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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Maïa ne pouvait s’empêcher de se gratter. La seule idée de prendre un bain lui avait fait prendre conscience de démangeaisons qu’elle avait jusqu’alors ignorées. Heureusement, Renna ne traîna pas trop, pour un homme. Il revint, vêtu d’un court peignoir, transformé par sa barbe taillée, ses cheveux qui bouclaient naturellement en séchant et le teint rosé de sa peau nette. Il s’inclina devant les sifflets approbateurs des Méridionales, et accepta une chope de bière des mains de Kau.

— C’est fou le bien que peut faire un bon décrassage, dit-il avec un soupir d’aise. Alors, à qui le tour ? À Maïa ?

Les autres approuvèrent chaleureusement.

— Après tout, tu as dû en baver, toi aussi, dans cette prison perkie, dit affectueusement Thalla.

— Vous êtes sûres… ?

— Mais oui, on est sûres. T’inquiète pas pour l’eau chaude, Pu-pucelle. On pourra bientôt s’en payer tout un lac. Marine tout le temps que tu voudras.

— De toute façon, on va être occupées, ajouta Kau en se rapprochant de Renna.

— Occupées à vous soûler comme des dic-truies, railla Maïa, et un éclat de rire amical lui répondit.

— Vas-y, Maïa, fit Renna avec un clin d’œil. Je veillerai à ce qu’elles se tiennent bien.

De nouvelles huées saluèrent cette déclaration. En partant, Maïa dégrafa son sextant de son poignet et le donna à Renna.

— Tu arriveras peut-être à empêcher le filtre solaire de jouer. Ça t’occupera les mains, et ça devrait être un jeu d’enfant pour un super-voyageur des étoiles comme toi, ironisa-t-elle tandis que les autres s’étranglaient sur leur bière.

— Tu rigoles ? protesta-t-il. Dans mon vaisseau, c’est tout juste si j’arrive à retrouver les chiottes sans ordinateur !

— Est-ce qu’il serait là, avec nous, s’il était pas si manche ? lança Thalla avant de héler l’aubergiste.

La salle de bains était au deuxième étage. La porte fermée, Maïa entendait encore les femmes qui s’esclaffaient en bas et, par moments, la voix plus grave de Renna. Il se contentait le plus souvent de poser des questions qui déclenchaient des tempêtes de rire, mais il avait l’air de bien le prendre.

Maïa éprouva un curieux sentiment d’étrangeté en se déshabillant dans cette salle de bains superbement carrelée. C’est tout juste si elle se souvenait comment on se servait de ce genre d’endroit. D’un coup de pied, elle poussa ses hardes dans un coin et prit d’abord une douche brûlante. Elle eut une pensée saugrenue : « Elles utilisent probablement du bon vieux charbon de Port Sanger. » Le savon était manifestement fait maison et pas acheté à un clan spécialisé, mais c’était un luxe pour elle. Elle commença par décaper sa peau des couches de crasse accumulées dessus, puis elle s’attaqua à ses cheveux.

« Ils sont dans un tel état que j’aurais aussi vite fait de les couper », se dit-elle.

Après s’être soigneusement rincée, elle se dirigea vers la grande baignoire de bois et souleva le couvercle, découvrant l’eau d’où montaient des volutes de vapeur. Ouf ! Elle était propre. Les marins avaient la réputation d’oublier – ou de n’avoir jamais appris – comment on s’en servait, et de se laver dedans, la laissant pleine de crasse et de savon pour ceux qui venaient après. Avec les hommes, on pouvait s’attendre à tout, et Renna étant étranger, en plus… Enfin, peut-être les êtres civilisés s’y prenaient-ils tous de la même façon, si barbares que soient leurs schémas sexuels non modifiés.

Elle n’aurait pas le temps de se renseigner à ce sujet, ni sur aucun autre. On allait venir de l’ouest le chercher sous bonne escorte. Dommage. Il lui était arrivé, durant leur fuite, de rêver qu’elle allait avec lui à Caria, voir les merveilles de cette cité ; elle aurait aussi bien pu demander à l’accompagner quand il repartirait pour les étoiles.

« Je me demande s’il pensera à moi quand il sera avec les Savantes ou entre deux planètes, bien après que j’aurai nourri les asticots. » C’était une vision grimaçante, qui allait bien à la femme dure, matérialiste, qu’elle avait décidé de devenir : une femme prête à tout, que rien ni personne n’émouvait.

