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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Elle poussa la porte de l’immeuble et entendit des cris dans la loge d’Iphigénie.

— C’est un scandale, hurlait une voix d’homme. C’est vous la responsable ! C’est infect ! Vous devez nettoyer ce local tous les jours ! Il y a des cannettes de bière, des bouteilles vides, des Kleenex par terre ! On trébuche dans les immondices !

L’homme sortit de la loge en vociférant. Joséphine reconnut le fils Pinarelli. Iphigénie, derrière la porte vitrée tendue d’un rideau, était livide. La pancarte affichant ses heures de présence se balançait au bout de la chaîne. Il revint vers elle, leva le bras pour la frapper, elle tourna le loquet. Joséphine se précipita vers lui et lui attrapa le bras. L’homme se dégagea et l’envoya à terre avec une force étonnante. La tête de Joséphine heurta violemment le mur.

— Mais vous êtes fou ! cria-t-elle, bouleversée.

— Je vous interdis de prendre sa défense ! Elle est payée pour ça ! Elle doit nettoyer ! Connasse !

Un filet de salive coulait sur son menton qui tremblait, sa peau était marquée de plaques rouges et sa pomme d’Adam s’agitait comme un bouchon fou.

Il tourna les talons et remonta chez lui en avalant les marches.

— Ça va, madame Cortès ?

Joséphine tremblait et se frottait le front pour effacer la douleur. Iphigénie lui fit signe de la rejoindre dans la loge.

— Vous voulez boire quelque chose ? Vous avez l’air toute remuée…

Elle lui tendit un verre de Coca et la fit asseoir.

— Qu’est-ce que vous avez fait pour le mettre dans cet état ? demanda Joséphine, reprenant ses esprits.

— Je le nettoie, le local à poubelles. Je vous assure. Je fais de mon mieux. Mais sans arrêt, il y a des gens qui déposent des cochonneries que j’ose même pas vous dire ! Alors si j’oublie d’y aller un jour ou deux, c’est vite sale ! Mais l’immeuble est grand et je ne peux pas être partout…

— Vous savez qui fait ça ?

— Mais non ! Je dors la nuit, moi. Je suis fatiguée. C’est du boulot, cet immeuble. Et quand la journée est finie, j’ai les enfants à m’occuper !

Joséphine parcourut la loge du regard. Une table, quatre chaises, un canapé défraîchi, un vieux buffet, une télé, une kitchenette en Formica qui s’écaillait, un vieux lino jaune au sol et, au fond, séparée par un rideau bordeaux, une pièce sombre.

— C’est la chambre des enfants ? demanda Joséphine.

— Oui, et moi, je dors sur le canapé. C’est comme si je dormais dans le hall. J’entends la porte d’entrée qui claque toute la nuit quand les gens rentrent tard. Je fais des bonds dans mon lit…

— Faudrait donner un coup de peinture et acheter des meubles… C’est un peu triste.

— C’est pour ça que je me teins les cheveux dans toutes les couleurs ! dit Iphigénie en souriant. Ça fait du soleil dans la maison…

— Vous savez ce qu’on va faire, Iphigénie ? On va aller demain chez Ikea à l’heure de votre pause et on va tout acheter : des lits pour les enfants, une table, des chaises, des rideaux, des commodes, un canapé, un buffet, des tapis, une cuisine, des coussins… et après, on ira chez Bricorama, on choisira de belles peintures et on repeindra tout ! Vous n’aurez plus besoin de vous teindre les cheveux.

— Et avec quel argent, madame Cortès ? Vous voulez que je vous montre mes fiches de salaire ? Vous allez pleurer !

— C’est moi qui paierai.

— Je vous le dis tout de suite, c’est non !

— Et moi, je vous dis, c’est oui ! L’argent, on ne l’emporte pas dans la tombe. Moi, j’ai tout ce qu’il faut, vous, vous n’avez rien. Ça sert à ça, l’argent : à remplir les vides.

— Ah ben non, madame Cortès !

— Je m’en fiche, j’irai toute seule et je ferai livrer devant votre porte. Vous ne me connaissez pas, je suis têtue.

Les deux femmes s’affrontèrent en silence.

— Le seul truc bien, si vous venez avec moi, c’est que vous pourrez choisir, on n’a pas forcément les mêmes goûts.

