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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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La Savante me fit visiter cours, jardins et salles superbes sans se laisser démonter par la meute d’enfants qui chuchotaient et gloussaient dans notre sillage. Les Nitocrisses n’ont pas de domestiques vars pour effectuer des tâches qu’elles jugeraient indignes d’elles. Elles se répartissent les corvées fatigantes ou salissantes – et les travaux plus intéressants – en fonction de l’âge et pour une durée déterminée.

Pas étonnant que fillettes et jeunes filles se déplacent avec grâce et assurance. Chacune grandit dans l’exemple de ses aînées qui vaquent à leurs activités avec une calme efficacité héritée d’une pratique plusieurs fois séculaire. Elle connaît le mouvement à faire avant d’être appelée à l’exécuter elle-même. « Mon tour viendra » semble être la philosophie du lieu.

Tel est du moins le message qu’elles cherchaient à faire passer. Il diffère sans doute d’un clan à l’autre, et il se peut que ça ne marche pas parfaitement même chez les Nitocrisses. Quand même, je me pose des questions…

Les utopistes ont toujours imaginé des sociétés idéales où la compétition serait inconnue et l’harmonie la seule Loi. La nature humaine et un principe génétique égoïste ont toujours repoussé ce rêve hors d’atteinte. Mais dans un clan stratoïn, la tyrannie des Lois biologiques peut se relâcher. Fini l’égoïsme : ce qui est bon pour l’individu est bon pour tous.

La maison Nitocrisse est pleine d’amour et de rires. Elle paraît autosuffisante et heureuse.

Il ne faisait pas froid, mais j’ai réprimé un frisson. Enfin, je ne crois pas que mes hôtesses l’aient remarqué.

Chapitre XVII

Le lendemain matin, le pont, les bastingages et le gréement étaient couverts de gloire fraîchement tombée des nuages stratosphériques, et le Manitou transformé en vaisseau de conte de fées brillait de mille reflets dans le soleil levant.

Debout sur l’étroit escalier de la cabine qu’elle partageait avec neuf autres femmes, Maïa admira le scintillement des innombrables points lumineux. « Que c’est joli », se dit-elle avec une émotion presque douloureuse.

Quand le givre tombait sur Port Sanger, tout fermait, les boutiques et les entreprises, et les femmes sortaient en hâte ramasser les boules cotonneuses qu’elles conservaient dans des jarres isothermes. Un saupoudrage de gloire bouleversait bien plus la vie quotidienne qu’une banale chute de neige qui obligeait simplement à sortir bottes et pelles – même en grognant.

Les hommes préféraient la vraie neige, bien sûr. Le verglas qui rendait les rues traîtresses les dérangeait moins que cette impalpable dentelle. Les matelots se réfugiaient sur leur bateau ou fuyaient la ville en attendant que le soleil ait tout nettoyé et que les femmes aient retrouvé une humeur moins folâtre.

« Mais ça, c’est à terre, se souvint Maïa. Ici, ils n’ont nulle part où se cacher, les pauvres. »

Maïa sentit une odeur fraîche, vivifiante, qui évoquait la cannelle. Ce n’était pas un petit saupoudrage, comme à Longue Vallée. Un picotement lui parcourut l’échine. Cette sensation lui rappelait vaguement d’autres hivers, mais en plus fort.

Elle n’était pas adulte, alors. Elle se demandait avec un mélange d’impatience et de répulsion si ce parfum lui ferait plus d’effet, maintenant qu’elle avait cinq ans.

Sur le pont, des marins traînaient les pieds avec la nonchalance de ceux qui travaillent à l’aube. Bien que la pellicule glacée ne les affectât pas, le capitaine avait l’air en rogne et s’adressait à eux d’un ton bourru.

La plus mécontente était la seule femme visible, la plus jeune des rades de Kiel, une fille de l’âge de Maïa. Armée d’un balai, elle remplissait un seau de givre, le vidait par-dessus bord et recommençait.

