Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Публицистика » Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition) - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

Электронная книга - «Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)». Краткое содержание книги:

Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
1 ... 66 67 68 69 70 71 72 73 74 ... 133
Перейти на страницу:

Les « noyaux durs », voilà la grande idée du ministre d’État Balladur. Ces participations croisées entre actionnaires stables qu’il constitue au sein de chacune des sociétés privatisées sont d’abord un moyen d’éviter que les entreprises, joyaux de la richesse nationale, ne soient enlevées et pillées par des raids boursiers commandés de l’étranger. Les participations croisées entre les grands assureurs (AGF, GAN) et les grandes banques (toujours les mêmes) ont pour objectif de rester doublement entre soi : entre compatriotes et entre gens du même monde, technocrates et bourgeoisie d’affaires. Or, celle-ci, depuis deux siècles, a l’habitude des relations étroites, voire endogames, avec l’État. Les participants aux noyaux durs sont choisis par le ministre d’État ; ils n’oublieront pas qui les a faits rois ; ils mimeront la liberté de l’entrepreneur, mais leur laisse remonte jusqu’au ministère des Finances sans qu’ils s’en émeuvent.

Bien sûr, « on » privilégiera les amis du RPR ; le financement de la campagne présidentielle de Jacques Chirac en 1988 (et celle de Balladur en 1995 ?) ne sera pas négligé par les heureux élus. Routine de la République. Les socialistes hurlent seulement parce qu’ils n’ont pas été conviés au festin. Ils ne tarderont pas à se goinfrer. Lorsqu’il prit les rênes du groupe Casino, l’ancien directeur de cabinet du socialiste Pierre Bérégovoy à Bercy, Jean-Charles Naouri, résuma cet état d’esprit dans une formule d’un cynisme quasi coluchien : « Dans la vie, il y a deux choses qui comptent : le pouvoir et l’argent. Nous avons eu le pouvoir. Maintenant, il nous faut l’argent. »

Le bilan des nationalisations ne sera jamais équitablement établi. On pourra dénoncer non sans raison les gaspillages, les pressions politiques, les investissements électoraux, les gabegies, le clientélisme. On pourra aussi remarquer que les nationalisations ont peut-être sauvé nombre de fleurons économiques français, ELF, Pechiney, etc., qui ont disparu corps et biens quand l’État leur a lâché la main.

Mais la privatisation à la française, tel le Titanic, rencontre bientôt un iceberg qui n’était pas sur ses cartes de navigation : la mondialisation.

Nos gouvernants commettent une erreur funeste : ils abandonnent le traditionnel capitalisme d’État – pour céder à la mode libérale – mais ne créent pas des fonds de pension qui auraient drainé l’épargne nationale vers les entreprises, car la gauche refuse de mettre en danger le système de retraite par répartition, au profit de celui par capitalisation. Le capitalisme français est nu. Dès que la fragile protection des noyaux durs sautera (il suffira de quelques années), les entreprises françaises du CAC 40 deviendront des proies pour les étrangers, richement dotés, soit par leur capitalisme d’État (Chine, Russie, Norvège, pays du Golfe, ou même Länder allemands), soit par leurs fonds de pension à l’anglo-saxonne. Nos élites technocratiques ont résolu de se jeter dans le grand bain du capitalisme, en oubliant qu’il est d’abord une affaire de capitaux.

Le résultat ne se fait point attendre : 40 % – et même 50 % en 2014 ! – de la valeur de nos principaux groupes du CAC 40 se retrouvent entre des mains étrangères ; nos fameux « champions industriels », érigés avec les efforts de toute la nation (privilèges fiscaux, juridiques, économiques) par le général de Gaulle et Georges Pompidou, passent à l’étranger. Ils n’auront plus désormais les mêmes intérêts que leur patrie d’origine. L’internationalisation de l’actionnariat accompagne celle de leur activité. Près de vingt ans après les privatisations, les entreprises du CAC 40 réalisent les trois quarts de leur chiffre d’affaires hors de France. La croissance de leurs revenus repose à 85 % sur leurs implantations à l’étranger. Les grands fonds de pension anglo-saxons sont devenus des actionnaires majeurs des grands groupes français ; les fonds souverains de Norvège mais aussi du Qatar ont suivi. Les grands investisseurs français – les anciens rois des noyaux durs désormais privés de la protection de l’État – reculent. La France a toujours souffert d’un manque chronique d’investisseurs à long terme, car l’épargne abondante préfère l’immobilier à l’entreprise. Quand l’État ne soutient plus ce capitalisme sans capitaux, c’est la France qui est désarmée.

