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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Ça risque de mettre notre Gardien en danger. Il faudrait peut-être le déplacer sur un côté. Vers la droite, non ?

— Ça gênerait notre Petite Barrière, objecta-t-elle. Nous avons déjà placé deux rangées de cette figure.

— D’accord. Alors on va passer le Gardien à gauche.

Maïa tenta de visualiser l’échiquier une fois rempli. Elle voyait déjà comment évolueraient certaines entités au cours des deux, trois, voire cinq ou six tours à venir. Telle zone serait traversée par un Vaisseau Mère, dans telle autre puiseraient des tourbillons noirs et blancs, une Graine de Moutarde se mettrait à tourner… et c’est là qu’elle s’aperçut avec horreur qu’un groupe de Planeurs irait heurter le bord-miroir et reviendrait en diagonale vers le coin qu’ils s’étaient donné tant de mal à protéger ! Elle le signala à Renna.

— On dirait que c’est cuit, fit-il en soupirant, puis il grimaça : Maïa lui avait enfoncé les ongles dans le bras.

— Non, écoute ! souffla-t-elle d’un ton pressant. On pourrait placer notre propre Canon à Planeurs – là-bas ! et le régler pour tirer vers notre territoire et intercepter leurs…

— Quoi ? coupa Renna, et Maïa craignit un instant de s’être immiscée dans ce qui était essentiellement le plan de Renna, mais il acquiesça avec empressement. Oui-oui-oui, je crois que ça pourrait marcher… Ça devrait aller si on chronomètre bien le truc. Évidemment, il y a toujours le problème des débris, après l’explosion des Planeurs…

Ils eurent juste la place d’insérer ces modifications de dernière minute. Le Canon à Planeurs de Maïa était coincé le long de la bordure mais leurs adversaires n’installèrent pas d’autre Cyclone. Quand le dernier pion fut posé, elle était épuisée. « Et moi qui croyais que c’était un jeu de paresseux. On ne peut pas savoir ce que c’est tant qu’on n’a pas essayé. »

Le soleil était depuis longtemps couché. On avait allumé des lanternes. Thalla lui tendit un manteau. Le temps avait fraîchi, mais elle était tellement absorbée qu’elle ne s’en était pas rendu compte.

Le capitaine Poulandres s’avança, vêtu d’une robe à capuchon et portant un bâton noueux, symbole de son rôle de Maître et d’Arbitre. Derrière lui, tout le monde se trouva un perchoir pour assister au jeu, parfois avec une expression amusée. Maïa ne vit personne prendre des paris.

« Qui voudrait miser sur nous, à quelque cote que ce soit ? »

Le capitaine s’approcha du jeu, où le chronomètre attendait d’envoyer aux mille six cents pièces l’impulsion qui amènerait chacune à retourner ses volets ou rester immobile, selon ce que ses palpeurs lui apprendraient sur ses voisines. La même décision se reproduirait quelques secondes plus tard, avec l’envoi d’une nouvelle impulsion. Et ainsi de suite.

— La Vie est la continuation de l’existence, psalmodia le capitaine d’une voix grave, caverneuse.

— La Vie est la continuation de l’existence, répondit tout le monde, passagères et équipage.

— La Vie est la continuation de l’existence, mais rien ne dure. Nous sommes tous des dessins qui cherchent à se propager, en mettent d’autres à jour et disparaissent comme s’ils n’avaient jamais existé.

Maïa avait souvent entendu cette invocation, en bien des endroits, mais c’était la première fois qu’elle participait à une partie. Elle se demanda combien d’autres femmes s’étaient trouvées à sa place. Sûrement pas plus de quelques milliers. Peut-être quelques centaines seulement.

Renna écoutait ces paroles antiques d’un air extasié.

— … Sans contrôle sur notre progéniture, nos inventions ou les conséquences lointaines de nos actes, nous devons nous contenter de bien prévoir puis de laisser faire les choses.

— Tout est dans la préparation et dans l’instant de l’acte.

— Le reste est postérité.

Le capitaine plaça son bâton sur le chronomètre palpitant.

— Deux équipes se sont préparées. Que l’acte s’accomplisse. Maintenant… observons la postérité.

Le bâton retomba. Le chronomètre compta les huit mesures habituelles. Maïa, qui s’y attendait pourtant, ne put s’empêcher de sursauter quand les mille six cents pièces noires et blanches semblèrent soudain exploser.

En fait, un peu moins de la moitié retournèrent leurs volets, changeant d’état, mais cette frénésie cliquetante, mouvante, fit bondir le cœur de Maïa avant qu’une seconde vague, puis une troisième, balayât l’échiquier.

Par bonheur, elle n’était pas obligée de réfléchir. Le jeu de la Vie était terminé à l’instant où il commençait. Elle ne pouvait plus qu’en observer, sans bouger, le déroulement.

Itinérant – Journal de bord Mission Stratos
Arrivée + 43 271 Ms

J’ai eu du mal à surmonter certains préjugés la première fois que je suis entré dans une maison stratoïne. Pas à cause du concept de matriarchie, que j’ai déjà rencontré sur Florentine et la Nouvelle Terre. Ni parce que les hommes forment une sous-espèce parfois utile, souvent irritante, heureusement rare. J’étais préparé à tout ça. Mon problème vient de ce que j’ai été élevé dans une société obsédée par l’individualité.

La variété, la diversité, étaient notre religion. La différence l’emportait sur l’uniformité. L’autre passait toujours avant. Une époque malade, disent les psycho-historiens, même si sa courte gloire a produit des voyageurs des étoiles idéaux.

J’ai rencontré de nombreuses sociétés stabilisées, mais jamais aussi contraires à mon éducation que sur Stratos. Le déroutant paradoxe de ce monde, c’est son enracinement dans la non-évolution. Les générations ne sont pas déchirées par des changements de valeurs. La ressemblance n’est pas une malédiction, la variété n’est pas automatiquement une alliée.

Il vaut mieux que nous ne nous soyons jamais rencontrés, Lysos et moi. Nous ne nous serions guère entendus.

J’ai été enchanté quand la Savante Iolanthe m’a invité pour quelques jours dans la propriété de sa famille. Cet honneur, rare pour un homme en été, était sans doute une affirmation politique : sa faction est la moins hostile à une reprise de contact. On m’a quand même prévenu que ma visite serait « chaste » : l’étoile de Wengel ne serait pas visible de ma chambre.

J’ai dit à Iolanthe que ça ne posait aucun problème. Je détournerais les yeux, mais pas du ciel.

La citadelle nitocrisse est très ancienne. La lignée de Iolanthe occupe cet immense château depuis près de six cents ans et le site était occupé dès la fondation de Caria par des familles apparentées.

Notre voiture franchit un portail imposant, suivit une longue avenue et s’arrêta devant un porche de marbre sculpté où nous accueillit cérémonieusement un trio de gracieuses Nitocrisses pareilles à Iolanthe : dans la majesté de l’âge mûr et vêtues de strictes robes de soie jaune, crissante. Une jeune sœur prit mon sac. D’autres parentes aux yeux doux et au nez étroit comme elles s’empressèrent en silence, déplaçant la voiture, refermant la porte et nous précédant dans la maison.

Ainsi, pour la première fois, j’entrais dans le sanctuaire d’un clan parthénogénétique, l’unité première de la vie sur Stratos. « Abandonne toute idée préconçue. Ce ne sont ni des abeilles ni des fourmis », me répétais-je, résistant à l’envie de faire des comparaisons faciles.

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