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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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Aux environs de dix heures trente, une jeune femme, grande et blonde, parvient au premier étage et pénètre dans la salle principale, munie d'un sac à main en cuir. Elle se dirige vers le bureau d'un négociant puis lui propose une enveloppe blanche contenant plusieurs dizaines de diamants, assez petits, mais d'une très extrême pureté. L'acheteur, d'origine israélienne (il souhaite conserver l'anonymat), reconnaît la jeune femme. Depuis une semaine, tous les deux jours, elle vient vendre la même quantité de diamants, qui présentent toujours une grande qualité.

Mais aujourd'hui, un autre personnage intervient. Un homme d'une trentaine d'années, qui s'approche de la femme et lui murmure quelques mots à l'oreille. Aussitôt celle-ci se retourne et extirpe de son sac un pistolet automatique. Elle tire sans hésiter. L'homme s'écroule, tué net d'une balle dans le front.

La jeune femme tente de s'enfuir, tout en menaçant les vigiles accourus dans la salle. Elle part ainsi, à reculons, très calme. Pourtant, elle ignore les rouages sophistiqués de la sécurité de la Bourse. Lorsqu'elle parvient dans le hall du premier étage, où se trouvent les ascenseurs, des vitres blindées se dressent brutalement autour d'elle, lui barrant toutes les issues. Prise au piège, la femme entend alors le traditionnel message l'exhortant à lâcher son arme et à se rendre. La meurtrière s'exécute. Les policiers belges la maîtrisent aussitôt, accédant au sas par les ascenseurs.

Depuis ce moment, les services de sécurité de la Beurs von Diamanthandel et la police belge – dont des spécialistes en matière de trafic de diamants – visionnent la scène du meurtre, enregistrée par les caméras de surveillance. Nul ne comprend les raisons de cet épisode foudroyant. Les identités des protagonistes achèvent de plonger la police dans l'incertitude. La victime est un inspecteur fédéral suisse, du nom de Hervé Dumaz. Ce jeune policier, âgé de 34 ans, exerçait ses fonctions au commissariat de Montreux. Que faisait-il, à Anvers, alors qu'il avait pris deux semaines de congé? Et pourquoi, s'il s'apprêtait à arrêter la jeune femme, n'avait-il pas prévenu les services de sécurité de la Bourse?

Autant de mystères que la personnalité de la jeune femme approfondit encore. Sarah Gabbor, jeune kibboutznik âgée de 28 ans, vivait dans la région de Beit-She'an, en Galilée, près de la frontière jordanienne. Pour l'heure, on ignore comment cette femme, qui travaillait dans une pêcherie, pouvait détenir une telle fortune en diamants…

Je froissai le journal dans un geste de rage. De nouveau, la violence surgissait. De nouveau, le sang coulait. Malgré mes conseils, Dumaz avait voulu jouer son rôle à sa façon. Il avait menacé Sarah, tel un flic maladroit. Sarah n'avait pas hésité un instant et avait abattu l'inspecteur. Dumaz était mort, Sarah sous les verrous. Seule consolation à cet épilogue sanglant: ma jeune amante était désormais en sécurité.

Je me levai et passai dans mon bureau. Machinalement, je me postai derrière la fenêtre et écartai les rideaux. Les jardins du Centre américain, qui jouxtent mon immeuble, étaient rasés. Les taillis et les bosquets avaient cédé la place aux sillons noirâtres des bulldozers. Seuls quelques arbres avaient été épargnés. Je devais, en urgence absolue, revoir Sarah Gabbor. Ce serait là ma première occasion réelle d'entrer en contact avec la police internationale.

46

La matinée fila comme un feu de brousse. Je passai des coups de téléphone – renseignements internationaux, ambassades, cours de justice – puis envoyai plusieurs fax afin d'obtenir l'autorisation qui m'importait: celle de rencontrer Sarah à la prison de femmes de Gaushoren, dans la banlieue de Bruxelles. Aux environs de midi, j'avais effectué toutes les démarches possibles. A plusieurs reprises, j'avais laissé entendre que je détenais des informations essentielles qui pourraient apporter un éclairage nouveau sur l'affaire. C'était du quitte ou double: soit on me prenait au sérieux et les conséquences de ma décision ne m'appartenaient plus, soit on me considérait comme un fou et toute requête était inutile.

