Dominium Mundi. Livre I
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #1
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-10-90648-12-8
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre I». Краткое содержание книги:
« Que fait donc un simple petit lieutenant d’infanterie devant l’entrée réservée aux nobles ? cracha Robert de Montgomery, lui aussi agacé d’avoir tressailli.
— Je vous rappelle, Monsieur le Duc, que mon rang m’en autoriserait parfaitement l’accès. Je n’use néanmoins jamais de ces privilèges superficiels. »
Ce sale petit blanc-bec ne reculait devant aucune effronterie ! Robert, guère habitué à ce qu’on lui réponde, eut un mouvement de surprise, puis tenta de se rattraper avec un petit rire méprisant. Si ce minable croyait pouvoir se mesurer à lui juste parce qu’il avait eu raison de son nervi, il allait se faire un plaisir de lui en donner pour son argent.
« Alors, neveu du comte de Tarente, votre irruption dans une conversation privée avait-elle une autre raison que la simple malséance dont vous êtes coutumier ?
— Que me voulez-vous, Robert de Montgomery ?
— Mais rien, jeune puceau. Qu’est-ce qu’une personnalité telle que moi pourrait bien vouloir à un paysan comme toi ? C’est tout juste si je me souvenais de ton existence.
— Ne me prenez pas pour un simple d’esprit ! Je viens à peine de vous entendre, vous et votre coupe-jarret, tramer je ne sais quel complot contre moi ! J’ignore pourquoi vous cherchez à me nuire, mais ne commettez pas l’erreur de croire que je me laisserai faire. Votre position ne vous protégera pas éternellement ! »
Nous y voilà, songea Robert avec satisfaction, il m’aura fallu moins de temps qu’à Argant. Je me demande si c’est puceau ou paysan qui le fait le plus enrager. Maintenant, il n’y avait plus qu’à enfoncer le clou.
« Pourquoi voudrais-je donc nuire à quelqu’un d’aussi insignifiant que toi ? Tu penses que parce que tu t’es distingué au combat, tu vaux mieux que la boue dont tu es issu ? Tes parents vivent comme des chiens dans un domaine sans le sou, leur fils chéri dans lequel ils avaient placé tous leurs espoirs ne s’est pas hissé plus haut dans l’armée que simple lieutenant, et leur fille est si sèche que pas un homme digne de ce nom ne veut d’elle ! »
Tancrède ne répondit pas. Il gardait les yeux fixés sur ceux du duc de Normandie, les poings serrés et les mâchoires crispés. Il était manifeste qu’il devait faire appel à tout son sang-froid pour résister à la colère qui déferlait en lui. Robert avait toujours su comment taper là où ça faisait mal, c’était inné.
« Maintenant, écoute-moi bien, reprit le duc en pointant un doigt insolent vers Tancrède. Si jamais tu t’approchais encore de moi sans passer par la voie protocolaire, je considérerais cela comme une agression et mon garde du corps serait en droit de faire usage de la force. Même un troupier comme toi peut comprendre cela, non ? »
Les poings de Tancrède tremblaient toujours. Il paraissait plus près que jamais de se jeter sur Robert. Légèrement en retrait, Argant gardait la main sur la lame ionisée dissimulée dans sa veste, bien décidé à trouer la peau de cet homme s’il esquissait le moindre geste vers son maître.
Robert composa son sourire le plus arrogant : « Comptes-tu rester ici, les bras ballants, encore longtemps ? Si tu n’as plus rien à me dire, tu peux te retirer dans ton unité, soldat. »
Alors, toujours sans un mot, Tancrède de Tarente lui lança un dernier regard venimeux, puis partit.
Savourant le plaisir d’avoir écrasé son adversaire, Robert sentit néanmoins une petite crispation lui agacer l’estomac. La menace qu’exprimait le visage de sa victime au moment de quitter les lieux l’avait davantage impressionné qu’il ne l’aurait cru. Il craignit un moment d’y avoir été un peu fort, puis se ravisa. Que pouvait-il bien avoir à craindre d’un tel minable ?
L’horloge de la cabine collective n°48-57 indiquait plus de quatre heures du matin lorsqu’Engilbert se réveilla.
