La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Maïa secoua la tête. Kiel allait peut-être un peu loin dans la simplification, mais si les grands clans trouvaient le moyen de se reproduire sans mâles, la drogue à rut de Tizbé Bellère aurait l’air d’un fond de théière tiède.
— Renna en a parlé, quand il était à Caria ?
— Ouais. Ce grand nigaud ne comprend pas qu’il y a des moments où il ferait mieux de la boucler.
Ça… Il semblait parfois à Maïa d’une naïveté suicidaire.
— T’as compris à qui on avait affaire, conclut Kiel. Les changements qu’on propose, nous, les rades, vont dans l’autre sens. On voudrait ramener Stratos vers des modes de vie plus normaux pour l’espèce humaine… vers une vie faite pour les gens, et pas constituée de ruches d’un pôle à l’autre.
— Vous voudriez nous ramener à une époque où les hommes faisaient… cinquante pour cent… ?
— On est pas dingues à ce point-là ! s’esclaffa Kiel. Notre but à court terme, c’est d’abord de débloquer le processus politique. Engager des débats. Faire entrer des députées estiviennes au Conseil. Ça, tu peux pas être contre, même si t’es pas tout à fait d’accord avec nos projets à long terme, hein ? Maïa, j’voudrais pouvoir dire aux autres que t’es avec nous.
Maïa détourna les yeux. Elle resta silencieuse un long moment, puis elle eut un bref hochement de tête.
— Pas encore. Mais je… je veux bien écouter la suite.
— Allez, j’espère qu’avec le temps tu nous pardonneras de t’avoir bêtement sous-estimée, fit-elle en lui flanquant une claque sur l’épaule. C’est la dernière fois, promis. En attendant, maintenant qu’on sait que t’es une femme d’action, on t’charge d’veiller sur notre invité. Tiens-le à l’œil, fais gaffe à c’qu’on lui mette rien dans sa bouffe, comme nous à cap Grange ! Tu vois un meilleur moyen de t’prouver notre sincérité ? Ça te va ?
L’enthousiasme de Kiel était un peu forcé, mais sa proposition paraissait de bon aloi.
— Ça marche, répondit-elle à mi-voix, un peu agacée de penser que Kiel lisait en elle à livre ouvert.
Des pions étaient disposés sur le panneau de cale, petits carrés noirs et blancs munis de palpeurs semblables à des moustaches de chat pointant des côtés et des angles. Au début, Renna s’était émerveillé de la précision avec laquelle ils étaient fabriqués. Mais après avoir passé toute une matinée à remonter les mécanismes, son enthousiasme était un tantinet douché. Quelques tours de clé suffisaient à les remonter, et pourtant Renna et Maïa n’avaient préparé que la moitié des mille six cents pièces du jeu quand on annonça le déjeuner.
« Comment je fais pour me laisser toujours embobiner dans des trucs comme ça, moi ? se demanda Maïa en frictionnant ses bras ankylosés. Je vais être à ramasser à la petite cuillère, ce soir. » Enfin, c’était toujours mieux que de peler des légumes et autres « petites corvées » qu’on lui assignait depuis qu’elle pouvait se lever. Et la perspective de sa première vraie partie de jeu de la Vie l’intriguait.
Elle s’assura comme il convenait que les aliments servis à Renna venaient de la marmite commune. Elle ne craignait point une tentative d’assassinat mais plutôt qu’un membre de l’équipage tente de le droguer, ne fût-ce que pour tarir le flux incessant de ses questions. Il n’était pas difficile à repérer : il était toujours à l’endroit où les matelots se comportaient bizarrement. Sur le gaillard d’arrière, par exemple, où le capitaine Poulandres et ses officiers finissaient par prendre l’air de bêtes traquées après un long interrogatoire. Ou perché dans la mâture, en train de regarder par-dessus l’épaule des marins qui travaillaient, au grand affolement de ses anges gardiens, Thalla et Kiel, qui l’observaient d’en bas.
