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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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» Magopo me dit adieu en me promettant de revenir dans cinq lunes, si toutefois les Mokololos se retiraient. Il m’engagea en outre à demeurer dans le voisinage des cataractes, m’affirmant que je ne courais nul danger près des Mokololos auxquels le docteur Livingstone a inspiré la plus vive sympathie pour les blancs.

» Ses prévisions se réalisèrent. Les nouveaux venus furent pleins de déférence pour moi. Je pus vaquer en toute sécurité à mes occupations, c’est-à-dire continuer mes recherches avec l’acharnement que vous pouvez croire. J’attendais patiemment le départ des Mokololos et les révolutions de la lune, comptant que les Batokas reviendraient en temps et lieux, après la disparition de leurs ennemis, à moins d’un détraquement bien improbable dans notre système planétaire. C’est alors que ma bonne étoile me conduisit au diggin où je vous trouvai l’un et l’autre.

» J’ai dit.

– Ce que tu viens de nous raconter là, mon cher Alexandre, est véritablement renversant. Ton enlèvement, ta captivité, ton évasion, ton sauvetage d’un monarque africain, le bric-à-brac de ce naïf potentat, son trésor, notre réunion extraordinaire, tout cela jusqu’à la rencontre de ce grand rôdeur qui te ressemble si étrangement, me stupéfie positivement, moi qui pourtant, pendant ma vie tourmentée d’explorateur, ai vu des choses que l’imagination la plus vagabonde n’eût osé soupçonner.

» J’avais bien raison de te dire que ta première escapade serait agrémentée d’événements impossibles, invraisemblables même.

– Bah ! reprit Alexandre, j’en passe encore et des meilleurs. Tu verras, quand nous aurons le temps de flâner et que nous reprendrons tout cela par le menu.

» Mais, à ton tour maintenant de me dire, ainsi qu’à Joseph, comment tu as réussi à te trouver au rendez-vous. Parle, et ne crains pas d’entrer dans les détails. Tu sais que tout ce qui te concerne a pour moi le plus vif intérêt.

» Notre sieste durera bien une heure encore, et nous sommes dans les meilleurs dispositions pour écouter.

» Joseph, mon cher camarade, puisque vous êtes en ce moment debout, ayez donc l’obligeance de jeter un coup d’œil sur la rive ennemie. Je n’entends plus rien. Est-ce que nos énergumènes auraient renoncé à toute poursuite ? Je n’en serais pas fâché, quelle que soit la sécurité que nous procure cette masse d’eau roulant entre eux et nous.

– Tout est calme, monsieur Alexandre, répondit Joseph après avoir inventorié d’un rapide regard le fleuve dont la perspective jaunâtre s’étalait à perte de vue.

– C’est parfait. Seigneur comte, vous avez la parole.

– Tu serais en droit d’attendre le récit d’aventures qui, pour être moins étranges que les tiennes, sortiraient quelque peu de la banalité.

– Sans doute, pourquoi pas ? Cette traversée du grand désert sud-africain par un homme isolé, sans ressources, est par elle-même un événement qui n’a rien de commun avec l’ordinaire.

– C’est vrai. Eh ! bien, la seule chose étonnante est positivement cette banalité, ce manque absolu d’incidents qui a signalé cet énorme voyage. Après ta disparition, nous nous sommes mis à ta recherche, avec Joseph, Zouga et le Bushman. Le Révérend et master Will se joignirent à nous, cela va sans dire, et je dois avouer, en historien consciencieux, qu’ils furent l’un et l’autre, très corrects.

» La fièvre me prit au moment où, flottant sur un radeau secoué par une rafale terrible, nous devenions le jouet des lames gonflées par une pluie d’orage. Je perdis connaissance et je m’éveillai après un temps dont il me fut impossible d’apprécier la durée. J’étais entre notre guide et le Bushman. Il ne restait pas trace du radeau, et Joseph, le Révérend, ainsi que master Will avaient disparu.

