La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
« Kiel et Baltha ont dû revenir avec des nouvelles fraîches », se dit-elle. Mais il n’y avait personne près de l’entrée non plus. « Elles sont peut-être rentrées pour manger ? »
Maïa ouvrit la fenêtre à contrepoids. Un air pur et froid envahit la pièce, lui donnant la chair de poule. Elle passa la tête par la fenêtre et cria :
— Hé ! Où êtes-vous passées ?
Des femmes chargeaient une charrette près d’un entrepôt. Plus à gauche, vers les quais, un groupe s’approchait d’une jetée. Le cœur lui manqua quand elle reconnut au milieu la silhouette trapue de Thalla et la tignasse blonde de Baltha.
« Non ! Elles ne me feraient pas ça ! »
Puis elle vit Renna. Plus grand que Baltha, il marchait en titubant, les bras passés sur les épaules de deux femmes.
— Lysos ! s’écria Maïa en reprenant pied sur le carrelage.
Voilà donc pourquoi elles lui avaient pris ses vêtements…
Elle songea aux derniers mots de Thalla, des paroles d’adieu, rétrospectivement…
Elle se drapa dans une serviette, sortit en coup de vent de la salle de bains et dévala l’escalier. L’aubergiste lui barra le chemin, un sac en tissu et une enveloppe à la main.
— Ah, mademoiselle. Vos amies m’ont dit de vous remettre…
Maïa la repoussa, franchit la porte d’entrée d’un bond, vola par-dessus les marches et atterrit sur les gravillons du chemin. Des commerçantes ouvrirent de grands yeux et des clones de trois ans gloussèrent, mais il en aurait fallu davantage pour arrêter Maïa. Elle partit en courant vers les quais, indifférente au vent froid venu de la mer. Prenant un virage trop serré, elle glissa et tomba à quatre pattes. Elle se releva aussitôt sans prendre le temps de ramasser sa serviette. Elle passa en courant, nue comme un ver, devant des grues de chargement et des navires amarrés, sous les regards stupéfaits des marins et des habitantes de la ville.
Deux chaloupes s’éloignaient de la jetée, les rameuses souquant ferme. Quand Maïa atteignit le bout du quai, elle cria à Kiel, assise près de la barreuse de la deuxième chaloupe :
— Menteuse ! Salope ! Tu n’as pas le droit…
Elle tapa du pied, incapable de trouver les mots pour exprimer sa fureur. Kiel resta bouche bée de surprise, tandis que plusieurs vars auprès desquelles Maïa avait combattu éclataient de rire de la voir ainsi nue et tremblante de colère.
Un peu remise de son étonnement, la Noire mit ses mains en porte-voix et répondit :
— On peut pas t’emmener, Maïa ! Tu es trop jeune et c’est dangereux ! On t’explique, dans la lettre…
— Tu peux te la carrer où je pense, ta lettre ! hurla Maïa, écumante de rage. Et Renna, qu’est-ce qu’il en dit, lui, de…
Elle vit alors seulement que l’homme venu de l’espace avait l’air triste et le regard vitreux, comme perdu dans le vague.
— C’est un enlèvement ! s’écria-t-elle d’une voix rauque.
— Non, Maïa, c’est pas ce que tu…
Kiel ne finit pas sa phrase. Maïa avait plongé dans l’eau glacée. Elle remonta à la surface en toussant et en crachant, avala une goulée d’air qui lui râpa douloureusement la gorge et se mit à nager de toutes ses forces vers la chaloupe.
Le clonage était un mode de reproduction connu bien avant l’émigration de Florentine. Un ovule, soigneusement préparé à partir du matériel génétique d’une donneuse, est implanté dans un utérus chimiquement stimulé, ou dans la matrice artificielle mise au point sur la Nouvelle Terre. Ce processus délicat et coûteux est d’ordinaire réservé aux individus particulièrement créatifs, riches ou respectés. Je ne connais pas de monde où les clones représentent une part importante de la population, à part Stratos, où ils sont plus de quatre-vingts pour cent !
La reproduction parthénogénétique n’est ni plus ni moins compliquée ou coûteuse que le mode normal de conception. Les conséquences de cette innovation se font sentir dans toute la culture de la planète. Nulle part je n’ai rencontré une tentative aussi radicale de prise en main de la destinée humaine.
Tel fut le sens de mon allocution au Conseil régnant de Caria (transcrire en annexe). J’avais privilégié la diplomatie et réservé à une autre occasion les questions qui me préoccupaient. Le temps, l’observation révéleront sûrement des failles dans ce nirvana féministe, mais a-t-on jamais vu une civilisation parfaite ? La perfection est l’autre nom de la mort.
Une partie des femmes de l’assistance semblaient avides de m’entendre encenser les réalisations de leurs Fondatrices. D’autres souriaient, l’air doucement amusées d’entendre un homme évoquer un sujet qui lui passait loin au-dessus de la tête. Beaucoup me regardaient d’un œil vide, mais je lisais une rancœur muette, polie, sur les visages d’une grosse minorité. Lysos était aussi la cheffe d’un groupe de militantes révolutionnaires, et, des siècles plus tard, il demeure sur Stratos un fort courant de ferveur idéologique.
La saison ne joue pas en ma faveur. Est-ce un hasard si l’autorisation d’atterrir ne m’a été donnée qu’à la mi-été, quand les hommes sont si mal vus ? Les opposantes au contact espéraient-elles me voir mal agir et ainsi saboter ma mission ?
Elles comptent peut-être sur l’aide de l’étoile de Wengel, ou des aurores boréales. Dans ce cas, les Perkinistes vont être déçues. Les signaux de leur ciel sont sans effet sur moi.
Je dois quand même être prudent. Les hommes de ce monde sont habitués à être minoritaires dans une société de femmes et je viens de passer deux années de mon temps subjectif à naviguer entre les étoiles, seul dans un espace restreint.
Chapitre XVI
Des formes incisées dans un mur de granit… géométriques, imbriquées… une énigme, gravée dans une roche ancienne…
— On peut pas rester ici. Je te l’avais bien dit. Y vaut pas un crachat de Lamaï, ton code !
Mise au point sur une image… une main d’enfant… tendue vers le ciel, vers un nodule de pierre en forme d’étoile.
— La ferme, Leie. Je ne m’entends pas penser. C’était celle-là, non ? Je ne me rappelle plus.
… oui, le bouton en forme d’étoile. Il doit toucher la pierre. Tourne-le d’un quart de tour vers la droite.
Elle avait l’impression d’être engluée dans une jarre de bec-miel. Elle tendit le bras au prix d’un effort surhumain. On étouffait dans cette cave et elle n’arrivait pas à sortir de sa torpeur. L’étoile de pierre recula devant sa main.
… une étoile de pierre, clé de la séquence d’ouverture…
L’image vacilla. Sa main se brouilla, déformée par des vagues ondoyantes. Les dessins gravés s’animèrent, se mirent à ramper, à grouiller les uns sur les autres tels des serpents.
— Trop tard, gazouilla la voix de Leie, d’un endroit invisible, avec un mélange de tristesse et d’irritation, puis un grincement les avertit que les murs se refermaient sur elles sans leur laisser d’issue. Elles allaient périr emmurées.