À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Il ne s’agit pas, bien sûr, d’un monde altéré — ça, c’est déjà fait —, mais d’un monde alternatif. Cet adjectif, qui signifiait d’abord « qui agit à tour de rôle », « qui n’est pas continu » (voir le courant alternatif), correspond aussi à « différent et pouvant servir à remplacer une solution classique ». Toute réforme cherche à fournir des solutions alternatives aux problèmes du monde ; quant à la révolution, qui n’est plus à la mode, c’est une alternative générale.
Mondialiser, le mot, existe depuis les années 1920, dites « les Années folles », ceci rendant peut-être cause de cela. Mais pour qu’on en fasse un système et qu’on se dise mondialiste, il faut attendre les années 60 du XXe siècle. Puisqu’il s’agissait d’un système, en l’occurrence capitaliste et libéral, qui venait opportunément relayer feu le colonialisme et l’impérialisme discrédités mais qui se portent assez bien, il était normal qu’il y eût des antimondialistes. On se souvient qu’à toute manifestation de la mondialisation par les États les plus riches s’organisaient des contremanifestations antimondialistes.
Comme on ne détruit que ce qu’on remplace — profonde pensée —, le stade anti-parut insuffisant et trop négatif. C’est pour remplacer antimondialiste, dans un espoir de mondialisation alternative, qu’est apparu au début de notre XXIe siècle ce composé un peu bizarre. En effet, si l’élément anti-était classiquement combiné à des mots en — isme et en — iste pour exprimer l’opposition, l’élément alter-restait pris dans des composés latins de vieille souche. Alter-étant libéré, on va peut-être parler d’altercapitalistes et d’altercommunistes, d’alterfascistes et non plus de néofascistes ; avec un nom propre, ça ne marche pas très bien : l’altermarxisme, faute d’un nouveau Karl Marx, c’est difficile ; l’alterchiraquisme, on voit mal… Et puisque des auditeurs m’ont accusé d’antiaméricanisme, je vais me replier sur l’alteraméricanisme, puisqu’il y a une autre Amérique, que j’adore.