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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Celles-l� donc qui te font confiance, je les perp�tue, bien que celles-l� seules on les puisse trahir. Si donc le voleur de femmes en pille une, certes j'en souffrirai dans mon c�ur. Et si je d�sire un beau guerrier, j'accepte le risque de le perdre en guerre.

Renonce donc � tes souhaits contradictoires.

Tant il est vrai qu'une fois encore �tait absurde ta d�marche. De m�me qu'ayant admir� l'admirable visage que la coutume de chez toi avait cr��, tu t'es pris � ha�r la coutume, laquelle te paraissait contrainte, et en effet puisqu'elle �tait celle de devenir! Et, ayant d�truit ta coutume, il s'ensuit que tu as d�truit ce que tu pr�tendais sauver.

Et en effet par horreur de la brutalit� grossi�re et de la rouerie qui menace les �mes nobles tu as r�duit ces �mes nobles � se montrer plus grossi�res et plus rou�es.

Sache que ce n'est point en vain que j'aime ce qui est menac�. Car il n'est point � d�plorer que les choses pr�cieuses le soient. Puisque pr�cis�ment j'y trouve une condition de leur qualit�. J'aime l'ami fid�le dans les tentations. Car s'il n'est point de tentation, il n'est point de fid�lit� et je n'ai point d'ami. Et j'accepte que quelques-uns tombent pour faire le prix des autres. J'aime le soldat courageux debout sous les balles. Car s'il n'est point de courage je n'ai plus de soldats. Et j'accepte qu'il en meure quelques-uns s'ils fondent par leur mort la noblesse des autres.

Et si tu m'apportes un tr�sor, je le veux si fragile que le vent me le puisse d�penser.

J'aime du jeune visage qu'il soit menac� de vieillir et du sourire qu'un mot de moi le puisse ais�ment changer en larmes.

CX

Et c'est alors que m'apparut la solution de la contradiction sur laquelle j'avais tant r�fl�chi. Car me blessait ce litige cruel quand je me penchais, moi le roi, sur ma sentinelle endormie. De prendre un enfant dans ses songes heureux pour le d�poser tel quel dans la mort, et tout �tonn�, pendant la courte veille, d'avoir � souffrir du fait des hommes.

Car il s'�veilla devant moi et se passa la main sur son front puis, ne m'ayant point reconnu, offrit son visage aux �toiles en poussant un faible soupir qui �tait de reprendre le poids des armes. Et c'est alors qu'il m'apparut qu'une telle �me �tait � conqu�rir.

A son c�t� moi, son roi, je me tournais vers la ville respirant la m�me ville que lui en apparence et cependant non la m�me. Et je songeais: �Du path�tique auquel j'assiste il n'est rien � lui d�montrer. Il n'est d'autre d�marcher qui ait un sens que de le convertir et de le charger non de ces choses, puisque tout aussi bien que moi il les regarde et les respire et les mesure et les poss�de, mais du visage qui est apparition � travers et n�ud divin qui noue les choses.� Et je compris qu'il importait de distinguer d'abord la conqu�te de la contrainte. Conqu�rir c'est convertir. Contraindre c'est emprisonner. Si je te conquiers je d�livre un homme. Si je te contrains je l'�crase. La conqu�te c'est en toi et � travers toi une construction de toi-m�me. La contrainte c'est le tas de pierres align�es et toutes semblables dont rien ne na�tra.

Et m'apparut que tous les hommes �taient ainsi � conqu�rir. Ceux qui veillaient et ceux qui dormaient, ceux qui faisaient leur ronde sur les remparts et ceux qu'abritait cette ronde. Ceux qui se r�jouissaient � cause d'un nouveau-n� ou qui se lamentaient � cause d'un mort. Ceux qui priaient et ceux qui doutaient. La conqu�te c'est de te b�tir ton armature et t'ouvrir l'esprit aux provisions pleines. Car il est des lacs pour t'abreuver si l'on te montre le chemin. Et j'installerai mes dieux en toi pour qu'ils t'�clairent.

Et sans doute est-ce dans l'enfance qu'il importe de te conqu�rir d'abord sinon te voil� p�tri et durci et ne sachant plus apprendre un langage.