Les méthodes anglo-saxonnes de gouvernance des entreprises s’imposent comme la norme obligatoire.

Partout, on sonne la revanche des actionnaires, marginalisés depuis 1945, sur les salariés. Pour attirer et s’attacher les meilleurs gestionnaires, on imagine, sur l’exemple américain, de les associer au capital par une multiplication de revenus annexes qui transforment les discrets managers d’autrefois en nababs des mille et une nuits. Mais, en échange, ils doivent faire passer l’intérêt à court terme de leurs actionnaires internationaux (et leur souci obsessionnel de la « création de valeur ») avant ceux à long terme de leurs entreprises, de leurs ouvriers, et de leur nation. La ligne Maginot balladurienne a été contournée et une fois encore ridiculisée ; mais la cinquième colonne était de haut lignage et richement dotée. Dans tous les pays, une aristocratie (le fameux 1 %, voire 0,01 %) renaissait de ses cendres, s’isolant du reste de la population, vivant dans des endroits réservés pour elle à travers la planète.

En France, les technocrates de la haute fonction publique d’État, la crème de la crème, les inspecteurs des Finances, les conseillers d’État et quelques polytechniciens triés sur le volet, qui avaient été sélectionnés sur leurs bons résultats scolaires pour servir l’État et la nation, acceptèrent la mort dans l’âme, pour le bien commun et par patriotisme, de se sacrifier. Près de trente ans après les privatisations, sur les quatre cents inspecteurs des Finances vivants, seuls soixante travaillaient encore pour l’Inspection générale. Le reste (trois cent quarante !) avait quitté la fonction publique (ou été « mis à disposition »), pour exercer ses talents dans le privé, surtout la banque et l’assurance. Après quelques années, les grands patrons français étaient les mieux payés d’Europe.

C’est alors que le destin de Louis Schweitzer bascula, devenant non pas exceptionnel, mais emblématique de celui de sa caste. Tout s’accélère. Renault est privatisée en 1996. Très vite, la presse s’entiche de celui qu’elle ne tarde pas à surnommer « Loulou ». Il est libre, Loulou ! L’État français ne possède plus que 15 % du capital de l’ex-Régie. Sa force d’autrefois, l’État, est devenue un boulet ; Schweitzer est persuadé que seul l’empressement du ministre de l’Industrie Gérard Longuet a fait capoter en 1987 son alliance avec le suédois Volvo ; il est convaincu qu’il a laissé sa proie Skoda aux Allemands de Volkswagen parce que les anciens communistes tchécoslovaques étaient effrayés par la présence de l’État français et de la CGT.

En 1997, il annonce la fermeture de l’usine belge de Vilvorde. Les ouvriers d’outre-Quiévrain sont trop chers. Ils viennent pourtant d’accepter quelques années plus tôt de revenir à la journée de neuf heures pour… maintenir l’emploi. Schweitzer s’apprête à déménager les usines Renault en Slovénie pour la Clio, en Espagne pour la Mégane. Le vaste monde des ouvriers à bas coût s’ouvre devant Loulou ! En France, on est en pleine campagne électorale. Lionel Jospin promet que Renault ne fermera pas l’usine. Comme, lors de la remilitarisation de la Rhénanie en 1936 (encore une campagne électorale favorable à la gauche !), Albert Sarraut avait juré qu’on ne laisserait pas Strasbourg à portée des canons allemands. Jospin est élu. Schweitzer ne cède pas. Il ferme l’usine.

1 ... 66 67 68 69 70 71 72 73 74 ... 133
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)