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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Les deux jeunes dames de Paris, Cocotte et Piquepuce, avec qui elle s’arrangeait au mieux, lui racontaient à la journée et à leur manière l’histoire de Mme de Maintenon; elle préférait les aventures de Christine de Suède, et surtout la biographie de la Grande Catherine que ces dames et ces messieurs contaient aussi fort bien.

Les mœurs de Catherine l’émerveillaient d’autant qu’on lui disait que rien n’est péché pour une reine. Elle semait son argent de bon cœur. Malgré son âge, les passions de toute sorte s’éveillaient avec une violence étrange dans cette nature brutale et presque virile.

Elle rêvait la parodie de la grande virago du Nord et y faisait même des embellissements.

Tout allait bien. On avait pris époque pour le fameux mariage de la main gauche, lorsque l’arrivée de deux personnages nouveaux vint jeter un certain trouble dans le conseil privé de M. Nicolas, fils de saint Louis.

Le général comte de Champmas revenait habiter son château avec sa fille aînée, Mlle Ysole de Champmas.

Et un jeune homme étranger au pays, le baron Paul Labre d’Arcis prenait possession d’une maison sise au bourg même de Mortefontaine.

À dater de ce moment, le fils de saint Louis devint invisible, même pour ses plus fidèles adhérents.

La conspiration pour rire continuait cependant d’affoler les hobereaux du pays; le drame noir marchait dans l’ombre et l’audacieuse comédie des noces royales se poursuivait à huis clos, entre les quatre murs du Château-Neuf.

VII Blondette

Il y avait deux mois environ que le général comte de Champmas, avec sa fille Ysole, d’un côté, et Paul Labre, de l’autre, étaient venus habiter les environs de La Ferté.

Le général vivait fort solitaire à son château de Champmas. Nous n’avons pas besoin de dire qu’il restait totalement étranger à ce jeu de gobe-mouches campagnards: la conspiration.

Sa fille, la belle Ysole, se tenait à l’écart de la «société» des environs, qui l’avait proclamée tout d’abord fière, pimbêche, faiseuse d’embarras, et qui bientôt l’accusa sourdement «d’avoir eu une histoire».

Paul Labre, ou M. le baron d’Arcis, comme on l’appelait maintenant, était, s’il est possible, plus sauvage encore que le général et sa fille.

Au moins, cette belle Ysole se promenait souvent à cheval en costume d’amazone, et rendait même quelques visites à la comtesse de Clare qui avait été un instant son chaperon, lors de la captivité du général.

M. le baron d’Arcis, lui, ne voyait absolument personne et semblait fuir toute rencontre.

Il vivait dans la propriété que sa tante lui avait laissée par testament déposé chez maître Hébert, notaire, rue Vieille-du-Temple, et membre du Caveau; cet héritage convenait admirablement à son amour de la solitude.

La maison était, en effet, située au centre d’un grand jardin. On ne la voyait de nulle part. Une porte de l’enclos donnait, il est vrai, dans le bouris même de Mortefontaine, non loin de l’église, mais deux autres portes s’ouvraient sur la forêt.

Pour «la société» du voisinage, le baron d’Arcis avait une histoire, tout aussi bien que la belle Ysole de Champmas, et nous savons bien qu’au fond, la société ne se trompait ni pour lui ni pour l’autre.

Seulement, la société ne connaissait pas mieux l’histoire de Paul Labre que celle d’Ysole.

La chose certaine, c’est que M. le baron d’Arcis gardait chez lui une jeune femme ou une jeune fille qui ne sortait jamais et que nul n’avait jamais vue, pas même à la paroisse, le dimanche.

Notez bien cela comme un fait inouï, d’autant plus inouï que le baron d’Arcis avait son banc à l’église et qu’il ne manquait jamais d’y venir entendre la grand-messe.

Le général comte de Champmas faisait de même.

Le baron d’Arcis et lui se connaissaient à tout le moins un peu, car la première fois qu’ils s’étaient rencontré à l’église, le baron avait adressé au général un respectueux salut que celui-ci avait rendu avec une bienveillance marquée, mais empreinte, comme toutes ses actions, d’une froideur profondément triste.

Le général était, en effet, d’une tristesse mortelle.

Il portait le grand deuil, qu’il n’avait point quitté, disait-on, depuis la mort de sa fille cadette, survenue trois ans auparavant.

D’ordinaire, la perte d’un enfant resserre les liens entre le père et les enfants qui survivent. Il n’en était pas ainsi chez le général.

Sa froideur découragée s’étendait jusqu’à la belle Ysole, qui était désormais sa fille unique.

Lors de cette première rencontre, le général, en sortant de l’église, avait tendu la main au baron d’Arcis. Quelques paroles brèves avaient été échangées entre eux.

Elles ne contenaient, de part ni d’autre, aucune invitation.

Mademoiselle Ysole ne s’était point mêlée à l’entretien, à la suite duquel la société, réunie en tribunal, avait décidé que le baron d’Arcis et la belle Ysole ne se connaissaient point, ou faisaient semblant de ne se point connaître.

Cette dernière opinion finit par prévaloir, attendu que le baron d’Arcis fut rencontré peu de temps après, rôdant autour de Champmas, dans les bois. Le monstre courait la prétentaine, tout en claquemurant sa pauvre petite femme.

Car cette jeune personne qu’il tenait prisonnière à la maison devait être sa femme ou sa maîtresse.

Mais les cancans ne connurent plus de frein, quand on vit s’établir chez le général une femme déjà âgée, qui se nommait Mme Soûlas, et qui fut surprise, par les soins de la société, faisant de courtes et mystérieuses visites à la maison du baron d’Arcis.

Désormais le scandale éclatait.

Le 15 septembre 1838, trois jours après le célèbre déjeuner offert par M. Badoît à Clampin, dit Pistolet, dans le cabinet particulier du cabaret de la rue de Jérusalem, Paul Labre et sa «petite femme» se promenaient, le long d’une ombreuse allée de tilleuls, dans l’enclos qui entourait la maison.

C’était une admirable matinée, chaude, mais pleine d’air vif et parfumé.

Paul Labre, jeune homme de vingt-quatre ans, pâle et grave, paraissait un peu plus que son âge, à cause de la grande tristesse qui pesait évidemment sur lui.

Il était beau comme autrefois; son noble visage avait pris une expression méditative, quoique l’éclair de ses yeux témoignât de la juvénile ardeur qui couvait sous cette apparence de calme.

Il rêvait, mais la présence de Blondette qui joignait ses deux petites mains sur son bras, auquel elle s’appuyait, gracieuse comme une fée, mettait à ses lèvres un sourire doux et distrait.

Ainsi songent parfois les jeunes pères qui ont perdu la femme aimée et à qui ne suffit déjà plus l’austère paix de la maison en deuil.

C’était une fleur, cette Blondette, une adorable et chère fleur. Elle avait ses seize ans. Elle était grande, svelte, un peu grêle comme autrefois, mais son aspect n’éveillait plus l’idée de maladie.

Il y avait dans ses mouvements une souplesse confiante et en quelque sorte voluptueuse.

C’était une fleur qui allait s’épanouissant au souffle d’une mystérieuse félicité.

Son sourire avait des enchantements; le regard de ses grands yeux bleus pénétrait l’âme comme un parfum. Quand elle marchait et que les anneaux de ses cheveux blonds jouaient autour des flexibilités de son cou, c’était comme un rayonnement d’amour enfantin et charmant qui éblouissait le cœur.

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