Le vol des cigognes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2013
- Язык: французский
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
– Non.
– Vous n'avez pas la moindre idée d'où il se trouve actuellement?
– Je pense qu'il collabore avec Monde Unique.
– L'organisation humanitaire?
– Je crois qu'il utilise les structures de l'association pour mener à bien ses expériences diaboliques. Docteur Warel, je vous assure que je dis la vérité. Chaque jour qui passe est un nouveau cauchemar. L'homme continue, vous comprenez? Peut-être qu'à l'heure même où nous parlons il torture un gosse innocent, quelque part dans le monde.
Warel répliqua, de son ton bourru:
– N'en faites pas trop. Je vais passer quelques coups de fil. J'espère obtenir vos renseignements ce soir, demain au plus tard. Je ne vous promets rien.
– Pensez-vous pouvoir vous procurer la liste des docteurs de Monde Unique?
– Difficile. Monde Unique est une organisation très fermée. Je vais voir ce que je peux faire.
– Si j'ai raison, docteur – et si le meurtrier n'a pas changé de nom -, les deux données se recouperont. Agissez au plus vite.
Warel me fixa tout à coup de ses yeux noirs. Nous nous tenions debout, dans le recoin d'un couloir au linoléum luisant. Je lui rendis son regard – tendu mais confiant. Je savais qu'elle ne préviendrait pas la police.
47
Je rentrai à Paris aux environs de vingt-deux heures. Je n'avais reçu aucune réponse des ambassades ni des tribunaux, aucun message du Dr Warel. Seul Djuric m'avait télécopié le rapport d'autopsie de Rajko. Je pris une douche brûlante et cuisinai des œufs brouillés, agrémentés de saumon et de pommes de terre. Je préparai un thé russe, brun et fumé, puis me glissai dans mon lit, dans l'espoir que le sommeil vienne, mon Glock à portée de main. Vers vingt-trois heures, le téléphone sonna, c'était Catherine Warel.
– Alors? dis-je.
– Rien pour l'instant. J'attends pour demain matin la liste des médecins français ou francophones qui ont exercé en Afrique centrale entre 1960 et 1980. J'ai également contacté quelques vieux amis qui pourront me renseigner plus en détail. Côté Monde Unique, pas moyen d'obtenir la liste des toubibs. Mais tout n'est pas perdu. Je connais un jeune ophtalmologue qui vient d'être embauché là-bas. Il a promis de m'aider.
Un échec sur toute la ligne. Et le temps courait toujours. Je dissimulai ma déception:
– Très bien, docteur. Je vous remercie de la confiance que vous me témoignez.
– Ce n'est rien. J'ai pas mal roulé ma bosse, vous savez. Ce que vous m'avez raconté aujourd'hui dépasse tout.
– Je vous donnerai toutes les clés… lorsque je les aurai moi-même.
– Prenez garde à vous. Je vous téléphone demain.
Je raccrochai, l'esprit vide. Il fallait attendre.
Le jour n'était pas levé quand la sonnerie du téléphone retentit encore. Je décrochai, en fixant l'horloge à quartz, sur la table de chevet. 5 h 24. «Allô?» grommelai-je.
– Louis Antioche?
C'était une voix très grave, au fort accent oriental.
– Qui est à l'appareil?
– Itzhak Delter, l'avocat de Sarah Gabbor.
Je me dressai dans mon lit.
– Je vous écoute, dis-je distinctement.
– Je vous téléphone de Bruxelles. Je crois que vous avez appelé hier, à l'ambassade. Vous souhaitez rencontrer Sarah Gabbor, c'est bien cela?
– Exactement.
L'homme se racla la gorge. Sa voix résonnait comme la caisse d'une contrebasse:
– Vous comprendrez que, dans l'état actuel des choses, c'est très difficile.
– Je dois la voir.
– Puis-je vous demander quels sont vos liens avec Mlle Gabbor?
– Des liens personnels.
– Vous êtes juif?
– Non.
– Depuis combien de temps connaissez-vous Sarah Gabbor?
– Un mois environ.
– Vous l'avez connue en Israël?
– A Beit She'an.
– Et vous pensez avoir des informations importantes à nous livrer?
– Je crois, oui.
Mon interlocuteur semblait réfléchir. Puis il dit tout à coup, d'un long trait grave:
– Monsieur Antioche, cette affaire est complexe, très complexe. Elle nous met tous dans l'embarras. Je parle de l'Etat israélien, mais aussi des autres gouvernements impliqués. Nous sommes convaincus que l'acte inconsidéré de Sarah Gabbor ne constitue que la partie émergée de l'iceberg. La pointe d'une filière beaucoup plus importante, d'envergure internationale.
