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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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« Je l’enlevai donc du récipient inusité où elle se trouvait, et je commençai à l’inventorier avec une émotion que tu comprendras tout à l’heure.

» Cette veste, tu t’en souviens, avec ses poches, ses doubles-fonds constituait un véritable magasin. J’y retrouvai d’abord mon briquet avec sa mèche parfaitement trempée, cela va sans dire, mais quelques heures d’exposition au soleil devaient lui restituer ses propriétés. Je remis, avec non moins de plaisir, la main sur ma petite lentille, qui peut, le cas échéant, remplacer avantageusement le silex. J’ouvris, non sans émotion, la grande poche de droite, agencée, comme une cartouchière, et contenant une douzaine de cartouches en laiton, chargées avec des balles explosibles de Pertuiset, et dont les douilles réamorçables à volonté, peuvent servir indéfiniment.

– Mais, mon pauvre ami, cette immersion prolongée devait avoir transformé la poudre en une véritable bouillie.

– Profonde erreur, mon cher Albert. La base de chaque cartouche ainsi que l’amorce avaient été lors de mon départ de France, enduites d’une solution de caoutchouc dissous dans du sulfure de carbone. L’évaporation de cette dernière substance avait laissé une mince pellicule de caoutchouc sur les points susceptibles d’être atteints par l’humidité, et rendu mes cartouches aussi parfaitement étanches qu’un flacon de verre bouché à l’émeri.[29]

– D’accord. Mais les amorces. Elles ne poussent pas, que je sache, sur les acacias ou les bauhinias.

– Tu as la mémoire courte. Joseph se souvient certainement de ma petite poche de gauche, en caoutchouc, et fermée comme ces bouteilles de cuir que vous appelez des peaux de bouc, vous autres Catalans.

– C’est ça, la peau de « vouc », interrompit Joseph.

– Eh ! bien, cette pochette renfermait trois cents amorces, imperméabilisées par le procédé ci-dessus indiqué, plus, un moule à balles dont la branche de droite forme l’instrument nécessaire au réamorçage des douilles, et celle de gauche, un emporte-pièce de calibre 8.

– Un emporte-pièce pour faire des bourres, n’est-ce pas. Mais avec quelle substance ?

– Tu n’es guère inventif, ô comte Albert de Villeroge, pour un explorateur endurci. Mais, avec de l’écorce d’arbre, du cuir, que sais-je encore.

» Quant à la poudre et au plomb, on en trouve partout. Les draymen approvisionnent toute l’Afrique Australe.

– Tout cela est bel et bon. Mais à quoi te servaient ces balles explosibles, ces cartouches réamorçables, ces outils fort ingénieux, je n’en disconviens pas, mais inutiles, puisque tu ne possédais pas même un pistolet de treize sous ?

– Trois jours après mon entrée en fonctions chez mes noirs patrons, quelques rôdeurs avaient apporté tout un stock d’armes européennes dont la vue me fit frémir. Il y avait, entre autres, trois énormes carabines calibre 8, que je reconnus aussitôt.

– Les nôtres, parbleu ! Elles se trouvaient sur un radeau qui m’emportait je ne sais où, j’étais atteint d’une fièvre terrible, et...

– Et le radeau chavira. Tu fus sauvé je ne sais comment du grand plongeon final. Tu me raconteras cela tout à l’heure. Toujours est-il que mes rôdeurs mirent la main sur les épaves de ton naufrage, et la vue de mon arme favorite trouvée avec les vôtres, me prouva que vous aviez rencontré ma piste.

» Le mécanisme les intrigua fortement. À peine familiarisés avec les fusils de traite, ils ne pouvaient comprendre le système à percussion centrale et les chiens rebondissant. Ils les tournèrent et les retournèrent inutilement en tous sens, les chargèrent à éclater, et essayèrent, mais en vain, de les faire partir. De guerre lasse, ils les troquèrent contre quelques paniers de bière de sorgho.

» Naturellement, les nouveaux acquéreurs n’en purent pas davantage tirer parti, et elles furent définitivement jetées au rebut, en attendant que les forgerons les convertissent en fers de flèches et de sagaies. L’une d’elles, la mienne, échut en partage à un personnage dont j’étais plus spécialement l’employé. Tu juges des regards d’envie que je jetais sur cette arme splendide, avec laquelle j’eusse pu, étant fourni de munitions, tenir en échec la tribu tout entière.

