Le vol des cigognes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2013
- Язык: французский
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le vol des cigognes». Краткое содержание книги:
Ce polar mouvementé et sanglant nous entraîne aux quatre coins du monde. Jean-Christophe Grangé alterne les descriptions très réalistes des pays traversés et les scènes d'action, tout en conservant comme fil conducteur une intrigue captivante et effrayante.
Publié aux éditions Albin Michel (Collection Spécial Suspense) en 1994, ce livre a été réédité dans la même collection en 1998 et est paru en Livre de Poche en janvier 1999
La kibboutznik haussa les épaules.
– Sarah, je suis venu pour te voir. Mais aussi pour savoir. Tu me dois la vérité. Elle peut nous sauver, toi et moi.
Elle éclata de rire et me jeta un regard glacial. Lentement, elle tira de sa poche un paquet de cigarettes, en alluma une, puis commença:
– Tout ce qui arrive est de ta faute, Louis. Enfonce-toi bien ça dans le crâne. Tout, tu entends? Le dernier soir, à Beit She'an, lorsque tu m'as parlé des bagues des cigognes, tu m'as rappelé certaines choses auxquelles je n'avais pas prêté attention. Après la mort dlddo, j'avais rangé toutes ses affaires. Sa chambre, mais aussi son laboratoire, comme il appelait le gourbi où il soignait ses cigognes. En déplaçant son matériel, j'avais découvert une petite trappe, sous un enclos, dans laquelle étaient cachées des centaines de bagues métalliques, couvertes. de sang. Sur le moment, je n'avais prêté aucune attention à ces trucs dégueulasses. Pourtant, par respect pour sa mémoire et sa passion d'ornithologue, j'avais laissé le sac de toile en place, dans la trappe. Puis j'avais oublié ce détail.
» Beaucoup plus tard, lorsque tu m'as expliqué ton idée de message placé dans les bagues, un déclic s'est produit. Je me suis souvenue du sac d'Iddo et j'ai compris: Iddo avait découvert ce que tu cherchais. C'est pourquoi il s'était armé et disparaissait des journées entières. Chaque jour il éliminait des cigognes et récupérait les bagues.
» Ce soir-là, j'ai choisi de ne rien te dire. J'ai attendu l'aube, patiemment, pour ne pas éveiller tes soupçons. Puis, quand tu es parti à l'aéroport Ben-Gourion, je suis retournée dans la cahute et j'ai exhumé les morceaux de fer. J'ai ouvert une bague à l'aide d'une pince. Tout à coup, un diamant m'a sauté dans la main. Je n'en croyais pas mes yeux. J'ai aussitôt ouvert une autre bague. Il y avait dedans plusieurs autres pierres, plus petites. J'ai recommencé ainsi une dizaine de fois. A chaque fois je découvrais des diamants. Le miracle se répétait à l'infini. J'ai renversé le sac et hurlé de joie: il y avait là au moins mille bagues.
– Alors?
– Alors, j'étais riche, Louis. Je disposais des moyens de m'enfuir, d'oublier les poissons, la boue et le kibboutz. Mais d'abord je voulais être sûre. J'ai préparé un sac de voyage, embarqué quelques armes et pris le bus pour Netanya, la capitale des diamants.
– J'ai suivi ta trace jusqu'à là-bas.
– Comme tu vois, ça n'a pas servi à grand-chose.
Je ne répondis rien, Sarah poursuivit:
– J'ai trouvé là-bas un tailleur de pierres qui m'a acheté un diamant. Le bonhomme m'a arnaquée, mais il n'a pu me cacher la qualité extraordinaire de ces pierres. Le pauvre vieux! Son émotion se lisait sur son visage. Je possédais donc une fortune. A ce moment, j'étais si exaltée que je n'ai même pas réfléchi à la situation, je n'ai même pas songé aux cinglés qui trafiquaient des pierres précieuses par cigognes interposées. Je savais seulement une chose: ces mecs avaient tué mon frère et cherchaient toujours les diamants. J'ai loué une voiture, puis foncé à Ben-Gourion. Là, j'ai pris le premier vol pour l'Europe. Ensuite j'ai voyagé encore et planqué les diamants en lieu sûr.
– Et puis?
– Une semaine a passé. Les producteurs indépendants vendent en général leurs diamants à Anvers. Je devais donc aller là-bas et jouer serré. Discrètement et rapidement.
– Tu… tu étais toujours armée?
Sarah ne put réprimer un sourire. Elle dressa vers moi son index, armant avec son pouce un pistolet imaginaire.
– Monsieur Glock m'a suivie partout.
Un court instant, je pensai: «Sarah est folle.»
