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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Et tu n'as rien pour te dominer sinon la discipline qui te vient de ton caporal, lequel te surveille. Et les caporaux n'ont de discipline, s'ils doutent de soi, que celle qui leur vient de leurs sergents, lesquels les surveillent. Et les sergents des capitaines, lesquels les surveillent. Et ainsi jusqu'� moi, qui n'ai plus que Dieu pour me gouverner et qui demeure, si je doute, en porte � faux dans le d�sert.

Mais je veux te dire un secret et qui est celui de la permanence. Car si tu dors ta vie est suspendue. Mais elle est suspendue de m�me quand te viennent ces �clipses du c�ur qui sont secret de ta faiblesse. Car autour de toi rien n'a chang� et tout a chang� en toi-m�me. Et te voici devant la ville, toi sentinelle, mais non plus appuy� contre la poitrine de ta bien-aim�e � �couter les battements du c�ur que tu ne distingues point d'avec son silence ou son haleine car tout n'est que signe de cette bien-aim�e, laquelle est une, mais perdu parmi des objets en vrac que tu ne sais plus r�unir en un, soumis aux airs nocturnes qui se contredisent les uns les autres, � ce chant de l'ivrogne qui nie la plainte du malade, � cette lamentation autour de quelque mort qui nie le cri du nouveau-n�, � ce temple qui nie cette cohue de foire. Et tu te dis: �Qu'ai-je affaire de tout ce d�sordre et de ce spectacle incoh�rent?�, car si tu ne sais plus qu'il est ici un arbre, alors racines, tronc, branches et feuillage n'ont plus de commune mesure. Et comment serais-tu fid�le quand il n'est plus personne pour recevoir? Je sais de toi que tu ne dormirais point si tu veillais quelque malade que tu aimerais. Mais s'est �vanoui celui que tu eusses pu aimer et il s'est fait mat�riaux en vrac.

Car s'est d�fait le n�ud divin qui noue les choses.

Mais je te d�sire fid�le � toi-m�me, sachant que tu vas revenir. Je ne te demande point de comprendre ni de ressentir dans chaque instant, sachant trop que l'amour m�me le plus ivre est fait de travers�es de tant de d�serts int�rieurs. Et devant la bien-aim�e elle-m�me tu te demandes: �Son front est un front. Comment puis-je l'aimer? Sa voix est cette voix. Elle a dit ici cette sottise. Elle a fait ici ce faux pas�� Elle est somme qui se d�compose et ne peut plus t'alimenter, et bient�t tu la crois ha�r. Mais comment la ha�rais-tu? Tu n'es m�me pas capable d'aimer.

Mais tu te tais car tu sais bien obscur�ment qu'il ne s'agit l� que d'un sommeil. Ce qui est, dans l'instant, vrai de la femme, est vrai du po�me que tu lisais ou du domaine ou de l'empire. Te manque le pouvoir d'�tre allait� et de m�me de d�couvrir, qui est aussi amour et connaissance, les n�uds divins qui nouent les choses. Toi, ma sentinelle endormie, tes amours tu les retrouveras ensemble comme un tribut qui te reviendra, non l'un ou l'autre, mais tous, et il convient de respecter en toi, quand te vient l'ennui d'�tre infid�le, cette maison abandonn�e.

Quand vont sur le chemin de ronde mes sentinelles, je ne pr�tends pas que toutes soient ferventes. Beaucoup s'ennuient et r�vent de la soupe, car si tous les dieux dorment en toi, te reste l'appel animal des satisfactions de ton ventre, et qui s'ennuie pense � manger. Je ne pr�tends point que leurs �mes � toutes soient �veill�es. Car je dis �me ce qui de toi communique avec ces ensembles qui sont n�uds divins qui nouent les choses et se rit des murs. Mais simplement de temps � autre que l'une de leurs �mes br�le. Qu'il en soit une dont le c�ur batte. Qu'il en soit une qui connaisse l'amour et tout � coup se sente remplie par le poids et les bruits de la ville. Une qui se sente vaste et respire les �toiles et contienne l'horizon comme ces conques que remplit le chant de la mer.

Il me suffit que tu aies connu la visite et cette pl�nitude d'�tre un homme, et que tu te tiennes bien pr�par� pour recevoir, car il en est comme du sommeil bu de la faim ou du d�sir qui te reviennent par intervalles, et ton doute n'est rien que de pur et je t'en voudrais consoler.

