Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Le Foudroyeur, la main plaquée sur le cou de la bête, a lancé un éclair. Tentative désespérée puisque, touchant le corps de sa cible, il ne peut que faire court-circuit. Peut-être tente-t-il ainsi d’emmener le tigre avec lui dans la mort, ou tout simplement, est-il devenu incapable de contrôler ses gestes dans un tel déferlement de sauvagerie ? Tancrède ne saurait le dire. Quoi qu’il en soit, le résultat n’est pas celui escompté.
Le tigre roche paraît s’embraser, irradiant une lumière éblouissante, comme s’il drainait toute l’énergie émise par le Foudroyeur. Tancrède repense à la scène similaire, quelques minutes plus tôt, lors de laquelle ce même Foudroyeur avait vampirisé le peu d’électricité qu’il lui restait. Sauf que cette fois, le tigre n’absorbe pas l’énergie émise par sa proie, il la fait circuler dans son corps, la restituant par toutes les extrémités comme s’il la décuplait. La créature devient transparente, telle une statue de verre emplie d’un gaz ionisé bleuté, laissant voir son squelette et ses organes internes. Les stries de sa peau s’éclairent et ses yeux s’allument. Par contrecoup, le Foudroyeur reçoit à son tour sa propre décharge, mortellement amplifiée, et c’est lui, cette fois, dont le corps s’arc-boute dans un spasme de souffrance absolue. Le hurlement continu qu’il pousse depuis le début de l’assaut s’enraye, puis tout s’éteint. Ses accumulateurs sont vides.
Le corps inerte retombe et Tancrède assiste, sans savoir s’il est encore vivant ou non, au coup de grâce donné par le tigre, qui saisit la tête du meurtrier de Viviane dans ses mâchoires et l’écrase dans un épouvantable craquement d’os brisés.
Tout est fini.
Seul le bruit de la pluie sur les feuilles se fait encore entendre.
Tancrède se relève avec peine, puis épaule son T-farad. Le tigre roche, dont le corps, même s’il n’est plus illuminé, émet encore une luminescence résiduelle, tourne la tête vers lui.
Tancrède vise avec soin. La créature ne bouge pas. Si elle décidait de bondir sur lui, il n’aurait pas le temps de tirer. Le regard du tigre se fixe sur le sien.
Son doigt se fige sur la queue de détente du fusil.
Tu es une part du tout…
Son dernier rêve étrange lui revient soudain à l’esprit.
Accepte de faire partie de tout.
Ce rêve lui avait montré cela.
Il a déjà vécu cet instant.
Accepte tout.
Accepter tout.
Oui, il peut faire partie de ce Tout.
Oui, cette idée est excitante, et effrayante à la fois.
Un tigre roche est là, juste devant lui, et pourtant, il ne ressent aucune peur.
Fie-toi à tes sens.
Il sent qu’il doit prendre une décision, que cette hésitation est ridiculement longue.
Tu dois avoir confiance.
Ce monde fait partie du Tout, lui aussi.
Il n’est pas un étranger ici.
Il n’a pas peur.
Sans arme, tu vas vivre.
Tancrède sait que cette créature ne l’attaquera pas.
Il baisse son arme.
Le tigre reste immobile tandis que la luminescence s’estompe peu à peu.
Tancrède ne le quitte pas des yeux. La bête a un regard étrange, un peu froid, mais pas mort contrairement à l’impression qu’il a eue au moment de l’attaque.
Alors, dans un mouvement souple, le tigre roche détourne la tête puis s’enfonce dans la forêt dense en traînant le corps du Foudroyeur. Bouleversé par cet échange silencieux, Tancrède reste un long moment les yeux fixés sur la jungle, désormais tranquille. Puis, un nouveau feulement s’élève au loin, non plus le cri féroce d’un prédateur qui attaque, mais celui d’un habitant des lieux qui manifeste son plaisir d’appartenir au monde.
À ce monde.
« Enfin ! ne put s’empêcher de s’exclamer Robert de Montgomery en sortant de la cabine tachy. Cette fois, c’est gagné ! »
Dans le centre de communications, la partie réservée aux barons était calme et déserte. Seul un bruit de fond diffus laissait deviner que, de l’autre côté des cloisons, la zone publique résonnait du brouhaha de la foule d’anonymes qui se pressaient là chaque jour pour parler à leurs proches.
Le capitaine de la Legio Sancta qui attendait près de la porte de la cabine, assis sur une chaise, se leva dès que le duc apparut. Robert lui saisit vigoureusement les épaules et les secoua en disant : « Te rends-tu compte, Osenin ? Des mois de travail lent et patient enfin récompensés !
— Dois-je en conclure que vous avez obtenu ce que vous désiriez, Monseigneur ?
— Totalement ! Et c’est en partie grâce à toi. Je saurai m’en souvenir, crois-moi. »
Osenin Tafur avait été recruté par le duc de Montgomery en remplacement d’Argant. Malheureusement, en dépit d’un appétit pour la violence parfois déconcertant, mais souvent utile, ce Normand, que Robert avait autrefois employé dans les milices de son domaine, n’arrivait pas à la cheville de son ancien bras droit.
Le légionnaire, dont la forte carrure se traduisait curieusement par une silhouette molle, haussa les sourcils pour manifester son contentement. Robert ne put s’empêcher de se demander si cet homme était seulement capable de sourire.
Un intrus à la mine austère, portant le costume gris sombre des cadres administratifs, s’approcha d’eux et s’arrêta poliment à quelques mètres.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Robert.
Le cadre, qui portait avec précaution une boîte laquée de violet, s’inclina avec déférence.
« Monseigneur, je suis l’attaché du Vatican auprès du Conseil Croisé.
— Je sais, je vous ai déjà vu dans l’entourage de Pierre l’Ermite », répondit le duc avec énergie. L’entretien qu’il venait d’avoir avec le pape représentait une grande victoire pour lui. Il exultait.
« Monseigneur, je suis chargé de vous remettre l’insigne du Prætor peregrini.
— Déjà ? » Robert était sincèrement surpris. « On peut dire que vous ne perdez pas de temps, vous !
— On m’a prévenu pendant votre audience avec Sa Sainteté, Monseigneur. J’ai fait aussi vite que possible. »
L’attaché du Vatican ouvrit la boîte avec précaution puis la présenta à Robert de Montgomery. Reposant sur un fond tapissé de velours, un disque d’or de sept centimètres de diamètre scintillait dans la lumière éblouissante du centre de communications tachy. Finement gravées à sa surface, trois couronnes superposées y figuraient le triple pouvoir du pape. Pouvoir terrestre sur les états de la chrétienté, pouvoir spirituel sur les âmes et pouvoir moral sur les princes. C’était la première fois que Robert voyait cet insigne. Il s’étonna que Pierre l’Ermite n’eût jamais jugé bon d’arborer ce qui semblait être puissant symbole du pouvoir.
« C’est tout ? Vous me remettez cet insigne et je deviens officiellement le Prætor peregrini ?
— Euh… Oui, Monseigneur.
— Il n’y a pas de cérémonie ou je ne sais quoi ?
— Euh… Non, Monseigneur. Enfin, c’est-à-dire que… la destitution du Préteur en cours de croisade et la nomination d’un nouveau n’ont jamais été envisagées et, euh… je crains qu’il n’y ait aucune règle protocolaire prévue en tel cas… »