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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Marcel ? Que faisait-il ici à l’aube ?

— T’as un problème ? T’as oublié les clés du bureau ?

— Faut que je te parle !

— J’arrive, répéta Ginette, j’en ai pour une minute.

Elle finit de verser l’eau, posa la bouilloire, prit un torchon, s’essuya les mains.

— Je te préviens, je suis encore en robe de chambre ! annonça-t-elle avant d’ouvrir.

— Je m’en fous ! Tu serais en string que j’y verrais que du feu !

Ginette ouvrit et Marcel entra, portant Junior sur le ventre.

— Pour de la visite, c’est de la visite ! Deux Grobz sur le paillasson ! s’exclama Ginette en faisant signe à Marcel d’entrer.

— Oh ! Ma pauvre Ginette ! grommela Marcel. C’est terrible ce qui nous arrive… Ça nous est tombé sur les bretelles ! On n’a rien vu venir !

— Si tu commençais par le début ? Je vais rien comprendre sinon !

Marcel s’assit, ôta Junior du porte-bébé, le cala sur ses genoux et prit un morceau de pain qu’il plaça dans la bouche de l’enfant.

— Allez, mon gars, fais-toi les dents pendant que je cause à Ginette…

— Ça lui fait quel âge à ce petit amour ?

— Il va sur son premier anniversaire !

— Dis donc, il fait beaucoup plus vieux ! Qu’est-ce qu’il est costaud ! Mais comment ça se fait que tu l’emmènes au travail ?

— Oh ! M’en parle pas ! M’en parle pas !

Il dodelinait de la tête, catastrophé. Il n’était pas rasé et sa veste affichait une tache de gras sur le revers.

— Si, parle-moi justement.

Il attaqua, le regard en berne :

— Tu te souviens dans quel état de bonheur j’étais la dernière fois qu’on a dîné chez vous avec Josiane ?

— Juste avant Noël ? Tu nous as saoulés. On n’en pouvait plus !

— J’exultais, j’enflais de joie, je pétais de bonheur ! Quand j’arrivais au bureau le matin, je demandais à René de me mordre l’oreille, juste pour voir si tout ça était vrai.

— Tu voulais installer un fauteuil de bébé dans ton bureau pour initier le gamin !

— C’était le bon temps, on était heureux. Maintenant…

— Maintenant, on vous voit plus. Vous êtes habillés en fantômes !

Il ouvrit les bras en signe d’impuissance. Ferma les yeux. Soupira. Le bébé bascula, il le rattrapa et, de ses deux mains fortes aux poils roux, se mit à le pétrir. Il enfonçait ses phalanges dans le petit ventre rond de Junior qui se laissait tripoter avec un rictus douloureux.

— Arrête, Marcel, ce n’est pas de la pâte à modeler, ton môme !

Marcel relâcha la pression. Junior respira d’aise et tendit la main à Ginette pour la remercier de son intervention.

— T’as vu ? s’exclama Ginette, abasourdie.

— Je sais, c’est un génie ! Mais, bientôt, il ne sera plus qu’un pauvre orphelin.

— C’est Josiane ? Elle est malade ?

— La pire des maladies : elle broie du noir. Et ça, ma pauvre belle, on n’y peut rien !

— Allons ! Allons ! le bouscula Ginette. C’est la déprime post-natale. Ça arrive à toutes les femmes ! On s’en remet.

— C’est pire ! Bien pire !

Il se pencha et chuchota :

— Il est où, René ?

— En train de s’habiller. Pourquoi ?

— Parce que… ce que je vais te dire est totalement secret. Il est hors de question que tu lui en parles.

— Cacher un truc à René ? s’offusqua Ginette. Je ne pourrais jamais ! Garde ton secret, je garde mon mari !

Marcel se rembrunit. Reprit Junior contre lui et se remit à le pétrir. Ginette arracha l’enfant des mains de son père.

— Donne-le-moi, tu vas finir par l’éviscérer !

Marcel s’effondra, les deux coudes sur la table.

— Je suis à bout ! J’en peux plus ! On était si heureux ! Si heureux !

