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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Sans trop y croire, il tente de relancer les servomoteurs manuellement en activant les batteries de secours, mais elles aussi ont été vidées par le vampire énergétique.

J’ignorais qu’il pouvait faire cela.

Tout est mort dans le WN, il ne peut même plus brancher ses systèmes de détection. De toute façon, il ne pourrait pas les consulter puisque sa visière-dôme est cassée. Soulevant ses bras qui pèsent des tonnes, il rétracte la visière à la main parce qu’elle est couverte de boue et l’empêche de voir correctement, puis cherche du doigt les deux lampes autonomes fixées sur chacune de ses épaulettes. Elles disposent de batteries classiques afin de pouvoir être utilisées comme simples lampes torches. Lorsqu’il les allume, tout s’illumine devant lui.

La jungle dense qui s’étend alentour lui confirme ce dont il se doutait déjà : il est tombé dans une faille forestière. Des torrents de boue dévalent de toute part, submergeant le sol d’une mélasse brune et les gouttes de pluie qui parviennent à se frayer un chemin aussi profondément semblent sortir d’une mitrailleuse lorsqu’elles passent dans le faisceau des lampes. Un fort relent de décomposition lui parvient aux narines, l’eau exaltant les odeurs de cette forêt que l’on qualifierait d’équatoriale sur Terre.

Cependant, Tancrède remarque à peine tous ces détails, car à quinze mètres de lui, éclairé par la lumière blafarde des lampes torche, se tient le Foudroyeur.

Lui aussi est en piètre état. Il a perdu sa bure noire et ne porte plus qu’une combinaison renforcée, couverte de boue et de sang. Tancrède ne connaît pas ce modèle, qui semble extrêmement sophistiqué. Toutefois, elle est maintenant déchirée en de nombreux endroits d’où émergent des éclats de semtac. Même inerte, l’exo de Tancrède l’a mieux protégé durant la terrible chute qu’ils viennent de subir que cette combinaison légère. Du sang coule en grandes quantités de certaines déchirures et l’avant-bras droit du Foudroyeur est tordu selon un angle étrange.

Cependant, bien que ce tableau soit déjà effrayant, le pire reste son visage.

Tout le côté gauche en est horriblement brûlé. Plissée de bourrelets informes au niveau du cou et du contour de l’oreille, la peau se tend subitement vers la joue pour finir par se craqueler près de l’œil et sur le front. Les paupières gauches et une partie du nez ont disparu, laissant apparaître un globe oculaire blanc, trônant parmi les chairs nécrosées tel un œuf d’araignée au milieu d’une toile de sang. Quelques dents sont même visibles à travers un trou de la lèvre supérieure. Gêné par la lumière, l’œil obscène roule au fond de son orbite que nulle paupière ne peut plus protéger.

Le cœur soulevé par ce qu’il voit, Tancrède n’en est pas moins surpris. Aucun tir n’a atteint directement le Foudroyeur au cours de leur affrontement. De plus, ces blessures ont l’air anciennes.

Puis il se souvient.

Lors de leur première confrontation, sur les ponts amazones du Saint-Michel, il avait jeté une hache à la figure du Foudroyeur qui, bien que n’ayant pas atteint sa cible, avait sectionné une conduite sous pression. Le gaz à très haute pression avait alors jailli au visage de son adversaire et Tancrède en avait profité pour s’enfuir.

« Tu as dû atrocement souffrir, lance-t-il au spectre sanguinolent qui se tient en face de lui. Ainsi, tu auras eu un aperçu du supplice que tu as infligé à tes victimes. »

Soulevant ses lèvres mutilées dans un rictus écœurant, le Foudroyeur lève sa main droite et un éclair bleu, pratiquement dénué d’arcs secondaires, vient frapper Tancrède en plein thorax. L’ex-lieutenant est projeté en arrière et s’effondre dans la boue, le corps parcouru de spasmes douloureux. Il n’est pas mort, le Foudroyeur n’a pas tiré pour tuer.

Il va jouer un peu avec moi.

« Voilà un bon aperçu, je pense, répond finalement le Foudroyeur de sa voix sifflante. Cela te convient-il ou en souhaites-tu un autre pour affiner ton jugement ? »

Sans attendre de réponse, une nouvelle décharge s’échappe de sa main et Tancrède se cambre dans la boue afin de faire face à ce deuxième assaut de douleur. Un bouillon de bave blanche s’échappe par sa bouche.

