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La jeune fille et les clones

Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:

Sur Stratos, les femmes se reproduisent l'hiver par clonage. En été, les hommes entrent en rut et il faut les enfermer dans les Sanctuaires. Mais quelques-uns échappent à la police sexuelle et s'accouplent, proti pudor ! avec les femmes. Les « vars » qui naissent de ces unions sont élevés jusqu'à la puberté puis chassés du clan ; à eux d'en fonder un autre, s'ils peuvent.
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
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Kiel sauta vivement du convoi qui avançait au pas et courut lever la barrière. Des mains se tendirent pour l’aider à remonter tandis que la mécanicienne accélérait.

À la sortie de la ville, les fugitives ralentirent pour jeter le long de la voie les rouquines dûment saucissonnées. Puis la Musselie actionna le régulateur, le moteur émit un gémissement et la loco repartit à pleine vitesse vers l’ouest.

Maïa et les autres tournaient en rond, trop énervées pour se détendre, tandis que Renna affectait un calme glacial. Il apportait les premiers secours aux blessées. Sa présence fut apaisante, tant qu’il y eut quelque chose à faire, mais quand ce fut fini, il se mit à suer et à frissonner. Il s’approcha avec raideur de la portière ouverte à côté de la mécanicienne afin de se rafraîchir au vent de la course.

— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda Maïa en regardant ses poings crispés, ses muscles tendus comme la corde d’un arc.

— Je… je préfère me taire, fit-il en secouant la tête.

Elle croyait comprendre. Sur les autres mondes, c’étaient les hommes qui se battaient. On disait qu’ils livraient encore des combats terribles, sanglants. La bagarre avait éveillé en lui quelque chose qu’il n’appréciait guère.

— Je crois que Lysos n’avait pas complètement tort, tout compte fait, dit Maïa à voix basse.

Renna lui jeta un regard en coin. Puis, lentement, un sourire détendit son visage. Un sourire ironique qui exprimait un mélange de respect et d’affection.

— Non, répondit-il. Pas complètement.

Ils traversèrent enfin la dernière vraie ville avant la côte. La locomotive dut décélérer dans une montée, mais leurs éventuelles poursuivantes devraient en faire autant. Kiel et Baltha étudiaient une carte comme si elles s’inquiétaient de ce qui les attendait vers l’avant. En jetant un coup d’œil par-dessus leurs épaules, Maïa comprit que les Perkinistes pouvaient encore les arrêter près d’un village nommé Surplomb, où un défilé semblait propice à l’installation d’un barrage.

Trop propice, en effet. Les clans locaux, alertés par les miliciennes d’Épi d’Or, leur avaient bien tendu une embuscade. Mais tout danger était écarté quand le train arriva : les vars des environs leur étaient tombées dessus à bras raccourcis et les avaient mises en déroute.

Cette contre-attaque n’était pas aussi spontanée qu’il y paraissait : sitôt les dernières barrières levées, plusieurs des cheffes vars, des amies de Kiel et de Thalla, se joignirent aux fugitifs pour la dernière étape de leur voyage.

« Pigé. Kiel et ses copines savent aussi bien lire une carte que les Perkies. Un endroit qui se prête aux embuscades est aussi idéal pour piéger les embusquées. »

Maïa apprit que les nouvelles venues s’étaient récemment faites embaucher au village, pour parer à ce genre de problème. Comment ces vars pouvaient-elles être aussi organisées ? Ce genre de réflexion à long terme passait pour réservé aux familles clonales, qui avaient des générations d’expérience et dont la vision de la vie surpassait celle de l’individu.

« Enfin, peu importe. L’essentiel, c’est que ça ait marché ! »

Les fugitives quittèrent Longue Vallée avec des hurlements de joie. La locomotive était bourrée à craquer, mais personne ne s’en plaignit. Le premier aperçu de l’océan déclencha une explosion de chansons qui ne s’arrêtèrent qu’à cap Grange.

Les femmes remercièrent la mécanicienne, quittèrent la gare et allèrent à l’auberge de l’Évangile des Fondatrices. Kiel retrouva deux autres amies vêtues comme des marinières, ce qui n’avait rien d’étonnant dans un port. Elles étaient manifestement venues ici en travaillant sur des cargos.