Il s’agitait, se passait la main sur le crâne, se mordait le poing. Son poids faisait gémir la chaise. Ginette arpentait la pièce, Junior contre son épaule. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus tenu un bébé dans les bras et elle était émue. La tendresse qu’elle éprouvait pour Junior rejaillit sur Marcel, ce bon Marcel qui se mangeait les doigts et suait à grosses gouttes.

— Mais tu es malade, ma parole ! dit Ginette en le voyant cramoisi.

— Oh ! moi, c’est juste de l’angoisse, mais Josiane… Si tu la voyais ! Un voile blanc ! Une apparition ! Elle va finir par monter au ciel.

Il s’effondra sur lui-même et se laissa pleurer.

— J’en peux plus, j’ai les circuits en berne. J’erre dans l’appartement comme un vieux cerf auquel on a limé les bois. Je brame plus, je suis chiffonnette et torchon mouillé. Je sais plus ce que je signe, je sais plus mon nom, je dors plus, je mange plus, je perds mes eaux et mes entrailles. Je pue le malheur. CAR LE MALHEUR EST ENTRÉ DANS LA MAISON !

Il s’était appuyé sur les coudes et rugissait. René entra dans la cuisine et lâcha un juron.

— Putain ! Qu’est-ce qui lui arrive à ce pauvre Mohican ? Il en fait un de ces boucans !

Ginette comprit qu’il fallait qu’elle prenne la situation en main. Elle installa Junior sur le canapé, l’entoura de coussins pour qu’il ne tombe pas, posa devant Marcel et René le pot de café odorant, coupa les tartines, les beurra, leur tendit le sucrier.

— D’abord, vous prenez le petit déjeuner, ensuite je reste avec Marcel et je le confesse…

— Tu veux pas me parler ? demanda René, suspicieux.

— C’est spécial, expliqua Marcel, gêné, je peux en parler qu’à ta femme.

— J’ai pas le droit de savoir ? s’étonna René. Je suis ton plus vieux pote, ton homme de confiance, ton bras droit, ton bras gauche et même ta cervelle parfois !

Marcel piqua du nez, confus.

— C’est intime, dit-il en se curant les ongles.

René se caressa le menton puis laissa tomber :

— Allez ! Confesse-le ! Sinon il va étouffer…

— Mange d’abord. On parlera après…

Ils prirent leur petit déjeuner tous les trois. En silence. René s’empara de sa casquette et sortit.

— Il va faire la tête ?

— Il est vexé, c’est sûr. Mais je préférais qu’il me donne l’autorisation. Je suis pas bonne pour les cachotteries…

Elle jeta un œil sur Junior qui se tenait assis au milieu des coussins et écoutait.

— Faudrait peut-être l’occuper…

— Donne-lui un truc à lire. Il adore ça.

— Mais j’ai pas de livres pour bébés, moi !

— N’importe quoi ! Il lit tout. Y compris le Bottin…

Ginette alla chercher l’annuaire téléphonique et le tendit à Junior.

— Je n’ai que les Pages jaunes…

Marcel leva la main, à bout d’arguments. Junior prit l’annuaire, l’ouvrit, posa un doigt sur une page et commença à baver dessus.

— Il est étrange quand même ton gamin ! Tu l’as montré à un docteur ?

— Si y avait que ça d’étrange dans ma vie, je serais le plus heureux des hommes…

— Parle et arrête de pleurer, tu vas prendre froid aux yeux !

Il renifla, se moucha dans la serviette en papier que lui tendait Ginette. La regarda avec un air craintif et lâcha :

— C’est Choupette. Elle a été maraboutée.

— Maraboutée ! Mais ça n’existe pas ces choses-là !

— Si, si, je te le dis : elle a été travaillée avec des aiguilles.

— Mon pauvre Marcel ! T’as renversé la mayonnaise !

— Écoute… Au début, j’étais comme toi, je voulais pas y croire. Et puis j’ai bien été forcé de constater…

— Quoi ? Il lui a poussé des cornes ?

— T’es bête ! C’est plus subtil !

— Tellement subtil que j’y crois pas.

— Écoute-moi, j’te dis !

— Je t’écoute, la timbale !

— Elle n’a plus de goût à rien, elle se sent vide comme une baignoire, se cloue au lit toute la journée et ne gazouille plus avec le petit. C’est pour ça qu’il grandit si vite… Il veut sortir de ses langes et l’aider.

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