– J'ai décidé de tout fourguer à Anvers, continuâ t-elle, par sachets de dix ou quinze pierres, tous les deux jours. Le premier jour, j'ai repéré un vieux juif, dans le genre du tailleur de Netanya. J'ai obtenu 50 000 dollars, en quelques minutes. Le surlendemain, je suis revenue et j'ai changé d'interlocuteur: 30 000 de mieux. La troisième fois, alors que j'étais en train d'ouvrir mon enveloppe, une main s'est posée sur moi. J'ai entendu: «Pas un geste. Vous êtes en état d'arrestation.» J'ai senti le canon dans mon dos. J'ai perdu la tête, Louis. En un éclair, j'ai vu tous mes espoirs réduits à néant. J'ai vu mon fric, mon bonheur, ma liberté s'évanouir. Je me suis retournée, Glock en main. Je ne voulais pas tirer, juste maîtriser ce petit flic de merde qui croyait pouvoir me stopper dans ma course. Mais ce con braquait sur moi un Beretta 9 mm, chien levé. Je n'avais pas le choix: j'ai tiré une seule fois, droit au front. Le mec s'est étalé sur le sol, la moitié du crâne en moins. (Sarah rit d'un rire mauvais.) Il n'avait même pas effleuré la gâchette. J'ai repris mes pierres, tout en tenant en joue les diamantaires. Ils étaient terrifiés. Ils pensaient sans doute que j'allais les voler. Je suis sortie à reculons. J'ai cru un bref instant que j'allais m'en sortir. C'est alors que les vitres se sont refermées. Je suis restée coincée dans ce putain de bocal.
– J'ai lu tout ça dans les journaux.
– L'histoire ne s'arrête pas là, Louis.
Sarah écrasa nerveusement sa cigarette, plus souveraine que jamais.
– L'homme qui a tenté de m'arrêter était un agent fédéral suisse, un nommé Hervé Dumaz. Pour les autorités belges, l'affaire devenait plutôt compliquée. Un flic suisse, tué en Belgique, par une Israélienne. Et une fortune en diamants, dont la provenance demeurait une énigme. Les Belges ont commencé à m'interroger. Puis mon avocat, Delter, a pris le relais. Ensuite, une délégation suisse a déboulé. Bien sûr, je n'ai rien dit. A personne. Mais j'ai réfléchi: pourquoi un petit inspecteur de Montreux m'aurait-il suivie jusqu'à Anvers, alors que personne ne savait que j'étais en Belgique? Je me suis alors souvenue du «flic étrange» dont tu m'avais parlé et j'ai compris que c'était toi qui avais placé Dumaz sur ma trace, pendant que tu continuais à courir après tes cigognes et tes trafiquants. J'ai compris que c'était toi, fils de pute, qui m'avais mis ce flic entre les pattes.
Je pâlis et balbutiai:
– Tu étais en danger. Dumaz devait te protéger jusqu'à mon retour…
– Me protéger?
Sarah éclata d'un rire si fort qu'une des gardiennes s'approcha, arme au poing. Je lui fis signe de s'éloigner.
– Me protéger? reprit Sarah. Tu n'as donc pas compris qui était Dumaz? Qu'il travaillait avec les trafiquants que tu recherchais?
Le glas des derniers mots me frappa au ventre. Mon sang se figea. Avant que j'aie pu rien dire, Sarah poursuivit:
– Depuis qu'on m'interroge, j'ai appris beaucoup de choses sur ces diamants. Beaucoup plus que je ne pourrais jamais leur en raconter. Delter est venu une fois avec un officier d'Interpol, un Autrichien nommé Simon Rickiel. Pour me persuader de coopérer, ils m'ont raconté quelques histoires très instructives. Notamment celle d'Hervé Dumaz, flic véreux qui arrondissait ses fins de mois en remplissant des missions de sécurité, plus ou moins troubles, auprès de sociétés plus troubles encore. Lors du grabuge, de nombreux témoins ont reconnu Dumaz. Ils ont déclaré que chaque printemps, Dumaz accompagnait Böhm à Anvers, qui vendait ses pierres là-bas – le même genre que les miennes: des petits diamants, d'une qualité unique. L'histoire commence à se dessiner dans ta tête? (Sarah rit encore, puis alluma une nouvelle cigarette.) J'ai connu des pigeons, mais des comme toi, jamais.
Mon cœur cognait à se rompre. En même temps, tout devenait clair: la rapidité avec laquelle Dumaz avait obtenu les informations sur le vieux Max, sa conviction que toute l'affaire reposait sur un trafic de diamants, son obstination à m'envoyer en Centrafrique. Hervé Dumaz connaissait Max Böhm, mais il ignorait la nature de la filière. Il m'avait donc utilisé, à mon insu, pour retrouver les diamants disparus et découvrir les rouages du système. Une profonde nausée me barrait la gorge.