» J’étais dans un tel état de faiblesse, qu’il m’était impossible de me tenir debout, et que les mouvements les plus simples provoquaient en moi une fatigue incroyable. Je sentais en outre, à la partie postérieure de la tête, de violentes douleurs s’irradiant jusqu’à la colonne vertébrale, et ce mal physique, joint à l’angoisse poignante où me plongeait votre absence rendait, tu le conçois sans peine, ma situation déplorable, presque désespérée.

» Mes deux braves noirs me firent comprendre que depuis cinq jours et cinq nuits j’avais été en proie à un délire furieux, et que, croyant bien faire, ils m’avaient mis sur une sorte de brancard, auquel ils s’étaient vaillamment attelés, espérant toujours trouver du secours chez les nomades parcourant cette région désolée.

» Zouga qui est, ainsi que vous l’avez remarqué en maintes occasions, un garçon fort intelligent et plein de cœur, me prodigua entre temps les soins les plus dévoués pendant que le Bushman me traitait à la façon des docteurs de son pays. Il construisit à cet effet une cabane très exiguë, à l’aide de branches entrelacées et hermétiquement couverte avec de larges feuilles. Il donna à cette bâtisse primitive la forme d’une ruche, et la pourvut d’une ouverture latérale destinée à laisser passer ma tête. Cela fait, il m’introduisit, nu comme notre premier père, dans ce réduit, au milieu duquel brûlaient lentement des herbes sèches et des fragments de bois odorants répandant une fumée épaisse.

» Sans la précaution de soustraire ma tête à ces vapeurs suffocantes, j’étais asphyxié en un moment. J’en fus quitte pour un boucanage méthodique et prolongé dont le résultat fut d’amener une transpiration à ce point abondante, que je sentais la sueur ruisseler en pluie sur mon corps. À peine sorti de cette étuve, je fus, bon gré mal gré, couvert par Zouga, de ma chemise trempée dans une rivière aux eaux glacées. La réaction fut telle, que je m’évanouis.

– Mais, il y avait là de quoi te tuer raide.

– C’est la réflexion que je me permis de faire, en m’éveillant, à mon noir Esculape.

– Ne crains rien, chef, me répétait à satiété le brave garçon. Cette médecine est excellente. C’est celle de Daoud quand il avait la fièvre, et elle a toujours réussi.

» Je m’inclinai devant l’expérience du docteur Livingstone et je me laissai boucaner, masser, frictionner et doucher.

» Bien m’en prit d’ailleurs, car après trois jours de ce traitement barbare, j’étais radicalement guéri.

» Que vous dire de plus ? Je me remis en route aussitôt que je pus me tenir debout, et je m’avançai vers le Nord, soutenu par mes deux bons compagnons dont l’affectueux dévouement ne se démentit pas un instant. J’étais malheureusement privé de mes armes qui avaient coulé au moment où le radeau, n’obéissant plus à l’impulsion donnée par les bateliers, s’était brisé à un tournant de la rivière. Zouga et le Bushman devinrent mes pourvoyeurs. Nous allions, dévorant des racines, grignotant des baies sauvages, rongeant des bourgeons, et croquant jusqu’à des insectes. Entre temps, nous trouvions un excellent lézard...

– Pouah ! fit Alexandre écœuré.

– Quoique nous en ayons dit et pensé jadis, le lézard est décidément l’ami de l’homme, reprit gravement Albert. J’en fis souvent l’expérience. Puis, nous eûmes de temps à autre la bombance inespérée que nous procurait la rencontre d’un nid d’autruches.

– J’aime mieux cela.

– Moi aussi. Quoique l’œuf de l’autruche soit un manger peu délicat, nous en faisions nos délices eu égard à la faim qui nous talonnait. Nous trouvâmes enfin des cantons plus giboyeux. La venaison abonda ; dès lors, j’étais sauvé. Puis, les jours succédant aux jours, et à force de mettre continuellement un pied devant l’autre, je finis par entendre gronder la grande cataracte.

» Cet énorme voyage peut donc se résumer pour moi en trois mots : fièvre, faim et marche.

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