A onze heures, j'appelai, une nouvelle fois, les renseignements internationaux. Quelques secondes plus tard, je composais les douze chiffres de l'hôpital de Mon-treux où le corps de Max Böhm avait été autopsié le 20 août dernier, et demandai le Dr Catherine Warel. Au bout d'une minute, j'entendis un «allô?» énergique.

– Je suis Louis Antioche, docteur Warel. Peut-être vous souvenez-vous de moi?

– Non, répliqua la femme.

– Nous nous sommes rencontrés il y a plus d'un mois, dans votre clinique. Je suis l'homme qui a découvert le corps de Max Böhm.

– Ah oui. L'ornithologue?

Je ne sus si elle parlait de moi ou de Böhm.

– Exactement. Docteur Warel, j'ai besoin de renseignements importants – liés à ce décès.

J'entendis le claquement métallique d'un couvercle de briquet.

– Je vous écoute. Si je puis vous aider…

Je m'apprêtais à parler lorsque je compris que mes propos sembleraient totalement absurdes.

– Je ne peux m'exprimer par téléphone. Il faut que je vous voie, le plus vite possible.

Catherine Warel était une femme de sang-froid. Elle répondit sans hésiter:

– Eh bien, venez cet après-midi, si vous pouvez. Un avion part d'Orly pour Lausanne, vers l'heure du déjeuner. Je vous attendrai à la clinique, à quinze heures.

– J'y serai. Merci, docteur.

Avant de partir, je composai le numéro du Dr Djuric, à Sofia. Après un quart d'heure d'essais infructueux, j'entendis enfin résonner une sonnerie d'appel. Au bout de dix-sept sonneries, une voix ensommeillée me répondit, en bulgare:

– Allô?

C'était la voix de Milan Djuric, sortant sans doute de la sieste:

– Docteur, c'est Louis Antioche, l'homme aux cigognes.

Après quelques secondes de silence, la voix grave répondit:

– Antioche? J'ai beaucoup pensé à vous, depuis notre première rencontre. Vous enquêtez toujours sur la mort de Rajko?

– Plus que jamais. Et je crois avoir retrouvé son assassin.

– Vous avez…

– Oui. Du moins sa trace. Le meurtre de Rajko appartient à un système parfaitement organisé, dont les raisons profondes m'échappent encore. Mais je suis sûr d'une chose: le réseau s'étend à toute la planète. D'autres crimes du même ordre se sont produits dans d'autres pays. Et pour arrêter ce massacre, j'ai besoin de votre aide.

– Je vous écoute.

– J'ai besoin de connaître le groupe HLA de Rajko.

– Rien de plus facile. J'ai toujours le rapport d'autopsie. Ne quittez pas.

J'entendis des bruits de tiroirs qu'on ouvrait, de papiers qu'on feuilletait.

– Voilà. Selon le code international, il s'agit du type

HLA-Aw19 3 – B37 5.

Un poing se serra sur mon cœur. Le même groupe que celui de Gomoun. Une telle similitude ne pouvait être une coïncidence. Je balbutiai:

– S'agit-il d'un groupe rare ou possédant une quelconque caractéristique?

– Aucune idée. Ce n'est pas ma spécialité. Du reste, il existe une infinité de groupes tissulaires et je ne vois pas…

– Avez-vous accès à un télécopieur?

– Oui. Je connais le directeur d'un centre et…

– Pourriez-vous me faire parvenir, aujourd'hui, par fax. votre rapport d'autopsie?

– Bien sûr. Que se passe-t-il donc?

– Notez d'abord mes coordonnées, docteur.

Je dictai mes numéros de téléphone et de télécopieur personnels, puis continuai:

– Ecoutez, Djuric. Un chirurgien s'évertue à voler des cœurs, à travers le monde. J'ai assisté moi-même, au plus profond de l'Afrique, à l'autopsie d'une petite fille dont le corps n'avait rien à envier à celui de Rajko. L'homme dont je vous parle est un monstre, Djuric. C'est une bête féroce, mais je pense qu'il agit selon une logique secrète, comprenez-vous?

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