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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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Sa voix grave résonna dans l'appareiclass="underline"

– Connaissez-vous son identité?

– Non. Mais vous aviez raison: c'est un chirurgien d'exception.

– De quelle nationalité est-il?

– Française, peut-être. En tout cas c'est un francophone.

Le nain semblait réfléchir. Il reprit:

– Qu'allez-vous faire?

– Continuer mes recherches. J'attends des éléments essentiels, d'une heure à l'autre.

– Vous n'avez pas prévenu la police?

– Pas encore.

– Antioche, je voudrais vous poser une question.

– Laquelle?

Des interférences encombrèrent la ligne. Le nain éleva la voix:

– Lorsque vous m'avez rendu visite, à Sofia, je vous ai dit que votre visage me rappelait quelqu'un.

Je ne répondis rien. Djuric insista:

– J'ai longuement réfléchi à cette ressemblance. Je pense qu'il s'agit d'un docteur que j'ai connu à Paris. Un membre de votre famille exerce-t-il la médecine?

– Mon père était docteur.

– S'appelle-t-il Antioche, lui aussi?

– Bien sûr. Djuric, mon temps est compté.

Le nain continua:

– A-t-il exercé à Paris dans les années soixante? Mon cœur cognait dans ma gorge. Une nouvelle fois, l'évocation de mon père provoquait en moi une sourde angoisse'.

– Non. Mon père a toujours travaillé en Afrique.

Lointainement, la voix de Djuric résonna:

– Est-il toujours vivant? Votre père est-il toujours vivant?

Les interférences déferlaient. J'achevai cette conversation en répliquant par saccades:

– Il est mort le dernier jour de 1965. Un incendie. Avec ma mère, mon frère. Morts. Tous les trois.

– Est-ce dans cet incendie que vos mains ont été brûlées?

J'abattis ma paume sur le téléphone, coupant la communication. L'évocation de mes parents suscitait toujours en moi une peur, une frayeur incontrôlées. Et je ne comprenais pas les questions du nain. Comment aurait-il connu mon père à Paris? Djuric avait suivi ses études rue des Saints-Pères, mais dans les années soixante, il n'était qu'un enfant.

Onze heures trente. J'attrapai un taxi et filai à l'aéroport. Durant le vol, je lus d'autres quotidiens. La plupart consacraient encore un bref article à l'affaire des diamants, mais n'offraient rien de neuf. Ils évoquaient plutôt la difficulté diplomatique d'une telle intrigue, fondée sur le meurtre d'un policier suisse par une jeune Israélienne, dans une ville belge, citaient les ambassadeurs de Suisse et d'Israël à Bruxelles, qui exprimaient leur «consternation» et leur «volonté d'éclaircir au plus vite les raisons de ce drame».

A Lausanne, je louai une voiture et partis en direction de Montreux. Le malaise déclenché par les questions de Djuric me taraudait. La confusion de la situation m'accablait, alors qu'en même temps j'appréhendais toute l'urgence et l'acuité de l'action à entreprendre. Et puis, planaient toujours mes souvenirs mêlés d'Afrique. La nuit rayonnante, auprès de Tina, les entrelacs de la piste de Bayanga, les scintillements de la pluie – et aussi le corps de Gomoun, le visage d'Otto Kiefer, les horreurs conjuguées des destins de Max Böhm, de son fils, de sœur Pascale… Et le chirurgien, toujours, en toile de fond. Sans nom ni visage.

A la clinique, le Dr Warel m'attendait. Je retrouvai son visage couperosé et ses fortes cigarettes françaises. J'attaquai sans ambages:

– Docteur, après la mort de Max Böhm, vous avez collaboré avec l'inspecteur Dumaz, à propos de certaines recherches.

– Exact.

– J'ai travaillé aussi avec l'inspecteur. Et j'ai maintenant besoin d'informations.

La femme tiqua. Elle alluma une cigarette, souffla une bouffée puis demanda:

– A quel titre, puisque vous n'êtes pas de la police?

Je répondis d'un trait:

– Max Böhm était un ami. J'enquête sur sa vie passée, à titre posthume. Et certains éléments ont une importance capitale.

