La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Dans le livre des Juges, nous trouvons encore un épisode qui, — comme beaucoup d’autres, d’ailleurs, — n’est guère fait pour relever le prestige du peuple israëlite; c’est l’aventure du lévite d’Ephraïm, de sa concubine et des Benjamites.
Ce curé juif avait pris une concubine, femme de Bethléem, appartenant à la tribu du Juda. Un jour, cet estimable couple, étant en voyage, s’arrêta à Gabaa, et reçut l’hospitalité chez un vieillard, qui leur offrit généreusement à dîner, mettant en leur honneur les petits plats dans les grands. En avant, la citation textuelle!
«Tandis qu’ils faisaient bonne chère, les gens de la ville, qui étaient de mauvais garnements, environnèrent la maison, frappant à coups redoublés contre la porte et criant au vieillard: Fais-nous sortir ce lévite, car nous voulons nous en servir comme d’une femme! Mais le vieillard, allant à eux, leur dit: Mes frères, je vous en prie, renoncez à votre désir de commettre un tel péché; ce lévite est mon hôte; ne consommez pas cette folie. Au surplus, j’ai ma fille qui est vierge, et lé lévite est ici avec sa concubine. Je vais donc vous amener ma fille et la concubine du prêtre; vous violerez ces deux femmes autant que vous voudrez; cela vaudra mieux que d’assouvir votre débauche sur ce lévite. Or, ces gens ne voulurent pas accepter la proposition du vieillard; alors le lévite poussa lui-même sa concubine hors de la maison; ils la prirent, et tous les mâles de la ville passèrent sur elle, cette nuit-là. Quand les ténèbres furent dissipées, la femme retourna à la porte de la maison; mais elle était tellement faible par suite de tant de viols, qu’elle tomba sur le seuil. Quand le lévite se leva, à l’aurore, il sortit pour se remettre en route, et voilà qu’il se heurta contre le corps de sa concubine étendue par terre. Il lui dit: Allons, lève-toi, nous partons. Mais elle ne répondit point. Alors, il la chargea sur son âne et s’en retourna chez lui, à Ephraïm. Là, il prit un grand couteau, et il découpa le corps de sa concubine en douze morceaux, et il envoya un des morceaux du cadavre à chacune des tribus d’Israël.» (19:22-29)
Lord Bolingbroke, commentant cet épisode, dit qu’il semble d’abord une copie de l’abomination des Sodomites, qui voulurent violer deux anges; il ajoute que le peuple juif se montre ainsi le plus exécrable des peuples. A son avis, il était presque pardonnable à des Grecs voluptueux, à des jeunes gens parfumés, de s’abandonner, dans un moment de débauche, à des excès très condamnables, dont on a horreur dans la maturité de l’âge; mais que dire de ces Gabaïtes, plus ignobles que des chiens en rut! On se demande s’il est possible de trouver, dans un livre qu’on prétend inspiré par l’Esprit-Saint, quelque chose de plus répugnant que l’aventure de ce prêtre concubinaire, porteur, sans aucun doute, d’une grande barbe à la manière des prêtres orientaux, qui, arrivant de loin sur son âne et couvert de poussière, inspire néanmoins des désirs impudiques à tous les mâles d’une ville! Il n’y a rien, écrit Bolingbroke, dans les histoires les plus révoltantes de toute l’antiquité, rien qui approche d’une infamie si peu vraisemblable. Encore les deux anges de Sodome, étant dans la fleur de l’âge, devaient être d’une éclatante beauté, comme il convient à des anges, et pouvaient tenter les malheureux Sodomites; mais le goût des Gabaïtes n’est-il pas le dernier degré de la dépravation?…
Quant à l’idée d’envoyer un morceau du corps de la concubine à chaque tribu, elle est encore sans exemple et fait frémir. Il fallut donc envoyer douze messagers, chargés de ces horribles restes. Mais où étaient alors les douze tribus? à qui, dans chaque tribu, remit-on ce douzième de cadavre, puisque les tribus se trouvaient sans chefs officiels, les Israélites dispersés, en servitude, subissant le joug des Philistins?…
«Alors, tous les enfants d’Israël s’assemblèrent comme un seul homme, depuis Dan jusqu’à Béer-Scébah, et jusqu’au pays de Galaad, vers l’Eternel, à Mitspa. Et toutes les tribus se trouvèrent dans l’assemblée du peuple de Dieu, au nombre de quatre cent mille hommes de pied, qui tiraient l’épée» (20:1-2).
