Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Nous verrons bien, répliqua-t-il en se hissant sur le marchepied, prêt à pénétrer dans le wagon.
Madame de Villeroge fit un pas en arrière et démasqua, dans ce mouvement de retraite, un tonnelet de la contenance d’une vingtaine de litres, posé sur un de ses bouts. Elle étendit en même temps la main droite, dans laquelle Klaas vit briller comme un éclair d’acier.
Le bandit frémit et resta un moment immobile, comme pétrifié.
– Eh ! bien, reprit intrépidement la jeune femme, vous vous arrêtez en si beau chemin.
» Allons, avouez-le, vous avez peur de sauter avec nous.
– Oui... madame. J’ai peur... je l’avoue. J’ai peur pour vous, car je veux que vous viviez.
– Vous voyez bien que nous sommes résolues à tout et que maintenant nous ne craignons plus vos menaces.
» Ah ! hier encore nous avions tout à redouter de votre fureur bestiale, et folle de terreur, j’écrivais cette phrase : « Venez au secours de celles qui ne peuvent même pas trouver dans la mort le refuge des désespérés ! »
» Tandis qu’aujourd’hui, j’ai une arme... ce revolver, trouvé par hasard dans une caisse qui a échappé à vos recherches et que je puis décharger dans ce tonnelet de poudre... votre réserve, sans doute.
» Master Klaas, nous ne vous craignons pas. Vous pouvez entrer ou sortir... à votre choix.
– Vous écriviez, madame ? reprit le Boër que cette phrase avait plus inquiété encore que la terrible menace de madame de Villeroge.
– Je veux bien condescendre à vous répondre. Oui, j’ai écrit hier, avec mon sang, un suprême appel, sur le premier feuillet d’un livre que j’ai lancé sur le sol, espérant qu’un homme de cœur le trouverait et viendrait à notre secours. Malgré la claustration que vous nous imposez, je n’ai pas été sans remarquer des traces nombreuses indiquant que nous sommes sur un point fréquenté.
» Eh ! Tenez, ce n’est pas une illusion. Vous pouvez comme nous apercevoir dans le lointain ce nuage de poussière, soulevé par un cavalier s’avançant au galop.
» Master Klaas, prenez garde ! C’est peut-être le vengeur attendu.
Le Boër poussa un cri de rage, bondit hors du wagon, ferma brusquement le panneau, et s’élança vers le siège de devant sur lequel était déposé son long roër à un coup.
– Mille tonnerres ! s’écria t-il, j’aime mieux cela. Je vais donc pouvoir batailler contre un homme. Que le diable m’emporte si celui-là ne paye pas pour tout le monde.
Madame de Villeroge ne s’était pas trompée. Quelques minutes s’étaient à peine écoulées, que le cavalier apparaissait distinctement. En homme prudent qui appréhende une mauvaise réception, il mit pied à terre hors de la portée d’une arme à feu et marcha lentement vers le wagon, en s’abritant derrière son cheval dont il se servait comme d’une barricade mouvante.
Cette précaution si simple lui sauva probablement la vie ; car Klaas qui le tenait en joue eut certainement fait feu sans même lui avoir demandé ni qui il était, ni ce qu’il voulait, tant il était exaspéré. Comme tous ses compatriotes, le Boër était un habile tireur. Avec son arme vénérable il se faisait un jeu d’atteindre à cent mètres une cheville de joug, et de briser le fond d’une bouteille.
Mais l’inconnu auquel toutes les précautions, toutes les ruses des batteurs d’estrade semblaient familières, ne laissait pas apercevoir le moindre morceau de son individu, et Klaas pestait de tout son cœur à la vue de cette marche savante à la perfection de laquelle il ne pouvait pourtant s’empêcher de rendre justice.
– C’est égal, grognait-il tout en tenant son fusil monstre aussi immobile que si c’eût été un joujou d’enfant, voilà qui s’appelle de la besogne bien faite.