– Pourquoi l'inspecteur Dumaz ne m'appelle-t-il pas lui-même?

– Hervé Dumaz est mort, docteur. Tué par balles, dans des circonstances qui sont liées à la disparition de Böhm.

– Que racontez-vous là?

– Achetez les journaux d'aujourd'hui, docteur. Vous vérifierez si je dis la vérité.

Catherine Warel marqua un temps. Après quelques secondes, elle déclara d'une voix moins assurée:

– Quel rôle jouez-vous dans cette histoire?

– J'agis en solitaire. Tôt ou tard, la police reprendra l'enquête. Acceptez-vous de m'aider?

Un nuage de fumée s'échappa des lèvres du Dr Warel. Enfin, elle rétorqua:

– Que voulez-vous savoir?

– Vous vous souvenez sans doute que Max Böhm était un transplanté cardiaque. L'intervention chirurgicale semblait remonter à plus de trois ans. Or vous n'avez jamais retrouvé les traces de cette opération, ni en Suisse ni ailleurs. Vous n'avez pas découvert non plus le nom du médecin traitant de l'ornithologue.

– C'est exact.

– Je pense avoir découvert la piste du chirurgien qui a pratiqué l'intervention. Sa personnalité est étonnante. Terrifiante, même.

– Expliquez-vous.

– Cet homme est un spécialiste de la chirurgie cardiaque, un virtuose. Mais c'est aussi un dangereux criminel.

– Ecoutez, monsieur Antioche, je ne sais pas si j'ai raison de vous écouter. Avez-vous des preuves de ce que vous avancez?

– Quelques-unes. Depuis notre première rencontre, j'ai voyagé à travers le monde et reconstitué l'existence de Max Böhm. Ainsi, j'ai découvert dans quelles conditions s'était déroulée sa transplantation cardiaque.

– Où et comment?

– En Afrique centrale, en 1977. On a greffé dans le corps de Böhm le cœur de son propre fils – tué à cette occasion.

– Mon Dieu… vous êtes sérieux?

– Souvenez-vous, docteur: l'exceptionnelle compatibilité entre le corps du receveur et l'organe greffé. Rappelez-vous aussi la capsule de titane: le chirurgien a délibérément «signé» son acte avec cette pastille – afin de maintenir Max Böhm sous sa coupe.

Catherine Warel alluma une autre cigarette. Son sang-froid tenait bon. Elle demanda:

– Connaissez-vous cet homme?

– Non. Mais il continue d'opérer à travers le monde. Pour des raisons que j'ignore, il a déjà volé et continue de voler des cœurs dans des corps d'êtres vivants, sous toutes les latitudes. Il dispose de moyens illimités.

– Un trafic d'organes, vous voulez dire?

– Je n'en sais rien. Une intuition me souffle qu'il s'agit d'autre chose. L'homme est fou. Et d'une cruauté hallucinante.

Warel recracha une bouffée:

– Que voulez-vous dire?

– Il opère ses victimes à vif.

Le docteur baissa la tête. Sa cigarette passait d'une main à l'autre, toutes deux recroquevillées. Enfin, sortant un bloc-notes de sa blouse, Warel murmura:

– Que… que puis-je faire pour vous?

– Ce chirurgien exerçait, en août 1977, à la frontière du Congo et du Centrafrique. A cette époque, il disposait d'une sorte de dispensaire, en pleine forêt équato-riale. Je pense qu'il se cachait déjà – mais sa présence a forcément laissé des indices. Ce docteur avait besoin de matériel, de médicaments… Je suis certain que vous pouvez retrouver sa trace. Encore une fois, il s'agit d'un expert – d'un homme qui a réussi une transplantation cardiaque au cœur de la jungle, à une époque où, vous-même l'avez dit, les réussites dans ce domaine n'étaient pas si nombreuses.

Catherine Warel écrivit en détail mes informations. Elle demanda:

– Quelle est sa nationalité d'origine?

– Il est francophone.

– Savez-vous à quelle date il s'est installé en Afrique?

– Non.

– Pensez-vous qu'il y est toujours?

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