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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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– Comment est-il, physiquement?

– Un grand mec. La gueule maigre, un front dégarni, des cheveux gris. Une vraie gueule de pierre.

– C'est tout?

– Lâche-moi, petit.

– Où se cache ce docteur, Kiefer?

– Quelque part dans le monde.

– Böhm savait-il où était le toubib?

– Ouais, je crois. Ma voix chevrotait:

– Où?

– J'sais pas.

Je poussai le fauteuil et me levai. La chaleur avait envahi la chambre, une chaleur à tordre des barres de fer. Kiefer grinça:

– Et notre marché, salopard?

Je le fixai dans les yeux:

– N'aie crainte.

Je tendis le bras et levai le chien du Glock. Kiefer siffla:

– Tire, enculé.

J'hésitai encore. Tout à coup je vis la forme de la grenade sous le drap, le doigt du Tchèque accrocher la goupille. Je joignis les poings et tirai une seule fois. La moustiquaire tressauta. Kiefer explosa en un bruit mat, aspergeant la moustiquaire de sang et de cervelle noirs. Dehors, j'entendis le déchaînement des cigognes, qui s'envolaient à tire-d'aile.

Au bout de quelques secondes, j'ouvris les pans de tulle. Kiefer n'était plus qu'une carcasse creuse, répandue sur l'oreiller, un foyer de sang, de chair et de débris d'os. La grenade, intacte, était engluée dans les plis du drap. Je repérai de minuscules diamants et des bagues de ferraille qui s'émiettaient dans cette glu humaine – la «récolte» de l'année. J'abandonnai là cette fortune, mais cueillis un des anneaux métalliques.

Je sortis dans le couloir. La femme m'bati, réveillée en sursaut, accourait en gesticulant, avec ses mio-chards à ses trousses. Elle riait à travers ses larmes: le monstre était anéanti. Je les bousculai à coups de coude. Sur les murs, les lézards galopaient toujours, comme une moulure atroce, fourmillante et verdâtre. Je bondis dehors. Le soleil m'arrêta dans ma course. Ebloui, je descendis les marches en titubant puis lâchai mon Glock dans la terre écarlate.

Tout était fini – tout commençait.

Loin devant moi, parmi les herbes hautes, Tina courait à ma rencontre.

V Un automne en enfer

45

Quatre jours plus tard, à l'aube, j'étais de retour à Paris. Nous étions le 30 septembre. Mon vaste appartement du boulevard Raspail m'apparut petit et renfermé. Je n'étais plus habitué aux espaces circonscrits. Je ramassai mon courrier des deux dernières semaines puis gagnai mon bureau pour écouter les messages du répondeur. Je reconnus les voix d'amis ou de relations, déroutés par mon absence de plusieurs mois. Il n'y avait aucun message de Dumaz. Ce silence était plutôt étrange. L'autre singularité était un nouvel appel de Nelly Braesler. En vingt-cinq ans d'éducation à distance, elle ne m'avait jamais contacté si souvent. Pourquoi cette attention soudaine?

Il était six heures du matin. Je déambulai dans mon appartement et éprouvai une sorte de vertige. C'était irréel de se retrouver ainsi, vivant, au creux du confort, après les événements que je venais d'affronter. Les images des dernières journées africaines dénièrent. Beckés et moi enterrant dans la plaine le corps d'Otto Kiefer, enroulé dans la moustiquaire sanglante – avec ses diamants. Les tracasseries des gendarmes de Bayanga, à qui j'avais expliqué que Otto Kiefer s'était suicidé avec le pistolet automatique qu'il conservait sous son oreiller. L'adieu à lïna, que j'avais étreinte, une dernière fois, le long du fleuve.

Mon voyage en Afrique avait apporté autant de lumière que de ténèbres. Le témoignage d'Otto Kiefer clôturait l'affaire des diamants. Deux des principaux protagonistes étaient morts. Van Dôtten se cachait sans doute, quelque part en Afrique du Sud. Sarah Gabbor courait toujours, ayant peut-être déjà vendu ses diamants. La jeune femme était désormais riche, mais aussi en danger. Des tueurs devaient être, à l'heure actuelle, sur ses traces. La filière des diamants s'achevait sur cette seule interrogation – mais le réseau ailé était bel et bien terminé.