Le Foudroyeur fait un pas vers lui.

« Tu es peut-être un bon soldat, Tarente, mais tu n’es qu’un imbécile. Pourquoi t’es-tu obstiné ? Ton orgueil t’aveugle-t-il donc au point de ne pas voir lorsque tu as affaire à plus forte partie ? Tu n’étais tout simplement pas de taille à te mesurer à moi. Admets-le ! »

Tancrède tente de se redresser en se mettant sur les coudes.

« À voir ton état… parvient-il à articuler, je n’ai pas cette impression… »

Un troisième éclair illumine la forêt. L’influx électrique bloquant les muscles, Tancrède ne parvient même pas à crier.

« Tout cela pour la bonne femme de ton ami ! Quelle sensiblerie pathétique. Et maintenant, voilà que tu te mêles de politique ? Que venais-tu faire dans ce sanctuaire ? Espérais-tu trouver quelque chose que tu sois en mesure de comprendre ? Crois-moi, ce que tu aurais appris ne t’aurait pas plu. Et dire que tu as cru pouvoir tromper ma vigilance avec ce lourdaud qui t’accompagnait.

— Il… en vaut mille… comme toi… »

Nouvel éclair. Nouveau spasme silencieux.

À chaque tir, les mains de Tancrède s’enfoncent profondément dans la boue en se crispant. Mais cette fois, il a senti quelque chose de dur en dessous. Quelque chose de familier.

Son T-farad.

« Tu ne sais donc pas quand il faut la fermer, petite merde ? Tu as envie de morfler encore plus ? Tu sais que je peux m’amuser avec toi pendant longtemps. Avant que mes accumulateurs ne soient vides, tu seras aussi racorni qu’une prune restée au soleil, mais toujours vivant. Et le meilleur dans tout ça, c’est que je te tuerai avec ta propre énergie ! »

Il rit. Ou plutôt, Tancrède suppose que l’infâme gargouillis qu’il émet est un rire.

Le Normand s’abstient de répondre afin de ne pas provoquer une nouvelle décharge. Il n’a besoin que de quelques secondes supplémentaires pour se sentir capable de sortir le fusil de sa gangue de boue, puis de le braquer sur ce démon. La partie rationnelle de son esprit lui dit qu’il n’en aura jamais le temps, que dès que le Foudroyeur le verra esquisser ce geste, il lui suffira de faire feu. Mais c’est ça ou la mort.

Il a déjà la main sur la crosse. Alors que tout son corps se contracte afin de mobiliser la force nécessaire pour extraire l’arme d’une couche de boue de quinze centimètres d’épaisseur, un bruit trouble soudain le silence.

« Qu’est-ce que… », commence le Foudroyeur, tournant la tête d’un côté, puis de l’autre.

Tancrède, dans un suprême effort, tire son fusil T-farad de la boue et le braque sur son pire ennemi, au moment même où un cri animal se fait entendre juste à côté d’eux. Un cri extraordinaire que Tancrède a déjà entendu. Un feulement à dresser les cheveux sur la tête. Les deux hommes en restent paralysés, l’un oubliant de lancer un ultime éclair, l’autre, une salve T-farad.

Un fracas terrible retentit sur la droite. Sursautant brusquement, le Foudroyeur tourne la tête juste à temps pour voir une forme massive surgir des arbres avec une telle violence qu’on croirait une explosion. Des éclats de branches brisées percutent le sol en soulevant des gerbes d’eau comme si c’étaient des balles. La forme s’abat sur le Foudroyeur et roule dans la boue avec lui.

Un tigre roche !

Les deux adversaires luttent en projetant de telles quantités d’eau qu’il est difficile de les distinguer dans cette confusion. De longues pattes grises pourvues de griffes noires, une tête striée où se détachent deux petits yeux blancs et morts, un dos musculeux, voilà tout ce que Tancrède aperçoit tant que les combattants s’acharnent. Le Foudroyeur hurle de douleur et, rapidement, du sang se mêle aux éclaboussures. Soudain, toute l’action semble se figer sur une image hors du commun, une image qui restera gravée longtemps dans la mémoire de Tancrède.

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