» J’ai du plaisir à trouver un adversaire de cette force-là. Patience, mon gaillard, tu seras avant peu, forcé de te découvrir, et alors, si je découvre de ta personne grand seulement comme un florin, je couvre l’endroit d’un brimborion de plomb...
La distance séparant les deux hommes diminuait insensiblement. Crispées, haletantes, les deux jeunes femmes suivaient d’un œil anxieux, à travers une ouverture imperceptible pratiquée à la bâche de toile, les préliminaires du drame qui allait s’accomplir.
Anna, en voyant l’attitude du nouvel arrivant, attitude si différente des voyageurs qui s’abordent ordinairement en se souhaitant la bienvenue, ne pouvait douter qu’il n’eût trouvé le livre qu’elle avait lancé la veille dans un moment de désespoir. Car, pour s’avancer ainsi, cet homme devait indubitablement savoir à qui il avait affaire. Et Anna ne pouvait s’empêcher de regretter son imprudence, qui exposait cet inconnu à un péril mortel.
Au moment où elle attendait, pleine d’angoisse, la détonation et le sifflement de la balle, elle fut toute stupéfaite d’entendre Klaas pousser une exclamation de joyeux étonnement.
Il venait de reconnaître la monture géante dont les formes colossales se découpaient hardiment sur l’écran formé par un épais rideau de plantes vertes.
– Eh ! pardieu, je ne me trompe pas. C’est bien le cheval pie de Cornélis. Il n’y en a pas de pareil dans tout le Waal !
» Allons ! arrive donc un peu plus vite. Inutile de te « défiler » ainsi. C’est bien moi... Klaas.
L’inconnu, sans quitter tout à fait son attitude défiante, pressa le pas et arriva à quelques enjambées du Boër qui avait relevé son arme, et riait en ouvrant d’une oreille à l’autre une bouche dont un caïman eût été jaloux.
Une subite impression de stupeur remplaça brusquement cette hilarité, à la vue du voyageur qui venait enfin de se démasquer.
Au lieu des formes massives de son frère, Klaas apercevait un homme de haute taille, aux membres puissants, mais élégants, et dont les traits fins et distingués n’avaient rien de commun avec la face bestiale de son cadet.
– Gredin ! hurla-t-il en proie à un subit accès d’indescriptible fureur, tu as le cheval de Cornélis... c’est que tu l’as tué.
» Tu vas mourir !...
Et avec une agilité qu’on ne se fût pas attendu à rencontrer dans son torse de pachyderme, il bondit vers l’inconnu, appuya son fusil sur sa poitrine, avant qu’il eût pu même tenter un mouvement de retraite, et fit feu.
Un craquement sec se fit entendre. L’amorce seule avait pris feu.
Des cris furieux retentissaient en ce moment de l’autre côté du wagon, et une troupe de cavaliers s’avançaient en un demi-cercle menaçant.
– À mort Sam Smith !... à mort le bandit... le voleur... À mort !...
Le bushranger, – on l’a depuis longtemps reconnu, – n’avait pas sourcillé au moment de la tentative avortée de son antagoniste.
Un sourire amer crispa ses lèvres en entendant ces clameurs farouches. Puis, voyant qu’il allait être cerné, il s’élança d’un bond en selle et disparut comme une trombe en murmurant :
– Il n’est pas toujours facile de faire le bien. Pour une fois que je veux me passer cette fantaisie, j’ai failli la payer cher.
Anna, en voyant s’évanouir cette suprême espérance, avait pâli. Un sanglot déchirant poussé par sa compagne lui fit tourner la tête. Esther défaillait.
– Allons, courage, ma pauvre enfant...
– Oh ! cet homme. Tu ne l’as donc pas vu...
– Qu’y a-t-il ?
– Anna !... ma sœur... Si tu savais... ma tête se perd.
» Mais c’est lui.
– Qui ?
– Le Français qui a vendu son claim à mon père... et qui m’a rendue orpheline...
» C’est l’assassin !