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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Tancrède remit en service son méca. La monture tressaillit tandis que le système se réactivait.

« Tu as tout vu, Albéric ? demanda-t-il, contenant difficilement son excitation.

— J’ai vu, en effet. Avec si peu de lumière, l’image était médiocre, néanmoins, ça ne manquait pas d’intérêt comme programme.

— Si seulement j’avais disposé d’un peu plus de temps sur place ! J’enrage de… »

Tancrède n’acheva jamais sa phrase.

Adelphe, qui se tenait encore sur le remblai de terre longeant la muraille, voulut en descendre pour rejoindre Liétaud lorsqu’il dérapa dans la boue et bascula devant Tancrède. Celui-ci esquissa un geste pour le rattraper, mais un flash bleuté aveuglant l’obligea à fermer les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, Adelphe venait de s’enflammer comme une torche et se tordait de douleur au sol tandis que ses chairs noircissaient et se craquelaient à une vitesse surnaturelle. Tancrède, frappé de stupeur, pensa aussitôt : un feu électrique !

Par réflexe, il voulut ôter sa veste pour la jeter sur le malheureux agonisant, avant de se rappeler qu’il était en exo. De toute façon, Adelphe n’était déjà plus qu’une forme noire et sans vie, se recroquevillant dans la boue, quelques flammes bleues courant encore le long des fissures de chairs carbonisées. L’affreuse odeur âcre qui en émanait le ramena instantanément un an en arrière, lorsqu’il s’était penché, dans les buanderies générales du Saint-Michel, au-dessus du cadavre de Viviane Mennecy.

Au moment même où son esprit se remettait en marche et qu’il comprenait que le malheureux Adelphe venait involontairement de lui sauver la vie, une forme sombre jaillit des ténèbres, comme si la nuit elle-même n’en avait pas voulu et la rejetait devant eux.

Chevauchant un méca-destrier aussi noir que lui, le Foudroyeur s’arrêta si près qu’une gerbe d’eau boueuse les éclaboussa tous. Comment avait-il fait pour approcher autant sans qu’aucun d’entre eux l’entende ? D’une voix évoquant le bruit d’une craie raclant un tableau, il cria :

« Tarente ! Es-tu prêt à te mesurer à moi ? Ou crains-tu de visiter les ombres éternelles ? »

Même frappé de stupeur, un Méta-guerrier ne reste jamais sans réagir. Mû par son instinct, Tancrède se rejeta en arrière pour faire glisser sur le côté le T-farad qu’il portait en bandoulière, le saisit et le pointa sans hésiter sur le Foudroyeur. Toutefois, celui-ci avait déjà bougé lorsque Tancrède fit feu. La salve d’énergie se perdit dans les ténèbres, illuminant un bref instant cette silhouette de cauchemar que les plis de la bure claquant au vent rendaient plus que jamais semblable à un lémure échappé des abîmes de l’enfer.

Tancrède était prêt pour ce combat.

Même si son adversaire avait été modifié par les meilleurs spécialistes en bio-ingénierie du Vatican pour faire de lui une parfaite machine à tuer, cette fois, Tancrède était revêtu de son exosquelette de guerre et ce simple fait les mettait à égalité. Une poussée d’adrénaline exceptionnellement forte submergea son organisme. Cette rencontre serait leur dernière.

Cependant derrière lui, Liétaud, les yeux jusqu’alors fixés sur la forme racornie dans la boue, émergea soudain du terrible souvenir dans lequel cette scène l’avait replongé. À la vue du meurtrier de sa fiancée dressé devant lui, paradant comme un matador après l’estocade, un torrent de haine pure déferla en lui, oblitérant toute pensée rationnelle. Il hurla. Ce fut un cri étrange où la rage et la douleur se mêlaient pour engendrer un son terrifiant.

Comprenant aussitôt que son ami allait se lancer dans un combat qu’il ne pouvait gagner, Tancrède se retourna pour crier : « Liétaud, non ! »

Mais le géant flamand avait déjà ouvert le feu sur le Foudroyeur et celui-ci, peu désireux d’affronter deux guerriers de cette trempe à la fois, battit en retraite en lançant son destrier mécanique à bride abattue dans la ruelle en pente qui s’éloignait de la muraille pour s’enfoncer dans les faubourgs. Liétaud, déjà en selle, ne perdit pas une seconde et s’élança à sa poursuite sans écouter ce que lui criait Tancrède.

