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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)

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Le Suicide français (ESSAIS DOC.) (French Edition)
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Les drag queens furent à la mode. On les invitait à la télévision. Certaines assistaient au mariage Le Luron-Coluche.

Le travestissement a pour but de troubler les identités sexuelles ; de montrer leur fragilité, leur artificialité. Les féministes voient, dans cette contestation des identités sexuelles, la seule manière d’abattre le pouvoir du mâle ; les homosexuels militants y voient l’unique moyen de sortir de la marginalité. Cette alliance entre féministes et gays, qui leur avait permis de briser dans les années 1970 le pouvoir patriarcal, tourna cette fois à l’avantage exclusif des gays. Avec habileté, leurs théoriciens délaissèrent la traditionnelle opposition du masculin et du féminin – base même des revendications féministes pour davantage d’égalité – au profit d’une nouvelle dichotomie entre les sexualités, hétérosexuelle et homosexuelle. Au nom de l’égalité (entre les sexualités et non plus les individus ou les sexes), on revendiqua les mêmes droits que les couples hétérosexuels : mariage, famille, enfants. La science (PMA, GPA) et l’argent (un marché de l’enfant sur catalogue se développe aux États-Unis pour les riches gays, et des usines de « ventres » sortent de terre en Inde) remplacèrent la nature. Au nom de l’égalité, les gays élimineront ou asserviront les femmes qui ne seront plus que des ventres. « Il n’y a aucune différence entre un ouvrier qui loue ses bras et une femme qui loue son ventre », dira, en plein débat sur le mariage homosexuel instauré par Christiane Taubira en 2013, Pierre Bergé, patron d’Yves Saint Laurent, qui incarnera avec une rare arrogance la puissance du nouveau pouvoir gay, fondé sur le marché et la tolérance. Au nom de l’égalité, on a entrepris la destruction des repères sexuels les plus archaïques pour remodeler un nouvel humain, ni vraiment homme ni vraiment femme. L’objectif révolutionnaire sera clairement affiché par un sociologue comme Éric Fassin, militant engagé, dans Homme, femme, quelle différence ? 8 : « Ce qui est en cause, c’est l’hétérosexualité en tant que norme. Il nous faut essayer de penser un monde où l’hétérosexualité ne serait pas normale. »

Un monde où l’hétérosexualité deviendrait anormale, et où l’homosexualité deviendrait la norme. Où la marge délégitimerait la norme, la briserait, la morcellerait, l’ensevelirait.

Dès 1981, dans son livre Simulacres et simulations 9, Jean Baudrillard nous avait avertis que le monde contemporain était emporté dans une spirale irrésistible de simulation : « L’ère de la simulation s’ouvre donc sur une liquidation de tous les référentiels. » Et quel référentiel plus fondateur, plus « naturel » que le mariage d’un homme et d’une femme ? « Nous sommes donc conviés, ajoute-t-il, à la réhabilitation fantomatique et parodique de tous les référentiels perdus. »

Un monde où la parodie remplacerait le réel détruit.

Les hommes du passé n’avaient jamais méconnu la fragilité des identités sexuelles ; jamais ignoré les apports culturels et sociaux qui s’ajoutaient à la nature de l’homme et de la femme. Bien avant Simone de Beauvoir et son célèbre « On ne naît pas femme, on le devient », Blaise Pascal avait deviné : « La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Pourquoi la coutume n’est-elle pas naturelle ? J’ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu’une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. » C’est parce qu’ils étaient conscients de ces fragilités que nos ancêtres avaient choisi d’accuser et de renforcer « culturellement » les différences naturelles. C’est parce que l’homme est physiquement plus fort qu’il part chasser tandis que la femme reste dans la grotte à conserver le précieux feu ; mais son image de chasseur renforce à ses propres yeux, et à ceux de sa femme et de ses enfants, sa virilité. Le « culturel » vient renforcer le « naturel » dans un cercle vertueux. C’est le fameux « Sois un homme, mon fils », renforce tes qualités viriles, contiens ta part féminine, pour devenir un véritable homme et qu’ainsi, avec la femme qui aura de même soigné sa féminité, vous puissiez vous attirer et pérenniser l’espèce. Cette sagesse ancestrale, notre époque l’appelle « stéréotype ». Nos progressistes estiment que le culturel et le social ont toujours été déterminants, qu’ils ont remodelé à leur guise la « nature » ; c’est pour affirmer sa domination sur sa femelle que l’Homo sapiens chasseur a fait croire qu’il était plus fort et pris le risque de mourir face au bison !

