Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Lorsqu’enfin j’arrêtai mon véhicule sous l’auvent naturel de notre repaire d’évadés, l’après-midi était déjà bien avancée. Mon épuisement était tel que mes amis durent me sortir eux-mêmes du buggy. Pascal voulut m’envoyer dormir sur le champ, mais j’insistai pour leur raconter tout de suite ce qui s’était passé, quitte à survoler les détails. Il fallait que je parle.
Notre état-major, ainsi qu’une douzaine d’autres inermes qui n’avaient pas de tâche à acquitter ailleurs, écoutèrent donc mon récit succinct sans cacher leur excitation, au début, ni leur effroi, à la fin. Plusieurs questions fusèrent dès que j’eus terminé, mais Pascal coupa court en décrétant que cela suffisait pour le moment, et que je devais aller me coucher sans discuter.
En sortant de la pièce, soutenu par mon fidèle ami, j’entendis quelqu’un se demander si nous ne reverrions jamais les deux soldats et un autre répondre qu’ils étaient probablement morts. Je crois que je dus m’endormir avant même d’arriver à ma chambre et que Pascal me porta vraisemblablement jusqu’à mon lit. Toutefois, je me souviens qu’avant de sombrer définitivement dans le sommeil, je pensai avec force que Tancrède et Liétaud reviendraient. J’en étais convaincu.
Et cette conviction se trouva confirmée dès que les deux cavaliers furent assez près pour être identifiés. Nous levâmes aussitôt l’alerte et nombre d’entre nous descendirent pour les accueillir.
En les voyant entrer sous l’auvent, je me demandai si j’avais eu l’air aussi mal en point quand j’étais revenu. Si Liétaud avait les traits tirés par la fatigue, il était encore présentable. Tancrède, en revanche, était dans un état lamentable. On avait l’impression que son Weiner-Nikov était passé sous un char de combat et il semblait exténué. Je remarquai au passage que Liétaud ne montait pas le même percheron de combat qu’à l’aller.
Il fallut aider Tex-lieutenant à descendre de sa monture, car son exo ne fonctionnait visiblement plus. Il s’assit aussitôt à même le sol, incapable d’en supporter le poids vu l’état d’épuisement dans lequel il se trouvait.
« Albéric ! s’exclama-t-il péniblement en me voyant. Seigneur… Je suis soulagé que tu t’en sois tiré.
— Moi aussi, Tancrède. Moi aussi, je suis heureux de vous revoir sains et saufs. »
Pascal, qui prenait décidément très à cœur son nouveau rôle de nounou, intervint en disant :
« Tout le monde va se coucher, maintenant ! Vous avez tous l’air si fatigué qu’on dirait que vous allez tomber dans le coma. »
Liétaud se mit à rire et répondit, en lui tapant sur l’épaule :
« Tu as raison, mais avant, nous devons manger quelque chose. Si nous nous couchons tout de suite, nous ne sombrerons peut-être pas dans le coma, mais nous serons morts de faim avant de nous réveiller. »
Tancrède, qui éprouva quelques difficultés à s’extraire de son exo inerte, avait l’air soucieux de le voir aussi endommagé.
« Penses-tu que certains d’entre vous aient les compétences pour réparer un WN ? me demanda-t-il.
— Bien sûr, lui répondis-je en essayant d’être rassurant. Nous avons ici la plus forte densité d’ingénieurs que l’on puisse trouver sur Akya du Centaure. Ce serait bien le diable si nous n’arrivions pas à retaper une machine aussi rudimentaire. »
Tancrède sourit sans conviction à ma plaisanterie. Nous savions tous les deux que les exos n’avaient rien de rudimentaire.
« Nous aurons peut-être un problème concernant certaines pièces, admis-je pensivement en regardant la visière-dôme brisée. Mais nous y réfléchirons le moment venu. Allons manger un morceau ! »
Il n’était que dix-huit heures lorsque nous nous installâmes dans notre réfectoire. Pourtant, beaucoup de monde assista à ce repas. En notre absence, de larges bâches avaient été tendues sous les puits de lumière qui éclairaient cette salle et un ingénieux système de gouttières en évacuait l’eau.