«Acte inconsidéré» pour qualifier une balle de Glock en plein front – Delter avait le sens de l'euphémisme. L'avocat poursuivit:
– La police de chaque pays enquête sur ce dossier. Pour l'heure, toute information est confidentielle. Je ne peux absolument pas vous promettre que vous rencon trerez Mlle Gabbor. En revanche, je crois qu'il serait bon que vous veniez à Bruxelles – afin que nous parlions. Nous ne pouvons nous entretenir de tout cela par téléphone.
Je m'emparai d'un bloc-notes:
– Donnez-moi votre adresse.
– Je suis à l'ambassade d'Israël, 71, rue Joseph-II.
– Rappelez-moi votre nom.
– Itzhak Delter.
– Monsieur Delter, soyons clairs: si je puis vous aider, je le ferai sans hésiter. Mais à une seule condition: la certitude de rencontrer Sarah Gabbor.
– Cette décision ne nous appartient pas. Mais nous nous efforcerons d'obtenir cette autorisation. Si les enquêteurs estiment que cette rencontre peut aider au déroulement de l'enquête, il n'y aura pas de problème. Je pense que tout dépend de votre coopération et des informations que vous détenez…
– Non, maître. C'est donnant donnant. D'abord, Sarah. Ensuite, mon témoignage. Je serai à Bruxelles en milieu de journée.
Delter soupira – un vrombissement de réacteur:
– Nous vous attendons.
Quelques minutes plus tard, j'étais douché, rasé, habillé. Je portais le complet Hackett des grands jours, gris soyeux et boutons de nacre. Je réservai une voiture de location et appelai un taxi afin de me rendre chez le concessionnaire.
Il me restait plus de trente mille francs du pactole de Böhm. A quoi s'ajoutait ma rente mensuelle de vingt mille francs, que j'avais touchée en août et en septembre. Au total, soixante-dix mille francs qui me permettraient d'organiser tous les voyages nécessaires pour coincer le «doc». De plus, je disposais encore de nombreux bons de location et autres billets d'avion première classe, aisément échangeables.
Lorsque je refermai la porte de chez moi, une décharge d'adrénaline courut dans mes membres.
48
A neuf heures je roulais sur l'autoroute du nord, en direction de Bruxelles. Le ciel déroulait des trames sombres, comme les fils d'une dynamo néfaste. Au fil des kilomètres, le paysage changeait. Des bâtiments de briques rouges apparaissaient, telles des croûtes de sang qui se seraient insinuées à travers la campagne. J'avais l'impression de pénétrer dans les strates intérieures d'une tristesse brunâtre et sans retour. Le désespoir semblait pousser ici, parmi les herbes folles et les voies ferrées. A midi je passai la frontière. Une heure plus tard je roulais dans Bruxelles.
La capitale belge m'apparut comme une ville morne et sans éclat. Un Paris aux petits bras, qui aurait été dessiné par un artiste maussade. Je trouvai l'ambassade sans difficulté. C'était un immeuble d'architecture moderne – béton gris et balcons rectilignes. Itzhak Delter m'attendait dans le hall.
Il ressemblait à sa voix. C'était un colosse d'un mètre quatre-vingt-dix, mal à l'aise dans son costume impeccable. Arborant un visage massif, aux mâchoires agressives, et des cheveux blonds coupés en brosse, cet homme faisait plutôt songer à un soldat habillé en civil qu'à un subtil avocat roué, aguerri aux affaires diplomatiques. Tant mieux. Je préférais traiter avec un homme d'action. Nous n'allions pas perdre de temps en palabres inutiles.
Après une fouille en règle, Delter me fit pénétrer dans un petit bureau à la décoration anonyme. Il me proposa de m'asseoir. Je refusai. Nous parlâmes ainsi quelques minutes, debout l'un en face de l'autre. L'avocat me dépassait d'une tête, mais je me sentais sûr de moi, concentré sur ma rage et mes secrets. Delter m'annonça qu'il m'avait obtenu l'autorisation de rencontrer Sarah Gabbor. J'expliquai à mon tour que je disposais de plusieurs éléments qui pourraient éclairer l'affaire des diamants et disculper la jeune femme en tant que complice directe des trafiquants.