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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Mathurine Goret fit blanchir à la chaux l’intérieur de sa petite ferme; elle mit Vincent Goret, son fils unique, valet de charrue, pour le pain, à cinq lieues de là, et le menaça de lui casser les deux bras s’il ne se coupait pas la langue au ras de la gorge.

On la vit à la messe de Mortefontaine avec une grosse bague d’or où il y avait des fleurs de lys; elle avait une tabatière toute neuve, ornée d’un portrait. Quand elle buvait, elle s’enfermait pour ne point parler trop.

Elle n’était plus reconnaissable: elle alla une fois jusqu’à se laver les mains devant la misérable servante qui mourait de faim chez elle. Une autre fois, elle fit venir le maréchal qui lui arracha, avec ses tenailles, de gros poils de barbe grise qu’elle avait au menton.

Elle devenait coquette à vue d’œil, Mathurine Goret.

Et prodigue aussi, car elle fit dire des neuvaines à la paroisse; on ne sut jamais pour qui ni pour quoi.

Dieu sait qu’on s’occupait de cela aux alentours, depuis le matin jusqu’au soir.

Mais l’étonnement public devait avoir bientôt de bien autres aliments.

La ferme de la Goret, située au fond d’une gorge où roulait le Husseau, petit affluent de la Mayenne, était dominée par une montagne rocheuse d’un aspect véritablement sauvage et que les gens du pays montraient volontiers aux touristes de Paris.

La gorge elle-même avait de curieux aspects avec ses grands plans de pierres rougeâtres, tranchant dans la verdure et sa croupe large, couverte de moissons, qui remontaient vers la forêt de La Ferté.

La Goret accosta un soir le curé de Mortefontaine qui lisait son bréviaire par les chemins, et lui demanda combien il en coûterait pour avoir un chapelain.

– Avez-vous donc une chapelle où le mettre, bonne femme? interrogea le prêtre.

Mathurine était orgueilleuse outre mesure, comme tous les êtres de sa sorte.

– J’en aurai une quand je voudrai, monsieur recteur, répondit-elle, et deux aussi, et vingt, et si l’idée me prenait d’avoir une cathédrale, faudrait que j’en aie une, ou pas de bon Dieu!

– Ne jurez pas, bonne femme, dit paisiblement le curé. Mathurine fit aussitôt le signe de la croix et croisa ses mains sur sa poitrine. Ces gens ont la religion de Louis XI, qui était un roi normand.

– Pas moins, reprit-elle, je voudrais savoir ce qu’il m’en coûterait pour avoir mon monsieur prêtre à moi toute seule, censément, puisque c’est mon plaisir.

Mathurine mit ses deux poings sur ses hanches.

– Une douzaine de cents francs, bonne femme.

– Pas de bon Dieu! s’écria-t-elle en colère. Aussi cher qu’un maître jardinier à la ville! Alors, j’en ferai venir un de Saint-Maurice-du-Désert, monsieur recteur, et je l’aurai à six cents francs, sans pourboire!

Quelques jours après, on vit arriver toute une armée de maçons étrangers au pays. Un quidam à bottes pointues, le chapeau en pain de sucre, avec de larges bords, et portant toujours un grand carton sous le bras, les accompagnait. On dessina sur la croupe de la colline, juste au-dessus de la ferme, une enceinte assez grande pour contenir une forteresse.

Le quidam à barbe pointue fumait des pipes en quantité.

Les maçons mirent à mal quelques pâtourettes du voisinage.

Et une grande vilaine bête de maison s’éleva, qui avait la prétention de ressembler à un château Renaissance.

Le quidam à chapeau en pain de sucre la trouvait supérieurement belle.

À l’angle nord de la maison, une autre maison plus petite et pareillement hideuse sortit de terre.

C’était la chapelle.

La chapelle, le château et leurs dépendances furent bâtis en trois ans, après quoi, le quidam au grand carton alla fumer sa pipe ailleurs.

Il avait conscience de ressusciter l’art des jolis siècles. C’était un romantique de deux sous: précisément un de ceux qui ont tué le romantisme, cette belle chose, sous le poids écrasant de leur immense stupidité.

Mais pendant ces trois ans, que d’événements avaient eu lieu!

La Goret n’avait plus de barbe au menton, pas un poiclass="underline" elle se rasait. Elle lavait ses mains jusqu’à des trois et quatre fois par semaine, bien qu’il n’y parût point. Elle portait des coiffes à broderies et des jupes de mérinos; elle avait des souliers, elle s’enivrait avec du vin de Madère qu’elle mélangeait avec de l’anisette pour le rendre encore meilleur.

Dans sa ferme où les maçons avaient fait des réparations, il y avait un lit d’acajou plaqué.

On avait bouché le trou punais où mûrissait le fumier.

Deux paires de persiennes, peintes en bleu perruquier, ornaient sa chambre à coucher. C’était splendide. Goret I et Goret II se seraient pendus à voir cela.

Feu Hébrard, décédé faute de quinze sous, en aurait eu une seconde attaque de mort subite.

Et les mystères! Il y en avait à boisseaux!

Des allées, des venues! M. Lecoq, qui paraissait être décidément un important personnage, malgré son déguisement de commis voyageur; M. Lecoq de La Perrière, s’il vous plaît! Un vieillard de cent ans, vénérable comme une relique et qu’on appelait le colonel, un docteur célèbre à Paris, qui avait fait passer la sciatique de Mathurine, de la jambe gauche dans la jambe droite, un comte, décoré sur toutes les coutures, voilà les gens qui venaient voir la Goret, maintenant!

Et ils lui parlaient chapeau bas.

Car la conspiration marchait… chut!

Nous n’avons rien dit encore de la conspiration. En province, les choses les plus bouffonnes prennent parfois de grands airs sérieux. La conspiration était, s’il est possible, encore plus drôle et plus invraisemblable que la fortune Goret.

Mais elle ne la valait pas, à beaucoup près.

Avant d’arriver à la conspiration, nous avons besoin de donner au lecteur quelques détails sur le pays où vont avoir lieu deux ou trois scènes de notre drame.

Les environs immédiats de La Ferté-Macé sont riches à l’égal des meilleures zones de la riche Normandie, mais en redescendant vers le sud et l’ouest, on trouve un quartier assez vaste qui semble avoir porté autrefois ce nom générique: le Désert. En effet, dans le parcours des deux forêts d’Andaine et de La Ferté, nombre de villages ont conservé ce nom: Saint-Maurice-du-Désert, Saint-Patrice-du-Désert et autres.

L’aspect de la contrée est pittoresque et très mouvementé.

Il y a tel vallon, comme celui où se sont établis les bains de Bagnoles, qui forme une petite Suisse en miniature, et les gorges d’Antoigny auraient une considérable réputation si elles étaient seulement situées dans le Tyrol.

C’est déjà l’Ouest; les hobereaux ne manquent pas; ils disputent le haut bout à quelques industriels. Aucune haine bien tranchée ne sépare les deux camps. La politique n’arrive pas là, comme en Bretagne, à l’état de fléau.

Il ne serait pas facile d’y trouver les éléments d’une chouannerie. Là, l’idée des dévouements à quoi que ce soit n’existe pas.

C’est la Normandie qui économise, maquignonne et pelote.

La féodalité a dû mourir là cent ans avant son heure.

Mais une conspiration où, par impossible, il y aurait de l’argent à gagner, y pourrait trouver des recrues.

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