Iphigénie avait croisé les bras sur sa poitrine et fronçait les sourcils. Ce jour-là sa chevelure avait une couleur mandarine qui virait au jaune par endroits. Sous la lumière du vieux lampadaire, on aurait dit que des flammèches s’échappaient de sa tête.

— C’est vrai que ce serait bien que les couleurs, vous les mettiez sur les murs, et pas sur la tête, dit Joséphine en faisant la moue.

Iphigénie passa la main dans ses cheveux.

— Je sais, je l’ai ratée cette fois-ci, ma couleur… mais c’est pas pratique, la douche est dans la cour, y a pas de lumière et je ne peux pas toujours respecter le temps de pause. Et puis, l’hiver, je fais vite parce que sinon, je m’enrhume !

— La douche est dans la cour ! s’exclama Joséphine.

— Ben oui… À côté du local à poubelles…

— C’est pas possible !

— Mais si, madame Cortès, mais si…

— Bon, décida Joséphine. On y va demain !

— N’insistez pas, madame Cortès !

Joséphine aperçut la petite Clara qui se tenait dans l’embrasure de la chambre. C’était une fillette étonnamment sérieuse dont les yeux tombaient, tristes et résignés. Son frère Léo l’avait rejointe ; chaque fois que Joséphine lui souriait, il se cachait derrière sa sœur.

— Je vous trouve un peu égoïste, Iphigénie. Il me semble que vos enfants aimeraient bien vivre dans un arc-en-ciel…

Iphigénie posa les yeux sur ses enfants et haussa les épaules.

— Ils sont habitués comme ça.

— Moi, j’aimerais bien qu’on repeigne la chambre en rose… et j’aurais une couette vert pomme, dit Clara en mâchonnant une mèche de cheveux.

— Oh, non ! Rose, c’est pour les filles, s’écria Léo. Moi je veux du zaune coin-coin et une couette rouge avec des vampires !

— Ils ne sont pas à l’école ? demanda Joséphine qui répugnait à crier victoire et préférait laisser le temps à Iphigénie de se rendre sans perdre la face.

— C’est mercredi. Le mercredi, y a pas école ! répondit Léo.

— Tu as raison. J’avais oublié !

— T’as la tête à l’envers, on dirait…

— Je l’avais, mais depuis que je suis avec vous, ça va beaucoup mieux, dit Joséphine en l’attirant sur ses genoux.

— Et puis, maman, on pourrait avoir des lits qui s’empilent ? continua Clara. Comme ça, moi, je pourrais dormir au premier étage et je croirais que je suis dans le ciel… Et un bureau aussi ?

— Et moi, un cheval à bascule ! T’es le Père Noël ? demanda Léo à Joséphine.

— Que tu es bête ! Je n’ai pas de barbe !

Il eut un rire-gazouillis qui lui rinça la gorge.

— Je crois bien que vous avez perdu, Iphigénie. Rendez-vous demain à midi. Vous avez intérêt à être à l’heure parce qu’on aura juste le temps de faire l’aller-retour…

Les deux enfants encerclèrent leur mère en criant leur joie.

— Dis oui, m’man, dis oui…

Iphigénie frappa la table de la main et demanda le silence :

— Alors, en échange, je vous fais le ménage. Deux heures par jour. C’est à prendre ou à laisser.

— Une heure suffira. On n’est que deux. Vous n’aurez pas beaucoup de travail et je vous paierai.

— C’est gratuit ou j’y vais pas chez Ikea !

Le lendemain, Joséphine attendait dans le hall à midi. Elles montèrent dans la voiture de Joséphine. Iphigénie tenait un cabas sur ses genoux et avait noué un foulard sur ses cheveux.

— Vous êtes musulmane, Iphigénie ?

— Non, mais je m’enrhume des oreilles. Après, j’ai des otites, les oreilles qui brûlent dedans et dehors…

— Comme moi. À la moindre émotion, elles s’enflamment…

Elles traversèrent le bois de Boulogne et prirent la direction de La Défense. Elles se garèrent devant Ikea. S’emparèrent d’un mètre en papier, d’un petit bloc et d’un crayon et pénétrèrent dans les dédales du magasin. Joséphine marquait, Iphigénie pestait. Joséphine remplissait le carnet de commandes, Iphigénie criait à la gabegie :

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