La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Il lui glissa un petit objet froid et lisse dans la main. « Mon sextant ! » se dit-elle avec joie. C’était ridicule. Il était à moitié démantibulé, mais c’était un objet familier, qui lui rappelait des tas de souvenirs, et il était à elle. Des larmes lui picotèrent les yeux.
— Maintenant, repose-toi, reprit-il, apaisant. Je suis là.
Elle n’eut ni la force ni l’envie de se récrier qu’elle n’avait besoin de personne pour veiller sur elle.
Il posa sa main sur celle de Maïa. Elle était tiède, et moins calleuse que celle de Naroïne. Sans doute faisait-il un travail moins pénible. Puis elle sombra dans le sommeil en se disant que c’était ce qu’elle avait de mieux à faire.
— Je ne vais pas rester éternellement au lit ! s’exclama Maïa, faisant reculer le médecin et son stéthoscope.
— Voyons, je vous conseille juste d’éviter les efforts pendant quelque jours, mais rien ne vous empêche de vous lever.
— Ela ! s’écria Maïa en se levant d’un bond.
Elle fut prise de vertige, mais refusa de le laisser voir.
— Quelqu’un aurait-il des vêtements à me prêter ? Je vous les rembourserai en travaillant.
— Pas la peine, fit Kiel. On va te donner ce qu’on t’avait laissé à l’hôtel. Un peu d’argent et des vêtements. Gratis.
— Je ne veux pas la charité, répliqua-t-elle sèchement.
— Te fâche pas, Maïa, protesta Thalla en fronçant les sourcils, l’air malheureux. On voulait juste…
— Qui se fâche ? coupa Maïa entre ses dents. Je comprends : vous comptez utiliser Renna à des fins politiques et vous ne teniez pas à m’avoir dans les pattes. Moi, une var comme vous.
— On est embarquées dans un truc dangereux, balbutia Kiel.
Les deux femmes avaient l’air peiné, et en même temps soulagé que Renna soit sorti pendant l’examen médical.
— Trop dangereux pour moi, mais pas pour Renna ?
— Il vaut probablement mieux pour sa santé qu’on l’emmène avec nous que de le livrer à l’AEP de cap Grange. Tout le monde à Caria n’est pas animé de bonnes intentions à son endroit.
Ça, Maïa voulait bien le croire…
— Alors que vous, les rades, vous n’avez pas de projets, peut-être ?
— Bien sûr que si. On veut un monde meilleur. Mais les buts du Visiteur sont pas incompatibles avec nos…
Le médecin leur jeta un regard noir qu’il avait dû apprendre au Scolarium médical.
— Pardon de vous interrompre, mesdames, mais vous n’aviez pas parlé de prêter des vêtements à cette pauvre gosse ?
La médecine était une des rares disciplines supérieures ouvertes aux hommes. Ils faisaient d’excellents praticiens, qui laissaient rarement les états d’âme propres à leur sexe interférer avec leur métier. Thalla acquiesça docilement.
— Je vais les chercher, docteur. En attendant, Maïa, va pas courir à poil sur le pont. C’est pas des trucs à faire dans les grandes villes où on va !
Elle rit de sa bonne blague et sortit. Maïa vit l’air soulagé de Renna quand elle lui fit signe que tout allait bien.
— Cette jeune fille est sous-alimentée, reprit le médecin à l’adresse de Kiel, tout en poursuivant l’examen de Maïa. Je vais dire au cuistot de lui donner double ration pendant une semaine. Veillez à ce qu’elle mange tout.
Kiel approuva servilement, mais sitôt qu’il eut refermé la porte derrière lui, elle imita sa mine austère et ses claquements de langue. En d’autres circonstances, Maïa aurait trouvé la caricature hilarante, mais elle conserva un masque sévère et lança à la var ce qu’elle espérait être un regard noir.
— Ça va, fit celle-ci avec un haussement d’épaules. Remets-toi sous tes couvertures. Je vais répondre à tes questions.
Maïa décida de prendre son ton maternaliste pour de la condescendance. Elle resta debout et leva un doigt.
— D’abord, qu’est-ce que vous voulez faire de lui ?
