Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Dans ce qui n’est encore qu’une ébauche, Oury, Jullian et Danièle Thompson ont gardé l’idée de départ en faisant de Bourvil un peintre en bâtiment sur l’échafaudage duquel tombe un membre de l’équipage d’Avro Lancaster abattu au retour d’une mission de bombardement, et de Louis de Funès, un des plus prestigieux chefs d’orchestre de l’Opéra de Paris découvrant dans sa loge le second aviateur. Les deux hommes se trouvent dans l’obligation de fuir la capitale et la France occupée en compagnie de ces encombrants militaires. Mais cette fois, contrairement à la situation du Corniaud, ils vont devoir faire cause commune, presque main dans la main, en sillonnant la France jusqu’à l’Espagne. Pas question donc d’en faire des adversaires mais des alliés face à leur destin. Pour Gérard Oury, cette union forcée ne peut qu’ajouter à la drôlerie de l’histoire. Au terme de leurs nombreuses journées de travail, à raison de huit heures quotidiennes, les trois scénaristes ont trouvé toute une série de gags dont une scène où Bourvil et de Funès doivent se retrouver dans un bain turc en sifflotant le mot de passe Tea for Two. Oury ne cache pas à Louis que ce brouillon présente quelques écueils et que le film risque sous cette forme d’être trop long tant il se passe d’événements. Il lui avoue aussi qu’il aurait besoin d’un coup de pouce pour trouver des gags originaux. Louis lui suggère alors de faire appel à Michel Modo et Guy Grosso qui écrivent, pour leur compte, des saynètes humoristiques qu’ils jouent dans des cabarets. Du renfort accepté de bonne grâce par un Gérard Oury avouant que lui et ses coauteurs commencent à manquer d’imagination. Ils en restent là et se donnent rendez-vous à la rentrée de septembre, une fois que Louis aura terminé le tournage de Fantômas et qu’Oury, partant en vacances à Saint-Tropez, aura commencé à s’atteler aux dialogues avec les frères Tabet.
Au matin du lundi 2 août, en compagnie de son père, Olivier fait son entrée dans les studios de Boulogne. Louis le met immédiatement à l’aise en lui présentant aussi bien Jean Marais, Mylène Demongeot, André Hunebelle que chacun des membres de l’équipe technique. Louis met un point d’honneur à le rassurer et à l’aider à vaincre un trac bien compréhensible. Il n’échappe pas à Olivier qu’on est aux petits soins avec lui car personne — en particulier les producteurs — ne voudrait s’attirer les foudres d’un acteur qui garantit des millions d’entrées ! Olivier a sa loge et il peut déjeuner au restaurant du studio où sa place est réservée. « Grâce à mon nom, raconte Olivier de Funès, j’accède au cercle des gens connus, et je récolte de grands “Bonjour !” et beaucoup de respect. J’essaie alors d’afficher l’apparente décontraction des comédiens confirmés.[305] » Jouer avec son père ne l’intimide pas, alors qu’en revanche donner la réplique à Jean Marais ou Mylène Demongeot le paralyse l’espace de quelques minutes. L’un et l’autre le tranquillisent rapidement, d’autant que Jean Halain a tout fait dans son scénario pour éviter la moindre tension entre Louis de Funès et Jean Marais. La plupart des scènes comiques se déroulent hors de la présence de Marais. Dans les studios de Boulogne, l’ambiance est au beau fixe. Louis répète ses scènes avec ses partenaires et il se montre efficace dès la deuxième ou la troisième prise alors que Jean Marais a besoin de davantage de temps. « Et quand Marais demandait à Hunebelle, se souvient Mylène Demongeot[306], de refaire une prise parce qu’il pensait pouvoir donner autre chose, Louis s’arrangeait pour saboter la scène, par exemple en éclatant de rire. » Mais cela se produit rarement et André Hunebelle sait calmer les agacements de Jean Marais en lui disant sans hausser le ton : « Jeannot ! Calme-toi ! Tu es très bien… » Hunebelle connaît son monde et Louis en convainc son fils lorsqu’il se met à douter : « Ne t’inquiète pas, tu vas y arriver. André va te diriger de main de maître. » Louis initie également Olivier à la subtilité des éclairages — « Tu vois, si la lumière vient trop de profil, la moindre petite dent en retrait se transforme en trou noir ! » —, au son, aux contrechamps, aux travellings etc. Louis fait œuvre pédagogique en lui signalant les moindres imperfections lors du visionnage des rushes. Au soir, ils regagnent ensemble la rue Monceau où Louis ne parle pas de ce qu’ils viennent de faire mais plutôt de ce qu’ils devront faire le lendemain.