CXI

Car me vint un jour la connaissance de ce que je ne pouvais pas me tromper. Non que je me jugeasse plus fort qu'un autre ou raisonnant mieux, mais parce que, ne croyant plus aux raisons qui se succ�dent de proposition en proposition selon les r�gles de la logique, ayant appris que la logique est gouvern�e par plus haut qu'elle et ne figure que trace sur le sable d'une marche qui est d'une danse, et conduit ou non vers le puits qui sauve selon le g�nie du danseur, ayant compris avec certitude que l'histoire une fois faite est tributaire de la raison puisque aucun pas ne manquera dans la succession des pas, mais que l'esprit qui domine les pas ne s'y lit pas vers l'avenir, ayant bien compris qu'une civilisation, comme un arbre sort, de la seule puissance de la graine, laquelle est une, malgr� qu'elle se diversifie et se distribue et s'exprime en organes divers qui sont racines, tronc, branches, feuilles, fleurs et fruits, lesquels sont pouvoir de la graine une fois exprim�. Ayant bien compris que certes une civilisation une fois faite se remonte sans hiatus vers l'origine, ce qui montre aux logiciens une piste � remonter mais qu'ils n'eussent su descendre car ils n'ont point contact avec le conducteur. Ayant �cout� les hommes disputer sans qu'aucun l'emport�t v�ritablement, ayant pr�t� l'oreille aux commentateurs des g�om�tres qui croyant saisir des v�rit�s n'y renon�aient l'an d'apr�s qu'avec hargne ou accusaient leurs adversaires de sacril�ge, accroch�s qu'ils �taient � leurs branlantes idoles, mais ayant aussi partag� la table du seul g�om�tre v�ritable mon ami, lequel savait qu'il cherchait aux hommes un langage, comme le po�te s'il veut dire son amour, et qui fut simple pour les pierres dans le m�me temps que pour les �toiles, et lequel savait parfaitement qu'il aurait d'ann�e en ann�e � changer de langage car c'est la marque de l'ascension. Ayant bien d�couvert qu'il n'est rien qui soit faux pour la simple raison qu'il n'est rien qui soit vrai (et qu'est vrai tout ce qui devient comme est vrai l'arbre), ayant �cout� avec patience dans le silence de mon amour les balbutiements, les cris de col�re, les rires et les plaintes de mon peuple. Ayant dans ma jeunesse, quand on r�sistait aux arguments par lesquels je cherchais non � b�tir mais � habiller ma pens�e, abandonn� la lutte faute de langage efficace contre un avocat meilleur que moi, mais sans jamais renoncer � ma permanence, sachant que ce qu'il me d�montrait, c'�tait simplement que je m'exprimais mal et usant plus tard d'armes plus fortes, car il en est ind�finiment, comme d'une source, s'il est en toi caution v�ritable. Ayant une fois renonc� � entendre le sens incoh�rent des paroles confuses des hommes, me parut plus fertile que tout simplement ils essayassent de m'entendre, pr�f�rant simplement me laisser �panouir comme l'arbre � partir de sa graine jusqu'� l'ach�vement des racines, du tronc et des branches, car alors il n'est plus � discuter puisque l'arbre est � et il n'est plus non plus � choisir entre cet arbre-l� et un autre puisque seul il accorde un feuillage assez vaste pour abriter.

Et me venait la certitude que les obscurit�s de mon style comme la contradiction de mes �nonc�s n'�taient point cons�quences d'une caution incertaine ou contradictoire ou confuse, mais d'un mauvais travail dans l'usage des mots car ne pouvait �tre ni confuse, ni contradictoire ni incertaine une attitude int�rieure, une direction, un poids, une pente qui n'avait pas � se justifier puisque �tant, tout simplement, comme est, dans le sculpteur quand il p�trit sa glaise, un certain besoin qui n'a encore point de forme mais deviendra visage dans la glaise qu'il p�trira.

CXII

Naissance aussi de la vanit� lorsque non soumis � la hi�rarchie. (Exemple: g�n�ral, gouverneur.) Une fois fond� l'�tre qui les soumet l'un � l'autre, tombe la vanit�. Car la vanit� vient de ce que, billes m�l�es, si aucun �tre ne vous domine dont vous soyez le sens, vous voil� ombrageux de la place occup�e.

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