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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Alors qu’il tournait Taxi, roulotte et corrida, il lui était venu l’idée d’une histoire où il serait le patron d’un restaurant de luxe particulièrement odieux avec son personnel. Il en avait parlé avec André Hunebelle et Jean Halain et avait même esquissé un premier scénario. Mais, à l’époque, il ne jouissait pas d’une aura suffisante pour mener à terme son projet. Désormais, son statut de grande vedette lui ouvre de nouveaux horizons. Il a déjà en tête les noms des comédiens qu’il veut à ses côtés, en particulier Bernard Blier, sans oublier sa garde rapprochée Guy Grosso, Michel Modo, Jacques Dynam et Max Montavon. Il veut que son personnage s’appelle M. Sévère et que son film soit titré Le Grand Restaurant. Il tient également à en assurer la réalisation. Il sait enfin qu’Alain Poiré est prêt à l’épauler dans son entreprise. À New York, tout se déroule au mieux, sauf quand Jean Lefebvre se dispute violemment avec Jean Girault. En cause, les caprices d’un Lefebvre estimant que son rôle n’a pas autant d’importance qu’il le souhaitait et qu’il est mal filmé. L’échange entre les deux hommes est à ce point brutal que Lefebvre quitte le tournage, obligeant Jacques Vilfrid à retoucher son scénario en hospitalisant le gendarme Fougasse qui ne participe donc à aucune des activités de la brigade ! De retour en France et après quelques prises de vues à Saint-Tropez ainsi que dans les studios de Boulogne, Louis ne perd pas une seconde pour aller chez Gérard Oury dont les contours de ce qui se nomme pour le moment The Great Vadrouille se dessinent lentement mais sûrement.

Il n’est pas encore question de parler de distribution, mais une chose est certaine : avec Marcel Jullian et Danièle Thompson, Oury compte bien reprendre quelques ingrédients du Corniaud. Un récit en mouvement, des jeux de cache-cache, des vues aériennes, les ressources comiques du mélange des langues avec un pataquès franco-anglo-germanique et bien sûr le contraste des origines sociales d’un Bourvil issu du prolétariat et d’un de Funès en artiste reconnu. Louis suit de très près l’évolution de ce scénario et ne se prive pas de donner quelques idées. Dans le même temps, il consulte les journaux qui lui accordent une large place. L’hebdomadaire Paris-Match[303], sous la plume de Raymond Castans, lui consacre pas moins de six pages sous le titre « Louis de Funès fait trembler James Bond ». Le journaliste raconte une fois de plus le laborieux parcours de celui qui « est devenu la première vedette française  » mais surtout il écrit qu’« il a trois garçons dont aucun ne sera comédien parce que “ce n’est pas un métier” ». Cette simple phrase a le mérite de le faire rire car il vient justement de proposer à Olivier d’entrer dans l’arène ! Depuis quelque temps déjà, son fils cadet caresse l’idée de jouer la comédie, au point que Louis en parle à son ami Daniel Ivernel en lui demandant s’il ne connaîtrait pas quelqu’un à la Comédie-Française qui accepterait de lui donner des cours. Ivernel lui répond tout simplement : « Le meilleur cours, c’est toi qui le lui donneras…  » Et l’occasion ne se fait pas attendre. La préparation du prochain Fantômas, qui doit s’intituler Fantômas contre Interpol, connaît quelques bouleversements en raison du nouveau statut de Louis de Funès. Primitivement, le scénario de Jean Halain et Pierre Foucaud prévoyait une présence épisodique du commissaire Juve et une action entièrement centrée sur les exploits de Jean Marais aux prises avec la police britannique. Mais entre-temps, Louis est devenu une vedette à part entière et il convient qu’Halain et Foucaud revoient leur copie en offrant à de Funès un rôle digne de sa popularité.