N’oublions pas, certes, que ceci se passe immédiatement après la mort de Samson, alors que les Philistins tiennent les Hébreux dans un esclavage des plus durs. Comment les douze tribus s’assemblèrent-elles? comment leurs maîtres tolérèrent-ils cette vaste réunion armée? La Bible ne le dit point; il semble que le divin pigeon a complètement oublié la lamentable situation dans laquelle le peuple de Dieu gémit. C’était, cependant, aux Philistins, possesseurs du pays, qu’on devait s’adresser pour obtenir le châtiment d’un crime commis chez eux: c’est là le droit de tous les souverains, droit dont ils ont été extrêmement jaloux dans les temps.
Plus loin, le texte donne vingt-six mille sept cents combattants à la tribu de Benjamin (v. 15) qui prit parti pour les coupables, et il maintient aux onze autres tribus «quatre cent mille hommes tirant l’épée, tous gens de guerre» (v. 17).
— «En supposant la population égale, dit Voltaire, chaque tribu aurait eu trente-cinq mille quatre cent seize soldats. Et en ajoutant les vieillards, les femmes et les enfants, chaque tribu devait être composée de cent quarante-un mille six cent soixante-quatre personnes, qui font, pour les douze tribus, un million six cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent soixante-huit personnes sans parler des lévites.» Or, pour qu’on tînt en servitude un nombre si prodigieux d’individus, parmi lesquels il y avait quatre cent vingt-six mille hommes d’armes, il aurait fallu au moins huit cent mille soldats bien armés. Et comment les maîtres laissaient-ils des armes à leurs esclaves, quand il est dit, au livre des Rois, chap. 13, que «les Philistins ne permettaient pas aux Juifs d’avoir un seul forgeron, de peur qu’ils ne fissent des épées et des lances», et que «tous les Israélites étaient obligés d’aller chez les Philistins, leurs maîtres, pour faire aiguiser le soc de leurs charrues, leurs hoyaux, leurs cognées et leurs serpettes?»
— Dans lequel de ces deux passages contradictoires de la Bible, le divin pigeon dit-il une blague? en quels versets l’Esprit-Saint se moque-t-il le mieux de la crédulité des fidèles?
Nous allons voir, maintenant, quelle série de massacres occasionna le multiple viol de la concubine du lévite. A l’assemblée des quatre cent mille hommes d’armes, le curé juif raconta en partie ce qui s’était passé; pour pouvoir se faire entendre d’un aussi nombreux auditoire, il faut admettre que notre homme était doué d’une belle voix. La Bible donne son discours; passant rapidement à mots couverts sur l’empalement dont il avait failli être victime de la part des Gabaïtes surexcités, il se borna à demander vengeance pour le crime commis contre sa défunte maîtresse: «Ils ont tellement violé ma concubine, qu’elle en est morte!» s’écria-t-il.
Il n’est pas inutile de remarquer que, dans le premier récit, tous les mâles de la ville sont représentés comme ayant violé la malheureuse, et qu’à la suite du discours de l’amant découpeur, maître Pigeon-Dieu nous apprend que «les habitants de Gabaa comptaient sept cents d’entre eux, excellents soldats, très robustes, qui lançaient des pierres avec la fronde et ne manquaient jamais le but» (20:16). Cet effroyable viol commis par tous les mâles d’une ville ayant duré toute la nuit, mais une seule nuit, si l’on ne retient comme coupables que les sept cents Gabaïtes robustes guerriers, et si l’on considère que le forfait fut accompli en été et non en hiver, par conséquent, dans une nuit de dix heures au maximum, on constatera que ces enragés étaient des gaillards fort expéditifs. Évidemment, l’infortunée ne put se défendre contre tant d’assaillants, et elle ne fut bientôt qu’une masse inerte, sur laquelle ces misérables se ruaient; mais encore est-on stupéfait de compter qu’ils violèrent la concubine du curé à raison de soixante-dix viols par heure! moins d’une minute pour chacun! Il devient donc nécessaire de croire que, dès le début du crime, ces scélérats avaient organisé entre eux un service d’ordre, et qu’arrivant à la queue-leu-leu ils se présentaient d’abord au contrôleur, chacun avec son numéro, pour ne pas perdre de temps, comme cela se pratique aux stations d’omnibus, et chacun, au surplus, étant prêt à monter en voiture. Allez dire, après cela, que tout n’est pas merveilleux dans la sainte Bible!…