Je racontai, cette fois en détail, notre expédition jusqu’au Sanctuaire, puis Tancrède prit la suite en narrant son affrontement avec le Foudroyeur. Son récit fit forte impression sur l’assistance. Nous avions beau ne compter pratiquement que des rationalistes dans nos rangs, le Foudroyeur terrifiait la plupart d’entre nous aussi sûrement que les démons effrayaient les croyants.
Alors, imaginer cet homme qui se tenait devant nous en train de le poursuivre au lieu de se terrer quelque part en espérant lui échapper, en train de lui tenir tête et même de le combattre, était pour nous quelque chose d’ahurissant. Par ailleurs, même si nul n’ignorait que Tancrède cherchait ce criminel depuis longtemps, ni que Liétaud avait une raison personnelle de lui en vouloir, il était évident que ces soldats avaient aussi voulu venger la mort de notre ami, et me protéger.
Il me semble que ce fut à partir de ce moment-là que les deux soldats se sentirent véritablement acceptés parmi nous.
Toutefois, le plus important, bien évidemment, étaient les informations que nous avions collectées dans le Sanctuaire.
La plupart des interrogations tournaient autour du manège auquel le Foudroyeur s’était livré au-dessus du tombeau.
« Êtes-vous bien sûrs de ce que vous avez vu ? demanda Pierre Sanche. Est-ce que par exemple ce bloc de pierre ne pourrait pas être autre chose qu’un cercueil ?
— Je ne sais pas, répondit Liétaud en entamant une deuxième assiette de pommes de terre réhydratées, accompagnées d’œufs au plat reconstitués qu’on lui avait servie en avance. Mais je ne vois pas ce que cela pourrait être d’autre. Une boîte en pierre, placée au centre d’un édifice qui lui est consacré, ça ne peut être qu’une tombe, non ? De plus, la taille correspond bien à celle d’un être humain et il y avait un couvercle, comme sur n’importe quel cercueil.
— La taille ne veut rien dire, signala quelqu’un. Elle pourrait correspondre à un Atamide aussi.
— Les Atamides sont plus grands que nous. Le moindre des guerriers fait plus de deux mètres.
— Les guerriers, oui. Mais, il y a d’autres castes non ? Des paysans, des sages… »
Liétaud écarta les bras, l’air incrédule.
« Que veux-tu dire ? Ce serait le tombeau d’un vulgaire Atamide et non celui du Christ ?
— C’est ce que je crois », intervint soudain Tancrède.
Il y eut un peu de flottement dans l’assistance. Liétaud regarda son ami avec étonnement.
« Le Vatican n’en est pas à son premier mensonge, expliqua-t-il. Nous sommes tous d’accord pour ne pas tenir pour acquis tout ce qu’il affirme. Nous savons par ailleurs, notamment grâce au travail de Cossolat, que l’état-major cherche depuis le début à dissimuler un secret majeur. »
En entendant le nom de notre ancien camarade, mon cœur se serra. J’avoue avec quelque honte que je n’avais plus pensé à lui depuis notre débarquement sur cette planète. Et pourtant, le malheureux purgeait encore là-haut, au fond de l’espace, la peine inhumaine qu’on lui avait infligée. À l’idée que nul ne pourrait jamais rien faire pour l’en tirer et qu’il aurait encore à supporter cette punition atroce pendant plusieurs années, je sentis une nausée monter en moi et craignis de régurgiter ce que je venais d’avaler. Je me reconcentrai sur la discussion.
« Et je pense que ce secret, poursuivait Tancrède, c’est que le Christ n’a jamais reposé ici, sur cette planète, dans ce sanctuaire. Pas plus qu’il n’a jamais reposé sur Terre, d’ailleurs.