« L’une d’elles pourra peut-être me pistonner pour trouver un boulot sur un de ces bateaux », se dit Maïa.

Il y avait longtemps qu’elle n’avait pas réfléchi sérieusement à l’avenir. En prison, puis en fuite, elle avait vécu comme une feuille emportée par le vent. Avec la liberté revenait l’angoisse d’avoir à prendre des décisions.

Kiel installa les aventurières à l’auberge et partit avec Baltha « régler quelques affaires », autant dire négocier avec la magistrate du coin et les autorités situées à l’autre bout du monde. Le reste de la bande devait rester là, et ensemble, surtout. Elles n’étaient pas à l’abri des Perkies et d’une tentative désespérée des clans de Longue Vallée.

Maïa n’avait rien contre. Elle ne retournerait pas en prison. Ses craintes s’étaient évaporées quand elle avait vu la mer. Même les tristes entrepôts de brique du port lui paraissaient plus gais que la dernière fois qu’elle les avait vus, innocente cinq-ans en proie au désespoir.

L’hôtel donnait sur le port, mais pas sur les docks qui puaient le poisson. Quand Maïa apprit qu’elle aurait une chambre à elle, avec un vrai lit, elle se précipita pour aller la visiter. Quel luxe ! Elle n’en revenait pas. On pouvait faire le tour du lit, les bras écartés, sans toucher les murs !

L’impression d’espace était renforcée par le fait qu’elle n’avait rien. « J’accrocherais bien quelque chose aux patères, si j’avais autre chose que la pelure que j’ai sur le dos ! »

Ses amies s’étaient installées sur la terrasse et regardaient s’allonger les ombres en compagnie de quelques bouteilles de bière. Elles avaient acheté un journal, le Clipper de cap Grange, et ironisaient sur le fait qu’il ne rapportait que les cours des matières premières et les querelles entre candidates aux élections qui devaient avoir lieu le mois suivant.

— Des Perkies contre des Orthodoxes, dit Kau avec un reniflement. Tu parles d’un choix ! Et c’est tout juste si elles parlent des problèmes mondiaux. C’est pas ça qui va inciter les vars ou les hommes à voter. Et rien, évidemment, sur un Visiteur de l’espace qu’aurait disparu !

Thalla évoqua avec nostalgie les deux pages hebdomadaires que leur organisation sortait à Ursulaborg.

— Ça, c’est du journal ! commenta Kau.

Maïa les écoutait à peine, grisée par sa liberté retrouvée. Tout le monde savait que ces histoires étaient arrangées d’avance par de vieilles mères vivant dans des châteaux nacrés à Caria. Elle préférait scruter les collines bordant la baie. Le sanctuaire blanc du Temple orthodoxe de Mère Stratos étincelait dans le soleil de l’après-midi. Elle se promit d’aller voir la révérende mère. Pour lui présenter ses hommages, et… lui demander s’il y avait des messages pour elle.

Il n’y en aurait pas, bien sûr. Malgré tout ce qui lui était arrivé et qui aurait dû apaiser sa douleur, elle savait ce qui se passerait quand la Prêtresse secouerait la tête d’un air compatissant. Elle se retrouverait au bord du gouffre béant qui avait failli l’engloutir à la mort de sa sœur.

Cette visite attendrait un ou deux jours. Pour l’instant, il lui suffisait de rester assise là, à boire de la bière fadasse et à s’occuper l’esprit avec ces histoires simples.

« Tout ce que j’attends de la vie pour le moment, c’est une bonne douche chaude et un lit où dormir quelques nuits. »

Par galanterie, elles laissèrent Renna prendre son bain en premier. Il commença par protester, puis il gloussa et prononça une phrase énigmatique où il était question de ce qu’on doit faire quand on est « à Rome ». Deux femmes l’accompagnèrent afin de monter la garde à la porte de la salle de bains.

Après leur départ, les autres commandèrent d’autres bouteilles de bière. En dehors de Thalla, Maïa ne connaissait pratiquement personne. L’amie de Kiel, Kau, polissait une matraque de bois à la pointe et au tranchant tout juste licites en effleurant de temps en temps le bandage qu’elle avait à l’oreille droite. Une des camarades de Baltha, une femme au fort accent des îles du Sud, rongeait manifestement son frein.

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