Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Tancrède a beau gagner du terrain, il est encore à plus de cent cinquante mètres. Les faubourgs se font plus clairsemés, avec des bâtiments plus petits et davantage d’espace entre eux. Brusquement, le dallage de la rue s’arrête, remplacé par un mélange de terre et de sable. Or, avec la pluie qui tombe sans discontinuer depuis plus de douze heures, c’est comme s’ils se mettaient à galoper dans une rivière de boue.
Les montures devant lui soulèvent de telles quantités d’eau que Tancrède est contraint de se déporter quelques mètres vers la gauche s’il veut conserver une visibilité acceptable. Cela ne dure qu’un instant, car le Foudroyeur se met à faire des zigzags, afin d’aveugler son poursuivant direct. Tancrède active la vision infrarouge de son casque. Aussitôt, la pluie – glaciale – disparaît de sa vue et les cavaliers devant lui – plus chauds – se transforment en silhouettes bariolées de couleurs vives. Il les voit de nouveau. À l’inverse, les obstacles éventuels deviennent plus difficiles à anticiper.
La scène prend alors des allures surréalistes aux yeux de Tancrède, presque comme s’il se retrouvait dans un simulateur. Les bâtiments autour de lui, noyés par la pluie, ne sont plus que des formes sombres ; par contre, le sillage des deux mécas ressort de manière éclatante, créant de longues lignes brillantes jaunes et orange. Les cavaliers, quant à eux, apparaissent désormais sous la forme de spectres diaphanes, volant sans but à une vitesse surnaturelle. Les sillages lumineux se croisent et se recroisent, brouillant davantage la lisibilité de la scène. Craignant d’être abusé par l’effet hypnotique, Tancrède redouble de concentration.
Son détecteur anti-collision clignote soudain dans le coin supérieur droit de l’affichage HUD. D’un battement de paupière, Tancrède active le balayage volumétrique. Une masse oblongue apparaît droit devant lui, à trois cents mètres. Les débris d’une tour effondrée en travers de la route forment une véritable barricade de gravats. Le Foudroyeur va devoir tenter de la franchir sous peine de s’arrêter. Tancrède a tout juste le temps de se demander s’il va y parvenir que déjà le cavalier noir s’y engage. Alors, le Méta-guerrier sait ce qu’il va faire.
« Arrête-toi, Liétaud ! crie-t-il dans son micro. Il va tirer. »
Comme s’il l’avait entendu, le Foudroyeur s’arrête au sommet de la barricade et, au lieu de bondir sur l’autre versant, cabre sa monture afin de la faire pivoter sur les pattes arrière. Il tend le bras vers Liétaud. Celui-ci, qui ne se trouvait plus qu’à quelques mètres de l’empilement de gravats, tente de stopper son méca en ramenant les barres de commande violemment vers lui, mais la boue les fait déraper, rapprochant encore cavalier et monture du Foudroyeur.
Réalisant son erreur, le Flamand déclenche ses servomoteurs au maximum de leur puissance et saute du méca. Le Foudroyeur tire.
Propulsé par son exo, Liétaud est littéralement éjecté du percheron une fraction de seconde avant que celui-ci n’explose. À travers les langues de feu bleutées de la déflagration, Tancrède remarque que son ami se réceptionne mal au sol.
Au moins, il est vivant !
Le Foudroyeur semble comprendre que, bien qu’il se soit débarrassé d’un poursuivant, l’autre en a profité pour rattraper son retard. Il éperonne sa monture sans attendre et dévale l’autre côté de la barricade tandis que Tancrède arrive au niveau de Liétaud, déjà en train de se relever. Ralentissant l’allure pour s’assurer que son ami va bien, Tancrède est soulagé de constater qu’il accourt dans sa direction en agitant les bras.
« Prends-moi en croupe ! » lui lance Liétaud sur son canal.
