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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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— Tu ne peux jamais être à l’heure, aussi…

Le pire, c’était cette vague impression d’avoir été trahie, non par sa sœur mais par les hauts-reliefs. Elle avait cru en eux, et voilà qu’ils ne voulaient plus jouer le jeu.

Des dessins flous. Des formes fugitives, imprécises, gravées dans une pierre vivante, mouvante…

— … est-ce… qu’elle… va… mieux ? fit une voix lointaine, féminine, qui montait et refluait, chaque mot issu du brouillard semblant inclus dans une bulle frémissante.

Lui répondirent enfin des accents beaucoup plus graves, tels ceux d’un dieu marin psalmodiant du fond des océans.

— … crois, oui… docteur… a dit… devrait… bientôt.

Au début, les voix étaient des intruses bienvenues qui dissipaient les lambeaux tenaces de cauchemar, puis elles finirent par l’agacer avec leur mirage de sens soudain évanoui qui l’empêchait de dériver dans le sommeil.

Le soprano féminin revint, plus ferme, moins tremblotant.

— Tant mieux… ou ces… lopes… tains de criminelles.

— Me… pardonnerai jamais, tonna le dieu de la mer après un long silence.

— … pour rien… là-dedans ! Bande d’imbéciles, essayer… la semer, comme une gosse… aurais pu leur dire qu’elle… supporterait pas… Du cran… petite var.

Au moins, c’étaient des voix amies, se dit-elle. Apaisantes, rassurantes. On s’en faisait pour elle. La sagesse lui conseillait de ne pas se poser de questions pour le moment. Chaque chose en son temps.

L’ennui, c’est que la sagesse n’était pas de taille à lutter contre la grande fautrice de troubles : la Curiosité.

« Où suis-je ? » se demanda-t-elle. « Qui sont ces gens ? »

Dès lors, chaque mot lui parvint nettement défini. Chargé de sens, relié au contexte.

— J’ignorais tout ça, reprit la voix grave. Nous nous sommes un peu raconté notre vie en prison, mais je n’avais aucune idée de ce par quoi elle était passée. Pauvre gosse.

La voix d’homme… c’était celle de Renna. Un petit nœud d’inquiétude se défit. « Je ne l’ai pas encore perdu. »

— Ouais, ben j’aurais mieux fait d’garder les yeux et les oreilles ouverts et d’aller à terre vérifier certaines rumeurs, au lieu d’rester sur mon cul dans c’bateau.

La voix féminine était familière, elle aussi, et éveillait chez Maïa de lointains souvenirs d’une autre vie.

— Et moi, alors ? J’avale un casse-pattes et je me fais embarquer par ces femmes comme un ballot de linge sale !

— Un casse… ? Tu veux dire un calmant pour l’été ?

« Naroïne ! hoqueta Maïa. Mais qu’est-ce qu’elle fait ici ?

« Et ici, au fait, c’est où ? »

— Ouais. Pas futé, ça. Moi qui croyais que les voyageurs de l’espace étaient des cerveaux.

— Des cerveaux ? Pas spécialement ! Sûrement pas si je me réfère aux critères de certains des endroits que j’ai visités. Le premier critère requis des itinérants, c’est la patience. Hé, mais j’ai l’impression qu’elle se réveille.

Maïa sentit une main fraîche se poser sur sa joue.

— Ohé, Maïa ? Tu m’entends, petite ? C’est moi, ta vieille maîtresse d’armes du Wotan. Ela ! À l’assaut !

La main était plutôt calleuse, et pourtant, que sa caresse était agréable ! Quelqu’un lui voulait du bien… Maïa faillit feindre le sommeil, pour prolonger ce contact.

— Je…, croassa-t-elle. P-peux pas… ouvrir les yeux…

Elle avait l’impression que ses paupières étaient collées, mais on lui passa un linge humide sur le front et le monde lui apparut sous la forme d’une lumière éclatante. Elle cligna des yeux, aveuglée. Elle porta machinalement ses mains, lourdes comme du plomb, à son visage et se frotta les yeux.

