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Le vol des cigognes

Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:

Premier roman de Jean-Christophe Grangé, Le Vol des Cigognes lui a été inspiré par Voyages d'automne (1991), un reportage sur le suivi par satellites de la migration des cigognes.
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
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– J'ai parcouru votre dossier, monsieur Antioche. Votre «profil» est pour le moins atypique. Vous déclarez être orphelin. Vous n'êtes pas marié et vous vivez en solitaire. Vous avez trente-deux ans mais vous n'avez jamais exercé d'activité professionnelle. En dépit de cela, vous vivez dans l'opulence et habitez un appartement boulevard Raspail, à Paris. Vous expliquez ce confort par l'attention particulière que vous portent vos parents adoptifs, Nelly et Georges Braesler, riches propriétaires dans la région du Puy-de-Dôme. Vous déclarez également mener une existence retirée et sédentaire. Pourtant, vous revenez d'un voyage à travers le monde, qui semble avoir été plutôt mouvementé. J'ai vérifié certains éléments. On retrouve votre trace notamment en Israël et en Centrafrique, dans des conditions très particulières. Dernier paradoxe: vous arborez des allures de dandy délicat, mais vous avez le visage traversé par une cicatrice toute fraîche – et je ne parle pas de vos mains. Oui êtes-vous donc, monsieur Antioche?

– Un voyageur égaré dans un cauchemar.

– Que savez-vous sur cette affaire?

– Tout. Ou presque.

Rickiel émit un petit rire dans ses épaules.

– Cela promet. Pouvez-vous nous expliquer par exemple l'origine des diamants qui étaient en possession de Mlle Sarah Gabbor? Ou pourquoi Hervé Dumaz a fait mine d'arrêter la jeune femme sans prévenir les services de sécurité de la Beurs von Diamant-handel?

– Absolument.

– Très bien. Nous vous écoutons et…

– Attendez, l'interrompis-je. Je vais m'exprimer ici sans avocat ni protection, et de surcroît dans un pays étranger. Quelles garanties pouvez-vous m'offrir?

Rickiel rit de nouveau. Ses yeux étaient froids et immobiles, parmi les lueurs informatiques.

– Vous parlez comme un coupable, monsieur Antioche. Tout dépend de votre degré d'implication dans cette affaire. Mais je peux vous assurer qu'en qualité de témoin vous ne serez ni inquiété ni tourmenté par des tracasseries administratives. Interpol a l'habitude de travailler sur des affaires qui mêlent les cultures et les frontières. C'est seulement ensuite, selon les pays impliqués, que les choses se compliquent. Parlez, Antioche, nous ferons le tri. Nous allons pour l'heure vous écouter d'une manière informelle. Personne ne notera ou n'enregistrera vos propos. Personne ne consignera votre nom, à quelque titre que ce soit, dans le dossier. Ensuite, selon l'intérêt de vos informations, je vous demanderai de répéter votre témoignage à d'autres personnes de notre service. Vous deviendrez alors «témoin officiel». Dans tous les cas, je vous garantis que, si vous n'avez ni tué ni volé personne, vous repartirez de Belgique en toute liberté. Cela vous convient-il?

Je déglutis et tirai rapidement un trait mental sur mes crimes personnels. Je résumai les principaux événements des deux derniers mois. Je racontai tout, sortant de mon sac, au fil du récit, les objets qui donnaient corps à mes paroles: les fiches de Max Böhm, le petit cahier de Rajko, le rapport d'autopsie de Djuric, le diamant donné par Wilm, à Ben-Gourion, le certificat de décès de Philippe Böhm, le constat signé par sœur Pascale, la «cassette-confession» d'Otto Kiefer… En guise d'épilogue, je posai sur le bureau les tout premiers éléments découverts en Suisse: les photographies de Max Böhm et la radiographie de son cœur, doté d'une capsule de titane.

Mon récit dura plus d'une heure. Je m'efforçai d'expliquer la double intrigue – celle des «voleurs de diamants» et celle du «voleur de cœurs» – et comment ces deux réseaux étaient liés entre eux. Je pris soin également de replacer le rôle de chacun, notamment celui de Sarah, impliquée malgré elle dans cette aventure, et celui d'Hervé Dumaz, flic crapuleux qui s'était servi de moi et aurait abattu Sarah sans aucun doute, après avoir récupéré les pierres précieuses.