Te reviendra, si tu es sculpteur, le sens du visage. Te reviendra, si tu es pr�tre, le sens de Dieu, te reviendra, si tu es amant, le sens de l'amour, te reviendra, si tu es sentinelle, le sens de l'empire, te reviendra, si tu es fid�le � toi-m�me et nettoies ta maison bien qu'elle semble abandonn�e, ce qui peut seul t'alimenter le c�ur. Car tu ne connais point l'heure de la visite, mais il importe que tu saches qu'elle est seule au monde � pouvoir combler.

C'est pourquoi je te construis tel par de mornes heures d'�tude pour que le po�me, par miracle, te puisse incendier, et par les rites et les coutumes de l'empire pour que cet empire te puisse prendre au c�ur. Car il n'est point de don que tu n'aies pr�par�. Et la visite ne vient pas s'il n'est point de maison b�tie pour la recevoir.

Sentinelle, sentinelle, c'est en marchant le long des remparts dans l'ennui du doute qui vient des nuits chaudes, c'est en �coutant les bruits de la ville quand la ville ne te parle pas, c'est en surveillant les demeures des hommes quand elles sont morne assemblage, c'est en respirant le d�sert autour quand il n'est que vide, c'est en t'effor�ant d'aimer sans aimer, de croire sans croire, et d'�tre fid�le quand il n'est plus � qui �tre fid�le, que tu pr�pares en toi l'illumination de la sentinelle, qui te viendra parfois comme r�compense et don de l'amour.

Fid�le � toi-m�me n'est point difficile quand se montre � qui �tre fid�le, mais je veux que ton souvenir forme un appel de chaque instant et que tu dises: �Que ma maison soit visit�e. Je l'ai construite et la tiens pure�� Et ma contrainte est pour t'aider. Et j'oblige mes pr�tres au sacrifice m�me si les voil�, ces sacrifices, qui n'ont plus de sens. J'oblige mes sculpteurs � sculpter m�me si voil� qu'ils doutent d'eux-m�mes. J'oblige mes sentinelles � faire les cent pas sous peine de mort, sinon les voil� mortes d'elles-m�mes, tranch�es d�j� par elles-m�mes, d'avec l'empire.

Je les sauve par ma rigueur.

Ainsi de celui-l� qui se pr�pare dans l'aust�rit� du poste de garde. Car je l'envoie en �claireur franchir les rangs de l'ennemi. Et il sait bien qu'il en mourra. Car ils sont en �veil. Et il redoute les supplices dont on l'�crasera pour faire sourdre, m�l�s de cris, les secrets de la citadelle. Et certes il est des hommes nou�s par l'amour dans l'instant, et qui se harnachent chauds de joie car la seule joie est d'�pouser et voil� qu'ils �pousent. Car ne crois pas, quand tu te saisis de la bien-aim�e au soir des noces qu'il soit d'abord pour toi simple conqu�te d'un corps, duquel tu eusses pu h�riter dans le quartier r�serv� de la ville o� sont des filles semblables d'apparence, mais changement du sens et de la couleur de toute chose. Et ton retour vers la maison le soir, et ton r�veil devenu h�ritage rendu, et l'esp�rance des enfants et leur enseignement par toi de la pri�re. Et jusqu'� cette bouilloire qui devient du th� aupr�s d'elle avant l'amour. Car � peine a-t-elle franchi ta maison que tes tapis de haute laine deviennent prairie pour ses pas. Et de tout ce que tu re�ois et qui est sens nouveau du monde, il est si peu de chose dont tu uses. Tu n'es combl� ni par l'objet donn� ni par la caresse du corps, ni par l'usage de tel ou tel avantage mais par la seule qualit� du n�ud divin qui noue les choses.

Et celui-l� qui se harnache pour mourir et dont il te semble qu'il ne re�oive rien dans l'instant puisque cette caresse m�me qui est si peu de chose ne lui est pas promise, mais bien au contraire la soif dans le soleil, le vent de sable qui crisse aux dents, puis les hommes autour de lui devenus pressoir de secrets, et celui qui se harnache pour la mort pour entrer v�tu dans la mort de son uniforme de mort et dont il te semble qu'il devrait crier son d�sespoir comme tel que j'ai condamn� � la pendaison pour quelque crime, et qui lutte de sa chair contre d'implacables barreaux, mais celui-l� qui se harnache pour la mort tu le d�couvres pacifique, te regardant d'un regard calme et r�pondant aux plaisanteries du corps de garde, lesquelles sont affection bourrue, et non par forfanterie ni pour montrer quelque courage, ou quelque d�dain de la mort, ou quelque cynisme, ni quoi que ce soit de semblable, mais transparent comme une eau calme et n'ayant rien � te cacher � et s'il est triste un peu, disant sans g�ne sa tristesse � rien � te cacher sinon son amour. Et je te dirai pourquoi plus tard.

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