Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Car de votre fraternit� que sauriez-vous attendre si elle n'est point fraternit� dans l'arbre dont vous �tes les �l�ments, lequel vous domine et vous vient de l'ext�rieur, car je dis c�dre la contrainte de la rocaille, laquelle n'est point fruit de la rocaille mais de la graine.
Comment sauriez-vous devenir c�dre si chacun choisit l'arbre � b�tir ou ne pr�tend point servir un arbre ou m�me s'oppose � la mont�e d'un arbre qu'il d�nommera tyrannie, et convoite la m�me place, il faut bien que l'on vous d�partage et que vous serviez l'arbre, plut�t que de pr�tendre vous en faire servir.
C'est pourquoi j'ai jet� ma graine et vous soumets � son pouvoir. Et je me connais comme injuste si justice est �galit�. Car je cr�e des lignes de force et des tensions et des figures. Mais gr�ce � moi qui vous ai chang�s en branchages vous vous nourrirez de soleil.
CVIII
De ma visite � la sentinelle endormie.
Car il est bon que celle-l� soit punie de mort. Puisque repose sur sa vigilance tant de sommeil au souffle lent, quand la vie t'alimente et se perp�tue � travers toi, comme au creux d'une anse ignor�e la palpitation des mers. Et les temples ferm�s, aux richesses sacerdotales lentement r�colt�es comme un miel, tant de sueur et de coups de ciseau et de coups de marteau et de pierres charri�es, et d'yeux us�s aux jeux d'aiguille dans les draps d'or, afin de les fleurir, et d'arrangements d�licats sous l'invention de mains pieuses. Et les greniers aux provisions afin que l'hiver soit doux � subir. Et les livres sacr�s dans les greniers de la sagesse o� repose la caution de l'homme. Et les malades dont j'aide la mort en la faisant paisible dans la coutume parmi les leurs, et presque inaper�ue de simplement d�l�guer plus loin l'h�ritage. Sentinelle, sentinelle, tu es sens des remparts lesquels sont gaine pour le corps fragile de la ville et l'emp�chant de se r�pandre, car si quelque br�che les cr�ve il n'est plus de sang pour le corps. Tu vas de long en large, d'abord ouvert � la rumeur d'un d�sert qui pr�pare ses armes et inlassablement te revient frapper comme la houle, et te p�trir et te durcir en m�me temps que te menacer. Car il n'est point � distinguer ce qui te ravage de ce qui te fonde, car c'est le m�me vent qui sculpte les dunes et les efface, le m�me flot qui sculpte la falaise et l'�boul�, la m�me contrainte qui te sculpte l'�me ou l'abrutit, le m�me travail qui te fait vivre et t'en emp�che, le m�me amour combl� qui te comble et te vide. Et ton ennemi c'est ta forme m�me car il t'oblige � te construire � l'int�rieur de tes remparts, de m�me que l'on pourrait dire de la mer qu'elle est ennemie du navire, puisqu'elle est pr�te � l'absorber et puisque le navire est avant tout lutte contre elle, mais dont on peut dire aussi qu'elle est mur et limite et forme du m�me navire, puisque au cours des g�n�rations c'est la division des flots par l'�trave qui a peu � peu sculpt� la car�ne, laquelle s'est faite plus harmonieuse pour s'y couler, et ainsi l'a fond�e et l'a embellie. Puisqu'on peut dire que c'est le vent, lequel d�chire les voiles, qui les a dessin�es comme il dessina l'aile, et que sans ennemi tu n'as ni forme ni mesure. Et que seraient les remparts s'il n'�tait point de sentinelle?
C'est pourquoi donc celle-l� qui dort fait que la ville est nue. Et c'est pourquoi l'on vient s'en saisir quand on la trouve, afin de la noyer dans son propre sommeil.
Or, voici qu'elle dormait la t�te appuy�e � la pierre plate et la bouche entrouverte. Et son visage �tait visage d'un enfant. Elle tenait encore son fusil press� contre elle � la fa�on d'un jouet qu'on emporte dans le r�ve. Et la consid�rant j'en eus piti�. Car j'ai piti�, par les nuits chaudes, de la d�faillance des hommes.
D�faillance des sentinelles, c'est le barbare qui vous endort. Conquises par le d�sert et laissant les portes libres de tourner lentement sur leurs gonds d'huile dans le silence, pour que soit f�cond�e la ville quand elle est �puis�e et qu'elle a besoin du barbare.