Quelqu’un bougea derrière Maïa. Elle se retourna et, d’un hochement de tête, salua Naroïne qui s’approcha.

— Ça vaut l’coup d’œil, non ? fit la var en humant la brise glacée. Dommage qu’il faille tout balancer…

La boscotte tourna les talons, replongea quelques instant dans la pénombre de l’étroite cabine, farfouilla sur la couchette de Maïa et lui rapporta son manteau.

— À toi d’jouer, dit-elle gentiment avec un mouvement de menton en direction de la fille qui balayait le pont d’un air morne. C’est la Loi d’la mer. Les femmes restent sous l’pont en attendant qu’le givre ait disparu. Mais pas les pucelles.

— Comment pouvez-vous savoir…, fit Maïa en rougissant.

— C’est qu’une façon d’parler. La moitié d’ces vars (du pouce, elle indiqua la cabine) ont jamais connu d’hommes, et elles en auront jamais. C’est juste une question d’âge : c’est les jeunes qui nettoient. Vas-y, gamine. Ela.

— Ela, répondit machinalement Maïa en enfilant son manteau.

Elle faisait confiance à Naroïne pour ne pas lui mentir sur un sujet pareil, mais ça lui paraissait injuste. Elle alla, en traînant les pieds et en frictionnant ses mains déjà engourdies, chercher un balai dans le placard à fournitures.

L’autre fille lui adressa un regard qui semblait dire : « Qu’est-ce que tu attendais ? » auquel Maïa répondit dans le même langage muet – d’un haussement d’épaules signifiant : « Je n’étais pas au courant. Comme d’habitude. »

C’était logique, en y réfléchissant. La gloire inspirait aux femmes d’âge pubère des idées lubriques au moment où les hommes avaient plutôt envie d’un bon bouquin. Ce que les mâles trouvaient énervant mais évitable sur terre ne pouvait être fui si aisément en mer. Les cinq-et six-ans, moins affectées et de toute façon sans intérêt pour les hommes, étaient naturellement chargées du nettoyage.

La corvée ne tarda pas à perdre la nouveauté qui faisait son attrait, si faible soit-il, et Maïa trouva le petit picotement de ses narines moins obsédant qu’on ne le disait. Elle avait l’impression désagréable que les marins se la montraient du doigt en ricanant. Et pas à cause de la chute de gloire mais du fiasco qu’avait été le « tournoi » de la veille. Comme s’il ne lui suffisait pas d’être une jeune var du bas de l’échelle, embarquée dans un voyage qu’elle n’avait pas voulu, le jeu de la Vie avait fait d’elle la risée du navire.

Pour tout arranger, un des ses adversaires, l’aide-cuistot, allumait son four sous le gaillard d’avant. Il lui sourit en la voyant approcher. Deux dents en moins le faisaient zozoter.

— D’accord pour une aut’partie ? Quand vous voulez, l’Homme des étoiles et toi. Kari et moi, on est prêts.

Maïa fit la sourde oreille. Le gamin n’était pas une lumière, mais avec son copain le mousse, ils avaient anéanti en moins de deux le plan minutieusement pensé de Renna. La déroute était devenue évidente au bout de quelques tours.

La grille de quarante par quarante n’était pas, et de loin, la plus grande qu’eût vue Maïa. On parlait d’échiquiers infiniment plus vastes, dans certaines villes et d’anciens sanctuaires de la côte Méchante. Le mal qu’ils s’étaient donné, Renna et elle, pour mettre en place une configuration de départ viable n’avait servi à rien. Elle s’était presque aussitôt désagrégée.

Une des figures de leurs adversaires avait commencé à tirer à travers l’échiquier des Planeurs autonomes qui avaient obliqué en battant des ailes vers le bord, d’où ils avaient rebondi vers l’Oasis que Renna et Maïa devaient préserver. Maïa avait regardé, la gorge nouée, leur propre Canon à Planeurs – son apport au plan de Renna – lancer des Intercepteurs, lesquels avaient rasé leur Petite Barrière juste à temps pour…

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