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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais ce m�me qui ne tremble pas en bouclant ses courroies de cuir, je sais des armes contre lui qui pr�valent sur la mort. Car il est vuln�rable par tant de c�t�s. Ont barre sur lui toutes les divinit�s de son c�ur. Et la simple jalousie si elle est menace d'un empire et d'un sens des choses et d'un go�t du retour chez soi, comme elle ruinera bien cette belle image de calme, de sagesse et de renoncement! Tu vas tout lui prendre puisqu'il va rendre � Dieu non seulement celle-l� qu'il aimait mais sa maison et les vendanges de ses vignes et la moisson crissante de ses champs d'orge. Et non seulement les moissons, les vendanges et les vignes, mais son soleil. Et non seulement son soleil, mais celle-l� qui est de chez lui. Et tu le vois qui abdique tant de tr�sors sans marquer de ruine. Alors qu'il suffirait pour le jeter hors de lui-m�me et pour le changer en d�ment de lui voler un sourire de la bien-aim�e. Et n'as-tu pas touch� ici � une grande �nigme? C'est que tu le tiens non par les objets poss�d�s mais par le sens qu'il tire du n�ud divin qui noue les choses. Et qu'il pr�f�re sa propre destruction � la destruction de ce en quoi il s'�change et dont en retour il re�oit son allaitement. Il est circulation de l'un en l'autre. Et celui-l� qui porte au c�ur la vocation de la mer accepte de mourir d'un naufrage. Et s'il est vrai qu'� l'instant du naufrage il �prouvera peut-�tre le tumulte de l'animal quand le pi�ge sur lui se referme, il demeure vrai que ne compte point cette explosion de panique, laquelle il pr�voit, accepte et d�daigne, mais que bien au contraire lui pla�t la certitude qu'il mourra un jour de la mer. Car si je les �coute se plaindre de cette mort aussi cruelle qui les attend, j'y entends autre chose que vantardise pour s�duire les femmes, mais souhait secret de l'amour et pudeur pour le dire.

Car il n'est point ici, comme nulle part, de langage qui te permette de t'exprimer. S'il s'agit de la civilisation de l'amour tu peux dire �elle� et te traduire, croyant que c'est d'elle qu'il s'agit, alors qu'il s'agit du sens des choses, et qu'elle n'est l� que pour te signifier le n�ud divin qui les noue au Dieu qui est sens de ta vie, et m�rite selon toi tes �lans, alors qu'ils sont de communiquer de telle fa�on et non d'une autre avec le monde. Et d'�tre soudain tellement vaste que l'�me, telles les conques marines, te devient retentissante. Et peut-�tre peux-tu dire �l'empire� dans la certitude d'�tre compris et de prononcer un mot tout simple, si tous autour de toi l'entendent, selon ton instinct, mais non s'il peut �tre l� quelqu'un qui n'y voit qu'une somme et rira de toi car il ne s'agit point du m�me empire. Et il te d�plairait que l'on cr�t que tu offrais ta vie pour un magasin d'accessoires.

Car il en est ici comme d'une apparition qui s'ajoute aux choses et les domine et si elle �chappe � ton intelligence appara�t pourtant comme �vidente � ton esprit et � ton c�ur. Et te gouverne mieux ou plus durement et plus s�rement que quoi que ce soit de saisissable (mais dont tu ne peux �tre certain que d'autres en m�me temps que toi l'observent) et te fait rester silencieux de peur d'�tre tax� de folie et de voir soumis � l'ironie qui n'est que du cancre ce visage qui t'est apparu. Car l'ironie le d�truira en cherchant � montrer de quoi il est fait. Comment lui r�pondrais-tu qu'il est ici tout autre chose, puisque cette autre chose est pour ton esprit et non pour tes yeux?

J'ai souvent r�fl�chi sur ces apparitions, lesquelles sont seules auxquelles tu puisses pr�tendre, mais plus belles que celles que tu as coutume, dans le d�sespoir des nuits chaudes, de solliciter. Mais alors que tu as coutume, quand tu doutes de Dieu, de souhaiter que Dieu se montre � la fa�on d'un promeneur qui te rendrait visite � et qui rencontrerais-tu alors sinon ton �gal et semblable � toi ne te conduisant nulle part et t'enfermant ainsi dans sa solitude � alors que tu souhaites non l'expression de la majest� divine mais spectacle et f�te foraine dont tu ne recevrais qu'un plaisir vulgaire de f�te foraine et ta d�ception toute h�riss�e contre Dieu. (Et comment ferais-tu une preuve de tant de vulgarit�?) Alors que tu souhaites que quelque chose descende vers toi, te visite � ton �tage tel que tu es, s'humiliant ainsi � toi et sans raison, et tu ne seras jamais exauc�, comme il en fut de mon enqu�te vers Dieu, s'ouvrent bien au contraire les empires spirituels et t'�blouissent les apparitions qui sont non pour les yeux ni pour l'intelligence mais pour le c�ur et pour l'esprit, si tu fais effort d'ascension et acc�des � cet �tage o� ne sont plus les choses mais les n�uds divins qui les nouent.