L’ex-lieutenant, fermement décidé à ne pas laisser son meilleur ami devenir la prochaine victime de son pire ennemi, enfourcha sa monture d’un bond et saisit les barres de commande qui couraient le long du cou de la bête.

« Ne reste pas là, Albéric ! » cria-t-il à l’inerme qui était tombé à genoux près de la forme fumante qui gisait dans la boue. « Retourne au buggy et pars sans nous attendre ! » Albéric releva la tête. Ses yeux roulaient en tous sens dans leurs orbites. Il ne savait plus où il était.

« Mais… Adelphe ? croassa-t-il. Il faut l’aider… » Tancrède pesa de toutes ses forces sur les barres de commande et le méca-perch bondit en avant.

« Il est mort, tu ne peux plus rien pour lui ! Toi, tu peux encore t’en tirer ! Pars avant que les troupes n’arrivent ! » Albéric ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais Tancrède était déjà loin.

Les sabots du méca-perch martèlent le sol en projetant des geysers d’eau à chaque impact. La route est si pentue que le cavalier et la monture atteignent rapidement quatre-vingt-dix kilomètres-heure. L’attention de Tancrède est entièrement portée sur les obstacles éventuels qui pourraient se dresser devant lui dans l’obscurité. Cette voie est jonchée de gravats et de débris de toutes tailles provenant des habitations détruites et à cette allure, si le percheron les percute, la chute promet d’être sévère. Pour le moment, les détecteurs automatiques de la bête ainsi que la vision nocturne de Tancrède suffisent.

Liétaud, à peine visible à travers les rideaux de pluie qui défilent à toute vitesse, se trouve à environ deux cent cinquante mètres devant, toujours aux trousses de la forme sombre.

Je ne vais jamais les rattraper, ils sont trop loin !

De plus, trois cavaliers lancés au grand galop dans une rue déserte ; le risque de se faire repérer est énorme. Soudain, comme pour confirmer les craintes de Tancrède, un bruit assourdissant retentit au-dessus de lui et des traînées de lumière fulgurantes strient le ciel.

Des intercepteurs !

Une dizaine d’appareils au moins.

Tant que ça pour trois hommes ?

Heureusement, les aéronefs poursuivent leur route vers le nord sans attaquer. Probablement des pilotes revenant à la Nouvelle-Jérusalem après avoir été bombarder les colonnes d’Atamides fuyant les combats. Tancrède reporte son attention devant lui. Il s’est sensiblement rapproché des deux autres. Peut-être ont-ils été distraits eux aussi par les intercepteurs ? Décidant de pousser son avantage, l’ex-lieutenant accentue la pression sur les barres de commandes. Le train de la monture augmente aussitôt, frôlant désormais les cent vingt kilomètres-heure. À cette vitesse, les capteurs du méca-perch ne servent plus à rien. Seuls les sens entraînés du Méta-guerrier lui permettent d’éviter les décombres qui se précipitent vers lui.

D’un rapide mouvement oculaire sur son HUD, il sélectionne la fréquence de Liétaud.

« Liétaud ! Attends-moi ! C’est de la folie ! »

Mais il sait que c’est inutile, que son ami est sous l’empire d’une telle colère, d’une telle douleur, que sa raison en est abolie.

Une salve T-farad crépite.

C’est Liétaud qui vient de tirer sur le Foudroyeur. Il a verrouillé les barres de commande du percheron afin d’avoir les mains libres pour épauler le fusil T-farad. C’est particulièrement dangereux, si la monture fait un écart pour éviter un obstacle, il risque d’être jeté à terre. Et surtout, c’est inutile. À plus de cent kilomètres-heure, il est impossible de viser correctement. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Foudroyeur, bien qu’il se retourne régulièrement pour surveiller ses poursuivants, ne tente même pas de riposter.

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