Deux têtes familières, d’abord floues, puis plus nettes, se découpèrent sur les boiseries et le sabord d’un navire.

— Où… où on va, là ? fit-elle en passant sur ses lèvres sa langue parcheminée.

— Tu nous as fait peur, soupira Renna, soulagé. Tout va bien. On va vers l’ouest sur l’océan Mère, sans doute vers l’un des grands ports du continent de l’Arrivée. Ça doit mieux les arranger que la cambrousse où elles nous ont trouvés.

— Elles ? Kiel, Thalla et Baltha ?

Elle avait les yeux qui se croisaient, si bien que l’homme et la femme formaient quatre silhouettes qui se chevauchaient.

— Baltha est payée pour ça, comme moi, rectifia Naroïne. On fait pas partie du Grand Plan. On dirait qu’une bande de rades ont des projets pour ton bonhomme venu des étoiles.

— Qu’est-ce qu’on rigole, sur Stratos, ironisa Renna.

— Tu pourrais peut-être écrire un guide de voyages, suggéra Maïa en s’efforçant d’ajuster son regard.

Renna éclata de rire, surtout quand Naroïne les regarda d’un air intrigué et demanda ce qu’était un guide de voyages.

— Que faites-vous ici ? demanda Maïa à la boscotte. Ce n’est pas le Wotan ?

Il y manquait, en effet, la pellicule noire de poussière d’anthracite. Naroïne fit la grimace.

— Nan. Le Wotan a bugné un phare, à l’anse d’Artémise, et j’ai dû chercher un aut’rafiot. L’a fallu que j’tombe sur un bateau qui transbahutait la plus bizarre des marchandises de contrebande atype. Sauf vot’respect, Homme des étoiles.

— Il n’y a pas d’offense, fit paisiblement Renna. Vous croyez que nous pourrons débarquer en cours de route ?

— Ça, m’sieur Muscle, ça m’étonnerait. Les vars qui vous cornaquent vous lâcheront pas comme ça. Maint’nant, si j’étais vous, je m’demande si j’laisserais pas courir. Y a pire qu’elles, dans l’coin. Et j’parle pas d’ces dingues de Perkies.

— Que voulez-vous dire ? demanda Renna, intrigué.

— V’z’êtes pas au courant ? Bon, fit-elle très vite, comme pour changer de sujet, j’vais dire à mes clientes qu’la souris des quais qu’avait bu la tasse s’est réveillée. En attendant, vous deux, oubliez pas la première règle d’survie des estiviennes : fermer sa gueule et ouvrir les oreilles.

Elle sortit sur un dernier clin d’œil à Maïa.

— Tu veux un peu d’eau ? demanda Renna.

— Je veux bien, acquiesça Maïa.

Il l’aida à se redresser, porta une tasse de terre cuite à ses lèvres et lui reposa la tête sur la couverture pliée qu’on lui avait donnée en guise d’oreiller.

Ou plutôt, prêtée. « Je n’ai absolument rien à moi », se dit-elle en songeant à la trahison de Kiel et de Thalla, et à son plongeon dans les eaux glacées de la baie. « Et mon meilleur et peut-être seul ami au monde est un étranger qui en sait encore moins que moi ». Il y avait de quoi hurler de rire, seulement elle n’avait pas de forces à gaspiller. Elle livrait un combat perdu d’avance contre ses paupières qui se fermaient.

— Tu peux dormir, dit Renna. Je reste à côté de toi.

— Combien de temps…, commença-t-elle en secouant la tête.

— Tu es restée évanouie près de trois jours. Tu as bien recraché un demi-litre d’eau quand on t’a remontée à bord.

« Autant pour les leçons de natation des mères », songea Maïa. Ces séances l’avaient aussi bien préparée aux dures réalités de la vie que le reste de l’éducation lamaï…

— Tu es resté avec moi tout ce temps-là ? demanda Maïa d’une voix empâtée par le sommeil.

— J’ai dû aller une ou deux fois aux chiottes, fit-il avec un geste désinvolte. Tiens, je t’ai gardé ça. Je me suis dit que ça te ferait peut-être Plaisir quand tu te réveillerais.

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