– Ah ! je devine tout. La trouvaille miraculeuse de ta veste contenant un arsenal allait te permettre de revendiquer, haut et ferme, ta liberté.

» Tu es né coiffé, mon cher Alexandre.

– Tu trouves ? Moi pas. J’avais enduré assez de misères pour donner une courbature au nommé Destin. Pour une fois que le guignon faisait relâche, il fallait en profiter.

» C’est ce que je fis sans plus tarder. Après m’être assuré que mes cartouches étaient en parfait état, je subtilisai adroitement ma carabine, je débarrassai les canons des substances insensées que ces imbéciles y avaient empilées, je les chargeai méthodiquement, puis, je me dis : Go ahead ! Traduction très libre : « Au petit bonheur ! »

» Je saisis, pour prendre congé de mes patrons, le moment où le kraal tout entier était plongé dans le plus profond sommeil, et je m’en allai tranquillement vers le Nord, au beau milieu de la nuit, par un magnifique clair de lune.

– Per amica silentia lunae...

– Euh ! Les grenouilles-taureaux et les hérons-butors faisaient un tapage infernal. Merci tout de même pour ta citation, au nom des mânes des classiques qui seront flattées d’être évoquées sur le Zambèze.

» Je marchai avec l’acharnement d’un homme libre qui n’a plus envie de faire la corvée d’eau, de piler le sorgho, et de toucher comme appointements des coups de chambock.

» En dépit de ma célérité, ce que j’avais prévu arriva. Le soleil était levé depuis trois heures à peine, qu’une forte patrouille, composée d’une vingtaine d’indigènes, apparut sur les derrières de mon corps d’armée.

» Comme il n’y avait pas de traînards de mon côté, mon corps expéditionnaire s’abrita derrière un arbre et attendit, prêt à défendre chèrement sa peau. Les ennemis accouraient en vociférant. Je les couchai en joue, espérant les intimider. Mais, les coquins, s’imaginant de très bonne foi que ma carabine était un accessoire de théâtre, ne tinrent aucun compte de ma menace. Ils n’étaient plus qu’à vingt pas, hurlant, grimaçant, brandissant leurs sagaies. Le temps pressait... Je fis feu !

» Un coup de canon, mon cher ! Pense donc, dix-sept grammes de poudre anglaise. Trois hommes tombèrent foudroyés. Les ravages de ma balle explosible furent épouvantables.

– Je crois bien, un projectile qui assomme un éléphant.

– Par malheur pour eux, ils se trouvaient l’un derrière l’autre.

– Tant pis !

– Les pauvres gens !...

» Cette effroyable exécution me laissa, sans qu’il fût besoin de redoubler, le maître de la situation. Ils détalèrent comme une bande de springbocks et disparurent.

» J’étais bien libre.

Le narrateur fit une pause pour retourner la brochette odorante qui crépitait au-dessus du brasier.

– J’arrive sans transition au second acte. Après le drame, la comédie la plus bouffonne qu’on puisse voir.

» J’avais marché pendant je ne sais plus combien de jours à rendre poussif le Juif Errant lui-même, quand je tombai un beau soir au milieu d’une battue monstre organisée contre un éléphant monumental.

» Le pauvre animal, harcelé par une centaine de noirs, était hérissé de sagaies comme une pelote d’aiguilles. Il semblait au moment d’expirer et les chasseurs poussaient des cris d’allégresse, à la vue de cette montagne de victuailles près de s’écrouler. Masqué par une épaisse futaie, j’assistais sans trop savoir ce que j’allais faire à ce drame cynégétique, attendant, pour me montrer, l’hallali par terre.

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29

J’ai usé d’un semblable procédé pour l’imperméabilisation de cartouches qui ont résisté en Guyane à des pluies diluviennes et à une immersion de huit jours dans une rivière. J’en ai rapporté une trentaine en France, et je les ai employées dernièrement, au bout de deux ans avec succès, dans une expédition au Maroc. Je profite de l’occasion pour recommander, aux explorateurs, cette méthode préconisée par M. Guinard, l’habile arquebusier de l’avenue de l’Opéra. L. B.

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