Restait le «toubib» africain, l'instigateur de toute l'affaire.

Depuis quinze années au moins, un homme prélevait des cœurs et pratiquait des opérations à vif sur d'innocentes victimes, à travers le monde. L'hypothèse d'un trafic d'organes était évidente, mais plusieurs détails laissaient à supposer une vérité plus complexe. Pourquoi ce chirurgien agissait-il avec tant de sadisme? Pourquoi effectuait-il une sélection si précise, à l'échelle de la planète, alors qu'un trafic d'organes aurait pu se mettre en place dans un seul des pays concernés? Recherchait-il un groupe tissulaire spécifique?

A l'heure actuelle, je ne disposais que de deux pistes importantes.

Première piste: le «toubib» et Max Böhm s'étaient connus dans la forêt équatoriale, entre 1972 et 1977, au hasard des expéditions du Suisse. Le chirurgien avait donc séjourné au Congo ou au Centrafrique – et il n'avait pas toujours habité au fond de la jungle. Je pouvais remonter sa trace grâce aux douanes et aux hôpitaux des deux pays – mais comment recueillir ces informations, sans aucun pouvoir officiel? Je pouvais aussi interroger les spécialistes de la chirurgie cardiaque en Europe. Un praticien capable de réaliser la transplantation de Max Böhm, en 1977, en pleine forêt, était exceptionnel. Il devait être possible de remonter la piste d'un tel virtuose, francophone et exilé au cœur de l'Afrique. Je songeai alors au Dr Catherine Warel qui avait réalisé l'autopsie de Max Böhm puis aidé Dumaz dans son enquête.

La seconde piste était Monde Unique. Le meurtrier se servait de cette vaste machine d'analyses et de renseignements à l'insu de ses dirigeants, pour repérer ses victimes à travers la planète. Sur le terrain, il utilisait les hélicoptères, les tentes stériles et autres moyens logistiques des centres de soins. Pour agir ainsi, l'homme, sans aucun doute, occupait un poste important au sein de l'organisation. Il me fallait donc avoir accès à l'organigramme de MU. En croisant ces informations avec les renseignements africains, un nom allait peut-être apparaître, brillant de toutes ses coïncidences. Là encore, j'achoppais sur ma position non officielle. Je n'avais aucun pouvoir, aucune mission spécifique. Dumaz m'avait prévenu: on ne s'attaquait pas facilement à une organisation humanitaire reconnue à l'échelle mondiale.

Plus profondément, mon enquête personnelle marquait le pas. J'étais brisé, perclus de remords et acculé à une solitude qui ne m'avait jamais semblé aussi profonde. Ma survie n'était aujourd'hui qu'une sorte de miracle. Je devais, de toute urgence, m'adjoindre l'aide d'instances policières pour affronter le dernier réseau de sang.

Sept heures du matin. J'appelai Hervé Dumaz à son domicile. Aucune réponse. Je préparai du thé, puis m'assis dans le salon, ruminant mes idées sombres. Sur la table basse, je regardai mon courrier entassé – invitations, lettres de collègues universitaires, revues intellectuelles et quotidiens… Je m'emparai des Monde des derniers jours et les parcourus distraitement.

Quelques secondes plus tard, je lisais, stupéfait, cet article:

MEURTRE

À LA BOURSE DES DIAMANTS

Le 27 septembre 1991, un meurtre a été commis dans les locaux de la célèbre Beurs von Diamant-handel, à Anvers. C'est dans une des salles supérieures de la Bourse des diamants qu'une jeune Israélienne, Sarah Gabbor, armée d'un pistolet automatique de marque autrichienne Glock, a abattu un inspecteur fédéral suisse, du nom de Hervé Dumaz. Nul ne connaît encore les mobiles de la jeune femme, ni la provenance des diamants exceptionnels qu'elle était venue vendre ce jour-là.

Ce matin-là, le 27 septembre 1991, à neuf heures, à la Beurs von Diamanthandel, tout se déroule comme d'habitude. Les bureaux ouvrent, les consignes de sécurité sont appliquées et les premiers «vendeurs» arrivent. C'est ici, et dans les autres Bourses d'Anvers, que se vendent et s'achètent les 20 pour cent de la production diamantifère qui n'utilisent pas le circuit traditionnel contrôlé par l'empire sud-africain De Beers.

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