La fameuse « théorie du genre » n’est que cela : ou une redécouverte naïve de Pascal ou, quand elle penche sans le dire vers la queer theory, une volonté totalitaire mal dissimulée de nous transformer en androgyne, en neutre, ni homme ni femme.

Les Mourousi donnèrent l’image d’un couple exemplaire jusqu’à la mort brutale de la jeune femme d’une méningite, un jour de l’été 1992, laissant un enfant désespéré et un mari éploré. Moins d’un an et demi après le « mariage pour rire », les deux « époux » étaient morts : Le Luron se savait déjà malade, mais on cacha à sa famille la véritable cause du décès, comme une dernière trace, une dernière « hypocrisie » de l’ancien monde ; Coluche ignorait que son goût de la vitesse à moto le conduirait jusqu’à la rencontre fatale avec un camion. Dans l’Antiquité, ces morts accumulées auraient été vues comme des présages sinistres, entourant cette parodie d’une aura funeste. Mais nous nous croyons à l’abri de toutes les malédictions des Dieux.

21 décembre 1985

Saint Coluche

« Moi, je file un rencard à ceux qui n’ont plus rien. » Sa voix gouailleuse accroche et attendrit à la fois. Coluche court sur tous les plateaux de télévision et de radio. Il est partout. Une habitude devenue une façon de vivre, qui a tourné en cette année 1985 à la frénésie. À l’automne, il a reçu le César du meilleur acteur pour son rôle de pompiste dépressif dans Tchao Pantin. Le 26 septembre, au lendemain de son « mariage » avec Le Luron, il s’épanche sur l’antenne d’Europe 1 : « J’ai une petite idée comme ça, un restau qui aurait comme ambition au départ de distribuer deux mille à trois mille couverts par jour en hiver. » Il s’en prend violemment aux institutions européennes qui détruisent les surplus agricoles pour protéger les revenus des agriculteurs : « Quand il y a des excédents de bouffe et qu’on les détruit pour maintenir les prix sur le marché, on pourrait les récupérer, et on essaiera de faire une grande cantine pour donner à ceux qui ont faim. » Le premier « Resto du cœur » ouvre le 21 décembre 1985.

À la fin de l’année, Coluche sollicite sans manières Jean-Jacques Goldman dans la loge de son concert au Zenith : « Salut ! Il nous faudrait une chanson pour les Restos du cœur, un truc qui cartonne, qui nous fasse gagner beaucoup d’argent. Toi, tu sais faire. » Pour l’enregistrement du clip de la chanson, on fera appel à quatre personnalités très populaires : Yves Montand, Michel Platini, Nathalie Baye et Michel Drucker. Les images montrent un camion qui sort de la brume, et des hommes déchargeant des cageots. La machine médiatique se mettra docilement au service du chef-d’œuvre coluchien. À partir de sa sortie au début de l’année 1986, la chanson sera diffusée sans relâche sur toutes les radios :

« Aujourd’hui, on n’a plus le droit d’avoir faim ni d’avoir froid. »

Le refrain facile devient parole d’Évangile.

Coluche achevait l’année 1985 comme il l’avait commencée, en pleine effervescence ; en pleine lumière ; comme s’il sentait qu’il n’avait plus que quelques mois à vivre. Comme s’il était soucieux de soigner sa sortie.

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