 74 75 76 ... 105
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)