— Ma foi, pas grand-chose. On aimerait avoir des informations sur certains domaines technologiques. Même s’il connaît pas tous les détails, ils pourront nous dire, son ordinateur de bord ou lui, c’qu’est possible et c’qui l’est pas. Mais ce qu’on veut surtout, c’est l’emmener quelque part où il sera en sécurité, pendant qu’on papotera avec des gens à Caria.
— Papoter ? Mais de quoi ?
— De comment l’ramener d’abord à la Maison d’Accueil d’État puis dans son vaisseau sans qu’il lui arrive un accident en route. Y sera pas vraiment hors de danger avant.
— Hors de danger, répéta Maïa. Mais qui pourrait… ?
— Toutes celles qui croient pouvoir empêcher l’inévitable. Celles qui pensent qu’une reprise de contact signifie la fin du monde. Et qui s’y opposeront en tuant le messager.
C’était bien ce que Maïa pensait. Mais c’était tout de même effrayant de se l’entendre confirmer.
— Oh, elles sont pas toutes comme ça au gouvernement, continua Kiel. Disons que la majorité des Savantes et pas mal de membres du Conseil s’contentent de discuter des moyens de retarder le changement qu’arrive, elles le savent bien…
— Et vous, vous ne voulez pas qu’elles le ralentissent.
— Nous, on veut l’accélérer ! Y en a beaucoup chez nous qui refusent d’attendre deux ou trois générations, la venue du prochain vaisseau ou Lysos sait quoi. Il est plus que temps de renverser l’ordre établi.
— Donc, Renna sert de monnaie d’échange.
— À long terme, nos buts se rejoignent. Il aurait peut-être lieu de se plaindre de nos méthodes, mais y peut pas dire qu’il est pas entouré d’amies. Nous, on veut qu’il vive et qu’il accomplisse sa mission. Le reste, c’est du détail.
Maïa se surprit à la croire. « Je suis sûrement trop crédule. Pourquoi est-ce que je l’écoute, après ce qu’elle m’a fait ? »
— Aidez-le à appeler sa navette, qu’on vienne le chercher.
Maïa n’apprécia pas le sourire indulgent de Kiel, comme si sa suggestion était naïve.
— Le seul moyen de le renvoyer dans l’espace passe par le spatioport de Caria.
— Pratique, fit-elle en s’asseyant sur son lit. Donc Renna est coincé ici, où il vous aide à lutter contre vos ennemies.
— T’en as rencontré quelques-unes à Longue Vallée. De vieilles citadelles puissantes, qui préservent un ordre social statique et s’arrangent pour supprimer tout ce qui pourrait amener du changement au lieu de se faire librement concurrence, comme le voudrait la logique lysienne. Prends c’trafic de drogue que t’as découvert. Imagine que ces clans arrivent à modifier le mode de reproduction sur Stratos. Y naîtrait presque plus d’estiviennes ! Y aurait plus que des clones et quelques mâles bien gentils, qui s’feraient traire à mort l’hiver.
— J’y avais déjà pensé, grommela Maïa, mal à l’aise.
— C’que tu sais p’t’être pas, c’est que si les Perkies ont pas éliminé notre Visiteur des étoiles dès qu’elles ont mis la main d’sus, c’est parce qu’elles ont l’intention de lui arracher des informations, comme on pompe un marin drogué.
— Et alors ? Vous voulez des renseignements, vous aussi.
— Mouais, mais nous on cherche pas à savoir comment abattre les vaisseaux hominiens. Ou à résoudre un problème que même Lysos a séché dessus : comment amorcer une grossesse clonale sans sperme.
— Mais…, bredouilla Maïa, le placenta…
— Je sais. Ça fait partie des Faits essentiels de la Vie qu’on apprend quand on est petites : il faut du sperme pour déclencher le développement placentaire. C’est la base de notre système. Autant dire qu’il a fallu arranger les choses pour qu’il y ait quelques grossesses « normales », par voie sexuelle, qui donnent les garçons nécessaires à l’amorçage de la génération suivante. Les vars, comme toi et moi, ne sont qu’un accident de parcours, ma pu-pucelle.