Le tournage de ce qui s’appelle encore Fantômas revient se poursuit l’espace d’une semaine à Naples pour fixer sur la pellicule les extérieurs au sommet du Vésuve. Voyage en Caravelle où Louis vante les mérites de cet avion à son fils tout en s’arc-boutant à son siège ! Là, Louis, Jeanne et Olivier profitent de la beauté des lieux et de la gastronomie locale. Louis ne cache pas son plaisir de pouvoir entrer dans un restaurant sans être reconnu. Il joue les touristes afin d’oublier la dureté des conditions de travail. Chaque jour, « il nous faut emprunter un petit chemin baigné de fumerolles. L’odeur du soufre nous agresse », se souvient Olivier de Funès[307]. Chacun garde son calme et supporte tant bien que mal la chaleur étouffante pendant les cinq jours nécessaires à la mise en boîte de quatre minutes à l’écran. Une fois, Olivier provoque une belle frayeur à ses parents quand il s’approche un peu trop près du cratère du volcan pour faciliter le travail du cadreur. Louis se garde d’intervenir pour protéger son fils… mais sa tentation est grande. En Italie, les trois de Funès prennent aussi le temps de se promener dans les rues de Naples ou de Capri sans parler « boulot » une seule seconde. Parfois, Jacques Dynam les accompagne. Il est l’un des rares à jouir de l’amitié de Louis qui apprécie sa simplicité. Dynam, c’est le bon copain qui ne demande jamais rien en retour et qui ne s’avise pas de quémander un rôle dans un film en préparation. Bref, la première expérience d’Olivier se passe au mieux et son père envisage déjà de lui faire prendre des cours de théâtre une fois qu’il sera bachelier. Le 11 août, il a fêté son seizième anniversaire, on en reparlera donc dans deux ans.
De retour à Paris début septembre, après les dernières prises de vues de Fantômas aux studios de Boulogne, Louis passe la majeure partie de son temps à la préparation de son Grand Restaurant dont le tournage est prévu pour le mois de février suivant. Avec Jean Halain, il a définitivement élaboré le canevas de cette histoire mettant en vedette ce fameux patron d’un restaurant des Champs-Élysées tyrannique envers son personnel. Afin de pimenter une intrigue qui se veut policière, ils intègrent une visite incognito d’un dictateur sud-américain enlevé au cours d’un repas princier après l’explosion d’une bombe dans un gâteau-surprise. Le patron du restaurant, désormais baptisé Septime, est immédiatement soupçonné d’être le principal complice des ravisseurs, avant que tout ne se termine bien, comme il se doit. Louis, qui a convaincu la Gaumont et Alain Poiré de coproduire le film, entend se charger lui-même de la distribution. Pour les rôles secondaires et en particulier ceux des membres du personnel de Septime, il fait engager ses fidèles : Guy Grosso, Michel Modo, Jacques Dynam, Max Montavon et André Badin, sans oublier Olivier en filleul de son chef cuisinier et France Rumilly qui troque sa cornette de religieuse pour les bijoux d’une baronne. Comme il le lui avait plus ou moins promis, il offre à Bernard Blier le rôle du commissaire de police. Bernard Blier accepte sans aucune hésitation, d’autant qu’il connaît une cruelle traversée du désert sans comprendre pourquoi il n’est pas devenu le numéro un du cinéma français. Louis tient aussi à remettre en selle Noël Roquevert dont les producteurs ne veulent plus depuis qu’il a été victime d’un infarctus du myocarde. Il prend soin de téléphoner à son épouse Paulette pour venir à sa rencontre dans son appartement de la rue de la Tour-d’Auvergne où il lui dit : « “Nono, il faut que tu reprennes le collier. J’ai un rôle pour toi. Il n’est pas important et c’est pour cela que je te le propose, pour que tu ne sois pas trop fatigué, mais ça te remettra dans l’ambiance.” J’ai accepté, heureux de savoir qu’on ne m’avait pas oublié. Aujourd’hui encore, je suis très reconnaissant envers de Funès », racontera Noël Roquevert[308] qui se voit ainsi confier le rôle d’un ministre habitué du restaurant de Septime. Reste maintenant à trouver un acteur capable d’incarner le dictateur. Après en avoir longuement discuté avec Alain Poiré, Louis arrête son choix sur le nom de l’Italien Folco Lulli dont la ronde silhouette n’est plus inconnue des spectateurs français depuis sa performance dans Le Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, couronné par une Palme d’or au Festival de Cannes en 1953. Toujours aussi minutieux et afin de coller le plus possible à la réalité, il sollicite Gilbert Lejeune, le patron du restaurant Ledoyen, haut lieu de la gastronomie française, qui lui servira de conseiller technique. Puis, comme il a en tête d’intégrer une scène où il dansera sur une musique « façon château de Versailles », il demande à Colette Brosset de réfléchir à une chorégraphie dont elle a le secret. Enfin, Louis se réserve la partie gaguesque du scénario, quitte à la modifier si devant les caméras certains effets ne lui semblent pas assez percutants.
305
Olivier de Funès, op. cit., p. 102.
306
Mylène Demongeot à Bertrand Dicale, op. cit., p. 280.
307
Olivier de Funès, op. cit., p. 109.
308
Noël Roquevert à Yvon Floc’hlay in Noël Roquevert, l’éternel rouspéteur, Éditions France-Empire (1987), p. 181.