Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
Aussitôt sur le qui-vive, Tancrède sortit son revolver de service et bascula le cran de sûreté.
Non sans avoir pris la peine, pour éviter de se faire enfermer, de bloquer le panneau avec l’un des nombreux paniers en plastique pleins de linge qui traînaient ici, il s’engagea dans le réduit. Attentif au moindre bruit, il progressa lentement sur une quinzaine de mètres. Le couloir se terminait là, sur une simple porte. Il y colla son oreille. Aucun son ne lui parvint. S’efforçant de rester le plus discret possible, il poussa le battant avec prudence. De l’autre côté, il découvrit une petite salle sombre, faiblement éclairée par la lueur de l’écran d’un terminal en veille.
Afin de ne pas faire une cible trop évidente en entrant, Tancrède se jeta au centre de la pièce en se laissant tomber sur les genoux puis se retourna d’un geste vif en braquant son arme derrière la porte. Personne. Il commença alors à examiner les lieux.
L’endroit était conçu comme un petit appartement aux allures spartiates. Presque aucun meuble, un coin toilette sommaire, plusieurs caisses pleines de rations militaires impérissables. Celui qui occupait les lieux avait visiblement prévu d’en sortir le moins possible. La couchette était du même modèle que celle de n’importe quel passager, capable de supporter les phases d’accélération, de décélération et de sommeil froid ! En promenant son regard dans la pièce, Tancrède remarqua un gros parallélépipède recouvert d’un drap noir posé dans un coin.
L’arme toujours au poing, il s’en approcha. Lentement, il souleva le tissu et découvrit un bloc de métal lisse et chromé, surmonté d’un cercle noir. Bon sang, une caisse homéostatique ! Bien que n’ayant jamais vu ce genre de matériel, il savait que ce cube ne s’ouvrirait que si la personne pour laquelle il avait été scellé passait la main au-dessus du cercle noir. Il faudrait ensuite effectuer une série de gestes de la même main, équivalant à une signature, pour la déverrouiller. Aucun autre moyen ne permettrait jamais d’accéder au contenu de cette caisse, même avec toutes les ressources techniques les plus sophistiquées. À moins, bien sûr, de détruire la caisse, auquel cas son contenu était automatiquement détruit avec.
Fasciné, il laissait sa main courir le long des arêtes aiguës du cube lorsque soudain, quelque chose lui fit relever brusquement la tête.
Il sut qu’il devait partir. Tout de suite !
Après avoir subi l’entraînement spécifique aux Méta-guerriers durant de nombreuses années, Tancrède avait développé un sens particulier, une sorte d’alarme interne qui lui faisait parfois sentir l’imminence du danger. Les longues heures passées en caisson de suggestion mentale à répéter de complexes mantras lui donnaient, dans certaines situations, quelques dixièmes de secondes d’avance sur le temps de réaction d’un individu normal. Quelques dixièmes, c’est peu de chose, mais cela pouvait suffire pour vous sauver la vie. Et là, son alarme interne lui gueulait dans les oreilles : fous le camp d’ici !
Sans perdre un instant, il remit le drap noir en place sur la caisse homéostatique, sortit de la pièce, referma la porte et se hâta dans le couloir autant que le permettait la discrétion. Il faillit oublier d’enlever le panier qui bloquait le panneau extérieur puis se précipita derrière une pile de cartons de cols de chemise au moment où un léger bruit se faisait entendre dans la pièce à côté. Le panneau pivotait plus lentement que Tancrède ne s’y attendait. Le temps qu’il lui fallut pour se refermer parut infini et le déclic en bout de course, assourdissant. L’homme entra dans la salle à cet instant.
Tancrède n’avait pas eu le temps de se mettre dans une position permettant d’observer correctement la scène. Il aperçut néanmoins un individu arrêté sur le pas de la porte. Impossible de savoir s’il avait remarqué quelque chose. Il était de grande taille et portait une robe de bure noire, capuche rabattue sur la tête. Il n’y avait déjà pas beaucoup de lumière dans la pièce, mais la bure semblait absorber le peu qui parvenait jusqu’à elle, rendant celui qui la portait quasi indétectable si l’on ne savait pas qu’il était là. Si Tancrède connaissait ce genre de tissu technique, il ne l’avait encore jamais vu taillé en une telle robe.
L’homme se remit en marche, se déplaçant sans le moindre bruit, presque comme s’il glissait sur le sol, puis s’arrêta devant le panneau qui venait de se refermer quelques secondes plus tôt. D’un geste souple, il actionna le mécanisme d’ouverture et enjamba le seuil lorsque soudain, il interrompit son mouvement et fit volte-face vers l’intérieur de la pièce.
Il se produisit alors quelque chose de tout à fait inhabituel. Tancrède eut peur.
Tancrède n’avait jamais peur. Ce n’était pas une question de courage ou d’honneur, pas plus qu’une question de témérité ou d’inconscience. C’était juste un fait. Il pouvait avoir peur pour les gens qu’il aimait, mais jamais pour lui. Il n’en tirait pas de fierté parce qu’il voyait cela un peu comme un critère physique inné pour lequel il n’avait pas de mérite particulier. Comme sa taille ou la couleur de ses yeux. La nature lui avait fait un cœur incapable de ce sentiment*.
Pourtant, au moment où cet homme qui n’accrochait nulle lumière se retourna vers lui, il sentit une onde de peur le traverser, comme si une vague d’eau froide et croupie lui recouvrait soudain le corps. Le front couvert de sueur, Tancrède retint son souffle dans l’espoir de rester le plus discret possible. La bure noire fit un pas dans la pièce, précisément vers la pile de cartons de cols de chemise, et l’angoisse de Tancrède monta en flèche. Là, il comprit.
Cette peur n’avait rien de naturel. Trop parfaite, trop puissante. Il y avait de la technologie là-dessous, c’était évident. Depuis quelques années, des rumeurs circulaient dans l’armée sur des implants psychoactifs capables de susciter des sentiments divers chez ceux qui en étaient la cible, mais l’état-major avait toujours démenti. Tancrède l’aurait juré, cet homme était équipé de quelque chose dans ce genre-là. Dès l’instant qu’il eut compris l’origine de cette peur étrange, elle reflua suffisamment pour que son entraînement lui permette de la maîtriser.
La bure noire s’était avancée jusqu’au centre de la salle, à quelques mètres à peine de la cachette de Tancrède. Il ne faisait presque aucun geste, hormis un étrange hochement de tête. Bon Dieu, on dirait presque qu’il hume l’air ! Puis, il tourna brusquement sur lui-même et retourna à l’intérieur du couloir obscur, laissant le panneau se refermer sur lui.
Au cas où il s’agirait d’une feinte destinée à le faire sortir de sa cachette, Tancrède attendit plusieurs minutes avant de bouger. Lorsqu’enfin il estima que tout danger était passé, il se glissa hors des buanderies et prit le chemin du retour vers ses quartiers. Les pensées se bousculaient dans sa tête ; le cube, le clandestin en bure noire, les implants psycho-actifs, il fallait faire le tri dans toutes ces choses pour essayer d’en dégager une explication cohérente, toutefois pour le moment, l’excitation l’empêchait d’y voir clair.
Brusquement, au détour d’un couloir, un homme jaillit devant lui.
Sans même avoir besoin de réfléchir, Tancrède laissa ses réflexes conditionnés réagir à sa place et saisit l’homme à la gorge d’une poigne de fer pour le plaquer violemment au mur.