Il avait la gorge sèche et savait qu’il ne se rendormirait pas s’il n’allait pas boire. À contrecœur, il rejeta son drap sur le côté et se rendit aux toilettes. Il but longuement dans ses mains en coupe, puis se passa un peu d’eau sur la nuque. En revenant à sa couchette, il remarqua que le rideau de celle de Tancrède était à moitié ouvert. Poussé par un pressentiment subit, Engilbert tira sur le pan de tissu pour révéler entièrement l’alvéole. Vide.
Il fronça les sourcils d’un air désapprobateur.
Le taux d’adrénaline de Tancrède monta en flèche lorsqu’il découvrit le couloir secret. Ce n’était qu’un espace étroit compris entre deux rangées de cloisons préfabriquées contenant des gaines techniques. Guère plus de cinquante centimètres de large et aucune source de lumière.
Quarante minutes plus tôt, il avait discrètement quitté sa cabine pour se rendre à la remise 4 des Buanderies Générales. À trois heures du matin, les allées du vaisseau étaient désertes, silencieuses, et il n’avait croisé personne sur le chemin. Une fois sur place, il avait franchi les barrières de police aux couleurs vives qui interdisaient l’accès des lieux sans même avoir besoin de se cacher.
À l’intérieur de la remise, il alluma sa torche et s’attela à la fouille qu’il était venu effectuer, recherchant le moindre indice, inspectant minutieusement tous les endroits où quelque chose aurait pu échapper aux équipes d’enquêteurs.
L’altercation avec Robert de Montgomery l’avait mis dans une telle fureur qu’il n’avait pu trouver le sommeil. Il n’arrivait même pas à déterminer ce qui le mettait le plus en rogne. Était-ce le fait qu’il n’ait pas obtenu de réponse à sa question, ou que Robert soit parvenu à le manipuler aussi facilement jusqu’à lui faire perdre ses moyens ? Par-dessus tout, il s’en voulait énormément d’avoir failli céder à la tentation de lui faire ravaler ses paroles, risquant ainsi de finir ses jours en prison. Il vaut mieux avoir un motif solide si on s’attaque physiquement à un duc du royaume de France. C’était bien entendu l’intention de cette vipère d’en arriver là, et il s’était fallu de peu qu’il ne triomphe sur toute la ligne. Au moins, l’idée de le guetter à cette sortie du Babylone s’était-elle révélée utile, lui permettant de confirmer ce qu’il soupçonnait déjà : Robert souhaitait le faire chuter.
Depuis un quart d’heure que Tancrède fouillait méthodiquement les moindres recoins de la pièce, rien de particulier ne retenait son attention. Il avait beau ouvrir les placards, soulever les piles de linges, retourner les paniers, aucun indice n’émergeait de la pénombre environnante. Du coup, l’image du duc de Normandie ricanant occupait constamment ses pensées, comme si elle flottait devant ses yeux en surimpression sur tout ce qu’il regardait.
Ce malfaisant souhaite donc me faire chuter. Les ennemis du duc étaient certainement nombreux et Tancrède en avait toujours fait partie. Mais pourquoi donc suis-je devenu si important à ses yeux ?
Une simple vengeance pour l’affront qu’il lui avait fait dans sa jeunesse ? Un calcul politique pour essayer d’atteindre son oncle, Bohémond ? Une stratégie destinée à affaiblir sa famille dans le conflit territorial qui les opposait depuis si longtemps ? Ou tout simplement à cause de son appartenance à l’Ordre du Temple ? En vérité, les possibilités ne manquaient pas. Quoi qu’il en soit, si je dois tirer un enseignement de mon humiliation de ce soir, se sermonna-t-il, c’est de ne plus sous-estimer cet homme.
Tancrède caressait les cloisons du bout des doigts depuis plusieurs minutes déjà lorsqu’il sentit une aspérité anormale dans le creux d’une rainure. Intrigué, il promena le faisceau de sa lampe bien à plat sur la plaque murale afin d’y détecter une éventuelle différence de niveau. Rien de tel n’apparut. Il chercha à nouveau l’aspérité au fond de la rainure, y glissa l’index et tira d’un coup sec. Un déclic se fit entendre et le panneau s’entrouvrit soudain, basculant silencieusement de l’autre côté, révélant un étroit couloir plongé dans le noir.