Je m'arrêtai, observant les réactions de mes deux interlocuteurs. Le regard de verre de Rickiel scrutait mes pièces à conviction, sur le bureau. Un sourire s'était figé sur ses lèvres. Quant à Delter, ses mâchoires menaçaient de se décrocher tout à fait. Le silence se referma sur mes paroles. Rickiel dit enfin:

– Formidable. Votre histoire est simplement formidable.

Le visage me brûlait:

– Vous ne me croyez pas?

– Disons, à 80 pour cent. Mais il y a dans ce que vous racontez une quantité de choses à vérifier, sinon à démontrer. Ce que vous appelez vos «preuves» est tout relatif. Les gribouillages d'un Tsigane, les conclusions d'une bonne sœur qui n'est pas médecin, un diamant isolé, sont plutôt de maigres indices que des preuves solides. Quant à votre cassette, nous allons l'écouter. Mais vous savez sans doute que ce type de document n'est pas recevable devant une cour de justice. Reste l'éventuel témoignage de Niels van Dôtten, votre géologue sud-africain.

L'envie de casser ses lunettes au petit flic devint tout à coup irrépressible. Mais, obscurément, j'admirais aussi le sang-froid de l'Autrichien. Mon aventure aurait cloué n'importe quel autre auditeur – et Rickiel évaluait, mesurait, envisageait chaque aspect de l'histoire. L'officier poursuivit:

– Dans tous les cas, je vous remercie, Antioche. Vous éclairez de nombreux points qui nous tracassaient depuis un moment. Le meurtre de Dumaz n'a pas réellement surpris nos services car nous soupçonnions ce trafic de diamants depuis au moins deux années et disposions de sérieuses présomptions. Nous connaissions les noms: Max Bôhim, Hervé Dumaz, Otto Kiefer, Niels van Dôtten. Nous connaissions le réseau: le triangle Europe/Centnafrique/Afrique du Sud. Mais il nous manquait l'essentieclass="underline" les courriers, c'est-à-dire les preuves. Depuis deux années, les acteurs de ce système étaient sous surveillance. Aucun d'entre eux n'a jamais emprunté, personnellement, la route des diamants. Aujourd'hui, grâce à vous, nous savons qu'ils utilisaient des oiseaux. Cela pourrait sembler extraordinaire, mais croyez-moi, j'en ai via bien d'autres. Je vous félicite, Antioche. Vous ne manquez ni de ténacité ni de courage. Si vos cigognes vous lassent un jour, n'hésitez pas à venir me trouver: j'aurai du travail pour vous.

La tournure de la conversation me laissait pantois.

– Et… c'est tout?

– Non, bien sûr. Nos entretiens ne font que commencer. Demain, nous consignerons tout cela par écrit. Le juge d'instruction doit également vous entendre. Votre témoignage permettra peut-être de renvoyer Sarah Gabbor en Israël, en attendant son procès. Vous n'avez pas idée du désir des criminels de purger leur peine dans leur propre pays. Nous passons notre vie à transférer des prisonniers. Voilà pour les diamants. Je suis beaucoup plus sceptique au sujet de votre mystérieux docteur.

Je me levai, le feu au visage:

– Vous n'avez rien compris, Rickiel. La filière des diamants est close. Tout est fini de ce côté-là. En revanche, un chirurgien cinglé continue de voler des organes à travers le monde. Ce dingue poursuit un but, obscur, inlassable, terrifiant. C'est une certitude. Il dispose de tous les moyens pour agir. Il n'y a aujourd'hui qu'une seule urgence: coincer ce salopard. L'arrêter avant qu'il ne tue, encore et encore, pour mener ses expériences.

– Laissez-moi juger des urgences, rétorqua Rickiel. Restez à l'hôtel, ce soir, à Bruxelles. Mes hommes vous ont réservé une chambre au Wepler. Ce n'est pas le grand luxe mais c'est plutôt confortable. Nous nous verrons demain.

Je frappai sur le bureau. Delter se leva d'un bond, Rickiel ne broncha pas. Je hurlai:

– Rickiel, un monstre court le monde! Il tue et torture des enfants. Vous pouvez lancer des avis de recherche, consulter des terminaux, recouper des milliers d'événements, contacter les polices du monde entier. Faites-le, nom de Dieu!

– Demain, Antioche, murmura le flic, les lèvres frémissantes. Demain. N'insistez pas.

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