Mais le Normand, enfin seul aux trousses du fou dangereux, ne prend même pas la peine de répondre et lance sa monture à l’assaut de la barricade. Alors qu’il en atteint à son tour le sommet, il lance un regard furtif derrière lui, le temps de voir son ami partir en courant dans une ruelle transversale. Il s’inquiète un instant de ce qu’il va faire puis se reprend en secouant la tête : il doit rester concentré. Liétaud est assez grand pour se débrouiller seul.
Il descend à toute allure la pente opposée puis accélère à nouveau jusqu’à atteindre sa pleine vitesse. Mais il ne voit plus le Foudroyeur. Il a beau regarder partout, il galope désormais seul dans la rue. Ralentissant alors son méca, il finit par s’arrêter au milieu d’un large carrefour désert. Le Foudroyeur a pu partir dans n’importe quelle direction.
Bon sang, je ne vais tout de même pas le perdre comme ça !
« Foutu lâche ! Où te caches-tu ? » hurle-t-il.
Soudain, une vive chaleur irradie entre ses épaules. Les contre-mesures de son Weiner-Nikov viennent de se déclencher automatiquement, éjectant par le dos deux douzaines de micro-fusées. Dans un réflexe, il ramène à lui les barres de commande pour cabrer son perch et un éclair bleu frappe le sol juste devant lui. Les contre-mesures inutiles – elles ont réagi à l’énergie thermique dégagée par la foudre – éclatent tout autour de lui, illuminant l’ensemble du carrefour d’un éclat orangé. Le Foudroyeur est là, à quarante mètres, dissimulé à l’angle d’une maison. Tancrède riposte si vite que son ennemi n’a même pas encore baissé le bras avec lequel il a tiré lorsque la salve T-farad atteint son méca-destrier.
Le mur ayant encaissé une partie de la charge, la monture n’est pas détruite. Toutefois, lorsque le Foudroyeur repart au galop, Tancrède comprend immédiatement qu’il n’ira pas loin.
Le méca noir rejette des filets de fumée opaque dans lesquels des étincelles éblouissantes dansent une folle sarabande. Il ralentit de plus en plus et Tancrède se rapproche sans cesse. Alors, sans la moindre hésitation, le Foudroyeur saute de sa monture à pleine vitesse, les plis de sa robe lui donnant l’apparence d’une monstrueuse chauve-souris, puis atterrit dans une roulade un peu hasardeuse. Il se relève d’un bond et se rue le long du haut mur d’enceinte entourant un fortin atamide qui servait probablement à protéger l’entrée des faubourgs. Un pan de mur effondré lui offrant une rampe d’accès improvisée, il grimpe sans effort apparent jusqu’au chemin de ronde de la fortification et disparaît aux yeux de Tancrède.
Contraint de l’imiter s’il ne veut pas le perdre de vue, Tancrède abandonne lui aussi son percheron de combat. Il désactive la vision infrarouge de son casque qui ne lui sert plus à rien maintenant qu’il est à pied puis se précipite sur les traces du Foudroyeur. Il se lance dans l’ascension du rempart effondré aussi rapidement que celui-ci, persuadé qu’il est déjà en train de s’enfuir sur le chemin de ronde. À cet instant, un bruit lui fait lever la tête et il a à peine le temps de voir la forme sombre, penchée par-dessus le garde-corps du mur, le bras tendu vers lui, que son propre corps, mû par une violente décharge d’adrénaline, se jette sur le côté dans un réflexe salvateur. Une myriade d’arcs électriques s’abattent autour de lui, certains l’atteignant et parasitant momentanément son HUD, la plupart se perdant dans les débris de roche.
Toujours aiguillonné par la colère, Tancrède se déporte à nouveau en épaulant son T-farad, vise et tire. Déséquilibré, il rate sa cible et un mètre cinquante de muraille vole en éclats à côté du Foudroyeur qui se jette en arrière, surpris par la vivacité de la riposte.
Ce bref mouvement de panique n’a pas échappé au Méta-guerrier.