Et voici que tu ne peux m�me plus mourir, car mourir c'est perdre. Et abandonner en arri�re. Et il ne s'agit pas d'abandonner mais te confondre en. Et toute ta vie est rembours�e.

Et tu le sais bien, toi, d'un incendie o� tu as mesur� la mort pour sauver des vies. Toi d'un naufrage.

Et tu les vois mourir acceptant leur mort, les yeux ouverts sur la connaissance v�ritable, ceux-l� qui eussent rugi, vol�s, frustr�s et bafou�s pour un sourire tourn� ailleurs.

Dis-leur qu'ils se trompent: ils vont rire.

Mais toi, sentinelle endormie, non parce que tu as abandonn� la ville mais parce que la ville t'a abandonn�e, il me vient, devant ton visage d'enfant p�le, l'inqui�tude de l'empire s'il ne peut plus me r�veiller mes sentinelles.

Mais certes je me trompe recevant dans sa pl�nitude le chant de la ville et d�couvrant nou� ce qui pour toi se divisa. Et je sais bien qu'il te fallait attendre, droit comme le cierge, pour en �tre r�compens� � ton heure par ta lumi�re et ivre tout � coup de tes pas de ronde comme d'une danse miraculeuse sous les �toiles dans l'importance du monde. Car il est l�-bas dans l'�paisse nuit des navires qui d�chargent leurs cargaisons de m�taux pr�cieux et d'ivoire, et il se trouve, sentinelle sur les remparts, que tu contribues � les prot�ger et � embellir d'or et d'argent l'empire que tu sers. Car il est quelque part des amants qui se taisent avant d'oser parler et ils se regardent et voudraient dire� car si l'un parle et si l'autre ferme les yeux c'est l'univers qui va changer. Et tu prot�ges ce silence. Car il est quelque part ce dernier souffle avant la mort. Et ils se penchent pour recueillir le mot du c�ur et la b�n�diction pour toujours que l'on enfermera en soi, l'ayant re�ue, et tu sauves le mot d'un mort.

Sentinelle, sentinelle, je ne sais o� s'arr�te ton empire quand Dieu te fait la clart� d'�me des sentinelles, ce regard sur cette �tendue � laquelle tu as droit. Et peu m'importe que tu sois en d'autres instants tel qui r�ve de la soupe en grommelant dans sa corv�e. Il est bon que tu dormes et il est bon que tu oublies. Mais il est mauvais qu'oubliant tu laisses crouler ta demeure.

Car la fid�lit� c'est d'�tre fid�le � soi-m�me.

Et moi je veux sauver non toi seul mais tes compagnons. Et obtenir de toi cette permanence int�rieure qui est d'une �me bien b�tie. Car je ne d�truis pas ma maison lorsque je m'en �loigne. Ni ne br�le mes ros�s si je cesse de les regarder. Elles demeurent disponibles pour un nouveau regard qui bient�t les fera fleurir.

J'enverrai donc mes hommes d'armes se saisir de toi. Tu seras condamn� � cette mort qui est la mort des sentinelles endormies. Il te reste de te reprendre et d'esp�rer de t'�changer, par l'exemple de ton propre supplice, en vigilance des sentinelles.

CIX

Car certes il est triste que celle-l� que tu observes tendre et pleine de na�vet�, de confiance et de pudeur se puisse trouver menac�e par le cynisme, l'�go�sme ou la fourberie qui exploitera cette gr�ce fragile et cette foi toute consentie, et il peut arriver que tu la souhaites plus avertie. Mais il ne s'agit point de souhaiter que soient m�fiantes, averties ou avares de dons les filles de chez toi, car tu auras ruin�, en les cr�ant telles, ce que tu pr�tendais abriter. Certes toute qualit� comporte les ferments de sa destruction. La g�n�rosit�, le risque du parasite qui l'�c�urera. La pudeur, le risque de la grossi�ret� qui la ternira. La bont�, le risque de l'ingratitude qui la rendra am�re. Mais toi, pour le soustraire aux risques naturels de la vie, tu souhaites un monde d�j� mort. Et tu interdis d'�difier un temple qui soit beau par horreur des tremblements de terre qui d�truiraient alors un beau temple.

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