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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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La préparation de ce film, le premier où il va apparaître au générique comme coscénariste et adaptateur, occupe une grande partie de son temps en ce début d’automne. Il ne perd pas pour autant de vue les avancées du travail de Gérard Oury qui lui assure qu’à la mi-novembre il sera en mesure de lui présenter un premier script et qu’il a déjà constitué une partie de son équipe. Oury vient, en particulier, de charger Georges Vallon, l’un des plus grands directeurs de production, de lui trouver des locaux servant de « quartier général », et de confier à Gérard Guérin qui l’assistait déjà dans la réalisation du Corniaud le soin de faire les repérages. Il précise aussi à Louis que les scènes jouées par les Britanniques seront interprétées en langue anglaise ; par les Allemands en allemand et, bien entendu, par les Français dans leur propre langue ; mais que lorsque ces personnages de nationalités différentes se trouveront en présence les uns des autres, ils se parleront en se « débrouillant » dans la langue de chacun, comme cela se passe dans la vraie vie. Quant au casting, Oury explore plusieurs pistes. Tout cela convient parfaitement à Louis, qui attend avec une certaine impatience la sortie en salles du Gendarme à New York dont la presse commence à se faire largement l’écho. Depuis deux semaines déjà, Le Parisien libéré offre à ses lecteurs les meilleures scènes du film sous la forme d’un minifeuilleton, sans rien dévoiler du dénouement. Quant à Gérard Beytout, il voit les choses en grand en organisant une fastueuse projection privée réservée à de prestigieux invités. Cette idée n’a pas du tout les faveurs de De Funès qui veut que le film soit projeté pour sa première séance le 29 octobre 1965 devant un vrai public payant afin de tester ses réactions. Beytout insiste, en pure perte. Louis se montre inflexible et son producteur n’a d’autre choix que de s’incliner devant les désirs de sa vedette qui estime que « les grands de ce monde ne rient jamais complètement. Ils doivent garder leur dignité. Moi, je veux voir le vrai public, celui qui paie sa place et qui vient s’amuser[309] ».

Ce vendredi à vingt heures trente tapantes, Louis, accompagné de Jeanne et d’Olivier et avec la complicité du directeur du cinéma Le Balzac, s’installe au fond de la salle en usant d’un stratagème à sa façon. Tous les trois arrivent d’abord dans un taxi qui se gare dans une rue perpendiculaire à l’avenue des Champs-Élysées. Olivier est chargé de prévenir discrètement la caissière de l’arrivée du comédien. Il achète trois billets. Une fois que tous les spectateurs sont entrés, il va chercher ses parents. Louis se coiffe d’une casquette et se cache derrière des lunettes de soleil. Il va saluer le directeur, puis il se laisse guider par une ouvreuse juste avant que ne défile le générique. Ainsi, il peut guetter les impressions de ces hommes, femmes et enfants venus en famille découvrir la dernière aventure des Cruchot, Fougasse, Merlot, Tricard, Berlicot et Gerber. Reste à savoir s’ils y trouveront la cure de rire qu’ils sont venus chercher.

13.

La bataille du rire

En quittant le Balzac, Louis affiche une mine réjouie. Les spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir durant la centaine de minutes pendant lesquelles les pandores du Var en ont vu de toutes les couleurs aux États-Unis. À l’évidence, ils n’ont pas lu la critique d’Henry Chapier qui écrivait dans Combat le 26 octobre : « Estimant qu’il ne suffisait pas d’un Gendarme de Saint-Tropez pour déplorer la sottise du cinéma français, Jean Girault, encouragé par les producteurs, récidive.  » D’ailleurs, le public — le vrai — se fie-t-il aux avis des critiques ? On peut légitimement en douter au regard des files d’attente devant les cinémas parisiens, ceux des grandes villes et même en Belgique, qui ne cessent de grossir[310]. Ce second opus « gendarmesque » atteint largement son but en attirant en une seule semaine davantage d’aficionados que Le Gendarme de Saint-Tropez  ! Le public aime donc la sottise, n’en déplaise à Henry Chapier qui, comme certains de ses confrères, ne mise que sur la qualité intellectuelle d’un film pour en vanter les mérites. C’est peut-être bien fait, mais c’est trop souvent ennuyeux. Le public, Louis de Funès ne le sait que trop, ne vient pas au cinéma pour bâiller mais pour se distraire. Et Le Gendarme à New York en fait l’éclatante démonstration. Louis est donc aux anges, même s’il regrette que Les Bons Vivants, programmé la même semaine, soient accueillis plus fraîchement.

Il n’empêche que ce nouveau succès, après Le Corniaud, le conforte dans l’idée qu’il a développée quelques mois plus tôt dans les colonnes du Journal du dimanche[311] : « La chance de ma vie a été de ne jamais rencontrer un grand metteur en scène. Un René Clair, un René Clément sont capables de faire tourner n’importe qui ou n’importe quoi. Ils donneraient du génie à une chaise ou à un poteau télégraphique. Et surtout, ils parviendraient à faire croire à la chaise ou au poteau électrique qu’ils ont du génie. Mais une fois le film terminé, le grand metteur en scène s’en va. Et avec lui le génie. La chaise redevient chaise… Alors, au film suivant, si le metteur en scène n’a pas de génie, c’est la catastrophe. Moi qui n’ai tourné qu’avec des réalisateurs commerciaux, il fallait bien que je me débrouille tout seul. […] Aujourd’hui, je sais que je peux porter tout seul le poids d’un film. Il y a cinq ans, je me serais cassé la figure. Comme tant d’autres… […] Aujourd’hui, il me faut encore affirmer mon style. Par exemple, je sais que je ne suis pas de taille à jouer les rôles dramatiques comme Fernandel et Bourvil. Ce que je voudrais réaliser, c’est une sorte de Guignol pour grands enfants. Mais pour jouer Guignol, il ne suffit pas de faire des grimaces. J’ai mis vingt ans à le comprendre. Il faut autre chose, il faut une présence.  »

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309

Louis de Funès cité par Olivier de Funès, op. cit., p. 155.

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310

Au terme de la première semaine d’exploitation, Le Gendarme à New York recueille les faveurs de quelque 700 000 spectateurs, pour atteindre le chiffre de 6,7 millions en une seule année, soit tout juste un million de moins que Le Gendarme de Saint-Tropez.

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311

Article paru le 8 août 1965.

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