À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité
- Автор: Rey Alain
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert Laffont
- ISBN: 978-2221112724
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «À mots découverts. Chroniques au fil de l'actualité». Краткое содержание книги:
Le plus souvent un mot lié à l'actualité sert de prétexte pour une chronique érudite et parfois espiègle. Tout en en rappelant la valeur exacte, les origines du mot choisi, l'étymologiste se livre à l'exercice ou il excelle : rattacher la langue de tous les jours au patrimoine culturel, réduire les contresens, combattre les à-peu-près et les préjugés, pour mieux rendre compte des réalités.
Cette sélection, ou Alain Rey a choisi de garder les mots les plus significatifs en les agrémentant parfois d'un petit commentaire pour les restituer dans l'actualité, est aussi l'occasion de se retourner sur les cinq premières années du XXIe siècle.
Conséquence
J’ai un peu de mal à comprendre l’émotion qui a saisi la France lorsque Colin Powell, à la question : « Y aura-t-il des conséquences à l’attitude de la France par rapport à la politique des États-Unis ? », a répondu sobrement : « Oui. » Car on voit mal comment un acte ou une attitude politiques seraient absolument sans conséquences. Ce serait dire que cet acte ou cette attitude sont totalement insignifiants.
Oui, le déclenchement préventif d’une guerre au nom de la supériorité militaire et des intérêts d’un pays ont déjà et auront des conséquences. Oui, la politique de répression menée par Ariel Sharon ainsi que les actes terroristes, d’où qu’ils viennent, ont des conséquences, à commencer par des victimes et des destructions.
Dans le cas de la bisbille franco-étatsunienne, les conséquences sont heureusement moins dramatiques, et l’agitation autour des intentions punitives ou même de la mauvaise humeur, des reproches, de la réprobation et des réprimandes, mot enfantin qu’on entend pourtant à ce propos, illustre simplement le sentiment universel et un peu lâche de la toute-puissance des États-Unis et aussi la faiblesse de l’orgueil national des autres…
Conséquence, cher monsieur Colin Lapalisse Powell, c’est universel, inévitable, obligatoire. Le latin consequentia est dérivé de consequens, formé sur le verbe sequi, « suivre » ; le mot correspond à « ce qui s’ensuit », soit dans le temps, soit dans l’effet logique d’une cause. Tout dans la vie « tire à conséquence » ; rien n’est « sans conséquence » et il serait inconséquent de prétendre agir sans qu’il y ait des effets. La seule question est de les mesurer, ces conséquences, de les prévoir, par exemple d’imaginer que la chute programmée du régime dictatorial de Saddam Hussein allait avoir pour conséquences un certain chaos, d’abord, et ensuite la libération de forces politico-religieuses qui étaient réprimées, le chiisme, par exemple. Mesurer les conséquences, c’est prévoir et déjà imaginer les effets d’une violence répondant à d’autres violences sur les psychologies collectives, par exemple en Palestine, et aussi en Israël.
Le petit « oui » aux conséquences, émis par Colin Powell, montre une évidence : les conséquences de toute situation ne sont pas seulement matérielles ; ce sont d’abord les effets dans la tête.