Le jeu de la Vie était une trouvaille de Poulandres pour distraire un moment son étrange passager. Une partie aurait lieu le soir même : Renna et Maïa contre le premier mousse et l’aide-cuistot.
« Hé là, se dit alors Maïa, j’étais volontaire, moi ? »
Enfin, elle avait beau ne plus sentir ses poignets, elle n’était pas mécontente. Le vent d’est faisait tourner le générateur du Manitou et craquer les mâts, gonflait les voiles et emplissait les poumons de Maïa d’un espoir grandissant. « Les choses vont peut-être s’arranger, maintenant.
« Je vais voir le continent de l’Arrivée.
« Si seulement Leie était là, qu’on puisse le voir ensemble…»
Le Manitou était un vaisseau rapide, conçu pour transporter du fret léger et des passagers. L’équipage était bien vêtu, comme il convenait à une guilde prestigieuse. Les mousses vaquaient à leur tâche avec empressement. Maïa trouvait la tenue des officiers à la fois impressionnante et un peu pompeuse.
Elle n’était pas habituée à voir tant d’hommes autour d’elle. Et maintenant qu’elle connaissait l’existence de la drogue des Bellères, elle n’osait se fier à la promesse hivernale de docilité masculine. Comment était-ce, avant Lysos ? On ne pouvait jamais savoir quels hommes étaient dangereux, ni quand…
Elle comparait discrètement les marins et Renna. Chez lui, même les choses les plus simples étaient étonnantes : ses yeux, par exemple, étrangement écartés et marron foncé, couleur rare sur Stratos. Son long nez lui donnait l’air d’un oiseau à la curiosité insatiable. « Si Renna ne vient pas des étoiles, en tout cas, il est originaire d’un endroit vraiment bizarre. »
Et puis il plissait toujours les paupières pour regarder ce qui l’entourait, comme si la lumière de Stratos était moins forte que celle à laquelle il était habitué. Cela compensait une ouïe très fine. Maïa savait qu’il entendait les plaisanteries que les gens faisaient sur lui dans son dos.
Personne ne se moquait de sa barbe brune et bouclée, avec laquelle peu d’hommes pouvaient rivaliser à cette époque de l’année, mais on le taquinait un peu sur son régime. S’il n’avait rien contre les bouillies de grain et de légumes ou le ragoût de poisson, il refusait poliment la viande rouge du réfrigérateur du bord, en alléguant une « allergie aux protéines », et ne buvait pas d’eau de mer. Le coq dut mettre un baril d’eau douce en perce pour « ce pinailleur de terrien ».
Maïa avait surmonté les émotions douloureuses qui avaient empli sa solitude à la prison-sanctuaire. À part sa bonté fondamentale, Renna n’avait rien à voir avec la personne qu’elle s’était imaginée tandis qu’ils échangeaient des messages codés dans le noir. Elle en avait fait son deuil, une fois de plus.
Alors, pourquoi éprouvait-elle parfois un pincement de jalousie irrationnel quand Renna parlait un moment avec Naroïne, Kiel ou une autre var ? « Serais-je attirée vers lui… sexuellement ? » C’était peu probable ; elle était trop jeune.
« Et quand bien même, qu’est-ce que la jalousie viendrait faire là-dedans ? » Elle s’interrogea. Certaines pensées lui nouaient les entrailles. D’autres provoquaient de déconcertantes vagues de chaleur, ou de tristesse. « Allez, je me fais sûrement une montagne de rien du tout. » Si seulement elle avait pu exprimer son trouble… Mais elle n’osait se confier à des étrangers. Pour ça, elle avait toujours eu Leie.
C’était la mer qui l’avait, maintenant. Cette immensité qui entourait Maïa, et qu’elle aimait si peu regarder.
Après déjeuner, Renna s’excusa et se rendit sur la plateforme tendue de rideaux qui prolongeait le pont avant au-dessus de l’eau. Il mettait toujours plus de temps que les autres pour se laver, et on rapportait que d’étranges sons s’échappaient de derrière les tentures.