Le bain était si chaud qu’il aviva ses égratignures. Elle s’y enfonça jusqu’à ce que l’eau s’évacue par la bonde.

Un vrai paradis ! La chaleur faisait fondre ses bosses et ses cals et détendait ses muscles noués. Ses problèmes et ses inquiétudes étaient toujours là, mais ils perdaient de leur vigueur en même temps que son corps. Le Plaisir qu’il y avait à rester ainsi allongée, complètement immobile, valait toutes les joies de toutes les activités connues.

Elle leva ses membres, l’un après l’autre, et examina les marques qui étaient apparues dessus au cours des derniers mois. Une petite cicatrice sur un tibia, une griffure en voie de guérison sur une cheville, quelques courbatures dues aux interminables chevauchées, une petite blessure qu’elle avait intérêt à nettoyer si elle ne voulait pas qu’elle s’infecte. Même ici, au cœur de la « civilisation », la Loi de la jungle régnait dans le domaine des soins médicaux, et elle avait tout juste de quoi s’en payer.

On frappa à la porte, qui s’entrouvrit. C’était Thalla.

— Tout va bien ? demanda-t-elle.

— Oh ! Très bien. Je vais sortir, soupira-t-elle en tendant la main vers le bord de la baignoire.

— Dis pas de bêtises. Tu viens d’arriver ! L’aubergiste lance une lessive. On lui a filé nos pelures. Tu veux que je lui donne les tiennes ?

Maïa fit la grimace à l’idée de remettre ces oripeaux, mais elle n’en avait pas d’autres.

— Oui, s’il te plaît, tu seras vraiment gentille.

— De rien, fit-elle en ramassa le tas de vêtements. Profite bien de ton bain. Et je te souhaite tout le bonheur du monde.

Elle referma la porte et Maïa se laissa à nouveau envahir par la chaleur délectable. Pourtant, tout n’était pas soluble dans l’eau chaude : elle n’arrivait pas à évacuer le bruit du moteur électrique de la locomotive, des roues sur les rails. Ils restaient présents à son esprit. Et elle avait beau faire, elle n’arrivait pas non plus à chasser toutes ses angoisses.

Si elle restait à terre, Tizbé et les Joplandes finiraient par lui remettre la main dessus. Elle devait reprendre la mer. Peut-être un capitaine se laisserait-il convaincre de la prendre comme moussaillonne à son bord. Un petit trou où se planquer jusqu’à la fin du printemps, quand la saison du rut obligerait les femmes à redescendre à terre. À ce moment-là, elle aurait bien économisé un crédit ou deux.

En toute justice, elle devrait toucher une petite part – une toute petite part, compte tenu du nombre de gens qui les avaient aidées – de la récompense que Kiel et Baltha étaient allées chercher. Renna défendrait sûrement ses intérêts.

Il y avait aussi le rendez-vous avec l’enquêtrice de l’AEP, longtemps ajourné pour des raisons indépendantes de sa volonté. Était-il trop tard pour s’y rendre ? Un simple témoignage devant une magistrate locale suffirait-il ? Une part de sa détermination était d’ordre personnel : « Tizbé Bellère voulait m’empêcher de parler. Donc, c’est exactement ce que je vais faire ! » Ce bain voluptueux n’était pas seul à la réchauffer ; il y avait aussi la vengeance. « Les Bellères et les Joplandes vont regretter de m’avoir cherché noise », se jura-t-elle.

C’est le silence qui attira son attention. Il y avait déjà un moment qu’elle n’entendait plus le murmure des conversations, le tintement des bouteilles, les questions de Renna. Soudain, le bain ne lui fit plus l’effet d’un luxe mais d’un piège. « De toute façon, je dois être déjà changée en pruneau », se dit-elle. Elle sortit péniblement de la baignoire et se sécha, en proie à un mauvais pressentiment. Quelque chose n’allait pas. Elle referma la baignoire et monta dessus pour jeter un coup d’œil par la fenêtre. Elle essuya la buée et s’écrasa le nez sur la vitre. Des bouteilles vides s’alignaient sur la balustrade, mais il n’y avait plus personne sur la terrasse.

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