Sentinelle endormie. Avant-garde des ennemis. D�j� conquise, car ton sommeil est de ne plus �tre de la ville et bien nou�e et permanente, mais d'attendre la mue, et de t'ouvrir � la semence.
Donc me vint l'image de la ville d�faite � cause de ton simple sommeil car tout se noue en toi et s'y d�noue. Que tu es belle si tu veilles, oreille et regard de la ville� Et tellement noble de comprendre, dominant par ton simple amour l'intelligence des logiciens, car ils ne comprennent point la ville mais la divisent. Il est pour eux ici une prison, l� un h�pital, l� une maison de leurs amis et celle-l� m�me ils la d�composent dans leur c�ur, y voient cette chambre, puis une autre, puis l'autre. Et non point seulement les chambres mais de chacune cet objet-ci, cet objet-l�, cet autre encore. Puis l'objet lui-m�me ils l'effacent. Et que feront-ils de ces mat�riaux dont ils ne veulent rien construire?
Mais toi, sentinelle, si tu veilles, tu es en rapport avec la ville livr�e aux �toiles. Ni cette maison, ni cette autre, ni cet h�pital, ni ce palais. Mais la ville. Ni cette plainte de mourant, ni ce cri de femme en g�sine, ni ce g�missement d'amour, ni cet appel de nouveau-n�, mais ce souffle divers d'un corps unique. Mais la ville. Ni cette veille de celui-l�, ni ce sommeil de celui-ci, ni ce po�me de cet autre, ni cette recherche de ce dernier, mais ce m�lange de ferveur et de sommeil, ce feu sous les cendres de la Voie Lact�e. Mais la ville. Sentinelle, sentinelle, l'oreille coll�e � la poitrine d'une bien-aim�e, �coutant ce silence, ces repos et ces souffles divers qu'il importe de ne point diviser si l'on d�sire entendre, car c'est le battement d'un c�ur. Lequel est battement du c�ur. Et non rien d'autre.
Sentinelle, si tu veilles te voil� mon �gale. Car la ville repose sur toi et sur la ville repose l'empire. Certes j'agr�e que si je passe tu t'agenouilles, car ainsi vont les choses, et la s�ve de la racine vers le feuillage. Et il est bon que monte vers moi ton hommage car c'est circulation du sang dans l'empire, comme de l'amour du mari� vers la mari�e, comme du lait de la m�re vers l'enfant, comme du respect de la jeunesse vers la vieillesse, mais o� vas-tu me dire que quelqu'un re�oive quelque chose? Car d'abord moi-m�me je te sers.
C'est pourquoi, de profil, quand tu t'appuies contre ton arme, � mon �gal en Dieu, car qui peut distinguer les pierres de la base et de la clef de vo�te, et qui peut se montrer jaloux de l'une ou de l'autre? C'est pourquoi j'ai le c�ur qui me bat d'amour � te regarder sans que soit rien qui m'emp�che de te faire saisir par mes hommes d'armes.
Car voil� que tu dors. Sentinelle endormie. Sentinelle morte. Et je te regarde avec �pouvante car en toi dort et meurt l'empire. Je le vois malade � travers toi, car est mauvais ce signe, qu'il me d�l�gue des sentinelles pour dormir�
�Certes, me dis-je, le bourreau fera son office et noiera celui-l� dans son propre sommeil�� Mais me venait dans ma piti� un litige nouveau et inattendu. Car seuls les empires forts tranchent la t�te des sentinelles endormies, mais ceux-l� n'ont plus le droit de rien trancher qui ne d�l�guent plus que des sentinelles pour dormir. Car il importe de bien comprendre la rigueur. Ce n'est point en tranchant les t�tes des sentinelles endormies que l'on r�veille les empires, c'est quand les empires sont r�veill�s que sont tranch�es les t�tes des sentinelles endormies. Et ici encore tu confonds l'effet et la cause. Et de voir que les empires forts tranchent les t�tes, tu veux cr�er ta force en les tranchant, et tu n'es qu'un bouffon sanguinaire. Fonde l'amour et tu fondes la vigilance des sentinelles et la condamnation de celles-l� qui dorment, car elles se sont d'elles-m�mes tranch�es d�j� d'avec l'empire.