Ainsi, il n’est plus question d’Interpol mais de l’enlèvement d’un savant atomiste par Fantômas voulant devenir le maître du monde au moment où le commissaire Juve vient d’être décoré « chevalier de la Légion d’honneur » en récompense de sa lutte efficace contre le « génie du crime ». Mais cette arme ne peut être opérationnelle qu’avec l’aide d’un autre savant, le professeur Lefèvre. Cette fois-ci, Juve doit réviser ses méthodes et utiliser des gadgets de son invention, pour, tout en protégeant le professeur Lefèvre, qui est menacé lui aussi d’enlèvement, essayer de piéger Fantômas. Juve est assisté par le journaliste Fandor et sa fiancée, sans oublier l’inspecteur Bertrand. Seulement, le piège se retourne contre eux et le quatuor ainsi que les deux savants se retrouvent dans la demeure de Fantômas, située sur la face émergée d’une île volcanique. Ils réussissent finalement à s’échapper et Fantômas, comme à son habitude, disparaît à nouveau dans sa « voiture volante ». Dans cette nouvelle version, Jean Halain veille à donner à Louis de Funès un nombre respectable de scènes comiques ainsi que le plaisir de se travestir en colonel italien, en valet de chambre d’un hôtel prestigieux, en employé de la Compagnie des Wagons-Lits, en évêque ou en pirate. Il accepte enfin, sur la demande de Louis, d’inventer un frère à Hélène, la fiancée de Fandor. Le rôle de ce frère, Michel, revient ainsi à Olivier de Funès. Désormais, Louis est en position d’imposer ses vues non seulement sur la distribution des rôles mais aussi sur les conditions financières. Il réclame un cachet de 200 000 francs pour quarante-huit jours de tournage et 5 % sur les bénéfices sans excéder la somme de 50 000 francs. Quant à Olivier, il percevra 2 000 francs, soit autant que l’éternel second rôle et très chevronné Robert Dalban[304] qui affiche au compteur plus de trente ans de carrière ! Force est de constater que Louis de Funès vend chèrement sa peau de « bombe comique », ainsi que celle de sa progéniture. Il négocie aussi les dates du tournage qui devra se faire dès les premiers jours du mois d’août.

Entre-temps, Louis, sans perdre une miette des travaux de Gérard Oury qui part bientôt à destination de la Côte d’Azur, dans une villa du Cap-d’Ail prêtée par Maria et Rosy Carita, les célèbres coiffeuses qui se définissaient comme « les entrepreneurs de la métamorphose  », afin de travailler loin du tumulte parisien, peaufine son scénario du Grand Restaurant en compagnie de Jean Halain et du jeune réalisateur Jacques Besnard dont André Hunebelle lui a dit le plus grand bien. Cela ne l’empêche pas de prendre également du bon temps à la campagne où il teste sa toute nouvelle caméra super-8 que vient de mettre sur le marché la société Kodak. Au soir, tout comme il le fait à Paris, Louis regarde la télévision en se délectant de feuilletons américains tels Les Incorruptibles ou Des agents très spéciaux. Il se passionne aussi bien pour les intrigues que pour la façon dont elles sont réalisées. Il s’émerveille du soin apporté par les Américains à ces « petits films » travaillés comme ceux du grand écran. Il lui arrive aussi de regarder des dramatiques françaises moins soignées, ce qui désole Jeanne qui lui lance : « Mais Loulou, pourquoi tu regardes ces idioties ?  » Tout en mâchonnant une énième boule de gomme, il rétorque : « Parce que ça m’intéresse ! Je regarde ce qu’il ne faut pas faire.  » Il profite de ce repos pour lire les scénarios qu’on lui envoie quasiment chaque jour. Et même étudier des propositions théâtrales comme celle du dramaturge Marcel Mithois qui souhaite le voir créer sa dernière œuvre, Le Chasseur français, où un diamantaire ruiné par sa maîtresse cherche une riche épouse en feuilletant les petites annonces matrimoniales publiées par cet hebdomadaire. L’histoire ne manque pas de sel, mais il doit la repousser afin d’être totalement disponible pour Gérard Oury qui vient au début de juillet lui présenter une première mouture de plus de cent pages de The Great Vadrouille.

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303

Article paru en date du 29 mai 1965.

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304

Robert Dalban tourne son premier film, L’Or dans la rue de Curtis Bernhardt, en 1934. Selon son biographe Charles Ford, Robert Dalban a tourné dans plus de 250 films. Protégé et ami d’Alain Poiré, celui-ci « demandait aux scénaristes de lui écrire un rôle dans tous les films produit par la société Gaumont. Ce qui faisait dire malicieusement dans les milieux cinématographiques : “Pas de film Gaumont sans Dalban !” Dalban était le premier à s’amuser de cette publicité. Il était d’ailleurs très reconnaissant à son bienfaiteur, qu’il appelait “Papa” bien qu’il eût quinze ans de moins que lui…  » Charles Ford in Le Petit Monde de Robert Dalban, Éditions France-Empire (1988), p. 94.

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