Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
» L’agonie du pachyderme commença. Elle fut courte, mais terrible. Réunissant toute sa vigueur dans un dernier et formidable effort, il dressa ses oreilles, releva sa trompe, poussa un « barrit » qui me fit frissonner et se rua sur un groupe au milieu duquel se pavanait un gentleman du plus bel ébène, la tête coiffée d’un casque de pompier et le torse couvert d’un vêtement écarlate de général anglais.
» Éparpiller et broyer comme des fétus les pauvres diables qui lui lancèrent une dernier volée de sagaies, fut pour lui l’affaire d’un moment. Sa trompe s’abattait en même temps sur le pompier resté seul debout et le ceinturait d’un effort irrésistible. Le malheureux allait être étripé comme un poulet.
» C’était mon tour d’intervenir. Ma carabine était en joue. Je n’eus qu’à presser la détente. Le coup partit et ma balle vint frapper le monstre juste entre l’œil et l’oreille, le lieu d’élection des chasseurs d’ivoire. La boîte osseuse éclata comme une citrouille rudement projetée le long d’un mur. L’éléphant se dressa sur les pieds de derrière, après avoir eu toutefois la délicate attention de desserrer les anneaux de sa trompe. Puis, il roula lourdement sur le côté, en même temps que le noir, aux trois quarts suffoqué, se traînait dans les herbes, en invoquant toutes les divinités baroques qui siègent au Panthéon austral.
» Je fis une entrée très digne, et m’avançai avec la majesté qui convient à un homme qui vient de jouer le rôle de Providence. Le pompier m’aperçut. La vue de mon arme encore fumante, lui fit comprendre la part que je venais de prendre à sa délivrance. Il rajusta à la hâte son uniforme assez maltraité par l’accolade de l’éléphant, raffermit son casque, me tendit la main et m’adressa en anglais à peu près inintelligible, de chaleureux remerciements, complétés d’une pantomime plus éloquente d’ailleurs que ses vocables.
» La glace était rompue. On débita séance tenante une partie de la bête massacrée, puis, on me conduisit en grande pompe au kraal, dont mon nouvel ami était le chef. Le guignon était décidément conjuré par ma bienheureuse intervention, qui m’avait permis de conserver la précieuse existence du seigneur Magopo qui règne sur les derniers Batokas du haut Zambèze.
» J’abrège les détails relatifs à notre marche triomphale et à l’enthousiasme qui éclata sur notre passage. La majesté royale possède encore près de ces naïfs enfants de la nature tout son prestige, et l’heureux mortel qui avait empêché le trépas prématuré du titulaire de la couronne eut une large part aux bénédictions de la foule. Nous arrivâmes au kraal au milieu duquel s’élève la case de Son Altesse Magopo. Un vrai palais dont l’aménagement me stupéfia.
» Le monarque, remis de ses émotions, s’avança majestueux dans la salle du trône. Une vraie salle pourvue d’un vrai trône.
– Tu veux rire, interrompit Albert que ce pittoresque récit amusait comme un grand enfant.
– Ce siège royal sur lequel prit place le potentat est un superbe fauteuil en velours grenat, parsemé de clous jaunes qui flambaient comme des constellations.
» Sur le sol, s’étendaient de jolies nattes, où se trouvent épars, dans un désordre pittoresques, les objets les plus disparates, dont la vue faillit m’arracher l’éclat de rire le plus irrévérencieux. C’est un service à thé en argent, une botte vernie avec un éperon en bronze d’aluminium, une bible in-quarto, une grande malle anglaise toute neuve, un baromètre anéroïde dans son enveloppe circulaire en nickel, quelques flacons de verre bouchés à l’émeri, puis, trônant comme une divinité, l’instrument de M. Fleurant, perfectionné par le docteur Eguisier, etc., etc. J’en passe et des meilleurs.[30]
» Les monarques africains sont hospitaliers, et leur cordiale bonhomie donne volontiers des crocs-en-jambe à l’étiquette.
» Magopo, après avoir un instant reposé sur son fauteuil, se leva sans mot dire, en homme qui a pris une grande résolution et qui veut faire descendre sur celui dont les vicissitudes de la vie l’ont rendu l’obligé, les torrents de sa munificence. Il cambra sa haute taille, enleva de dessus le couvercle de la malle le narghilé système Éguisier, ouvrit la malle, en tira respectueusement... Je te le donne en cent mille...
– Le collier de la Toison d’or ?...
– Non, un huilier !...
Pour le coup, Albert et Joseph se tordirent secoués par un rire inextinguible.
– Un huilier, reprit gravement Alexandre, avec une jolie monture en ruolz et dont les deux flacons renfermaient l’un, une liqueur ambrée comme la topaze, l’autre, un produit d’une magnifique nuance émeraude.
» Les hauts dignitaires de la cour attendaient, prosternés dans un religieux silence, la fin de cette curieuse cérémonie, dont l’imprévu ne manquait pas d’intérêt pour moi.
» Magopo daigna me servir d’échanson. Il prit une tasse à thé, déboucha la liqueur d’or, emplit la tasse et me l’offrit poliment. Comme j’hésitais un moment avant de porter à ma bouche le mystérieux liquide, il prit le vase, en absorba délibérément la moitié, fit claquer sa langue et me tendit le reste.
» Complètement rassuré par cette épreuve, je n’eus garde de faire la petite bouche et je me mis à siroter lentement ma ration. Je ne veux pas vous intriguer plus longtemps, car je vois que vous grillez de connaître la suite. Ce nectar était tout simplement d’excellent vermouth de Turin, apporté en ce lieu désert par des voyageurs qui, voulant conquérir les bonnes grâces du monarque, lui avaient offert tout ce qui pouvait tenter sa naïve cupidité.
» Le second récipient contenait de l’absinthe, du Pernod authentique, s’il vous plaît, et vous ne sauriez concevoir la joie de mon hôte quand il vit que je faisais bon accueil à ses friandises, dont je dus lui répéter les noms à satiété.
» Magopo, enchanté, reboucha précieusement son huilier et le reposa dans la malle, au fond de laquelle mon regard tomba involontairement.
» J’eus comme un éblouissement. Quelque détaché que je sois des choses humaines, je n’ai pas été vainement chercheur de diamants pendant près d’une année, pour que la vue de la plus splendide collection de gemmes me laissât impassible.
» Le sauvage vit mon mouvement. Il prit une poignée de pierres brutes qui, pourtant, jetaient des feux éblouissants.
» – Les hommes blancs, me dit-il dans son patois, connaissent-ils ces cailloux ?
» – Oui, répondis-je, et ils y attachent un grand prix.
» – Tiens. Prends, ajouta-t-il sans préambule, puisque tu es mon ami.
» Et comme je me récriais, ne voulant pas profiter de son ignorance pour accepter un présent d’une telle valeur, il ajouta :
» – Les hommes blancs ont donc beaucoup de meules à percer avec ces pierres de feu ? Il nous suffit d’en avoir quelques-unes pour notre usage.
» – Mais non, répondis-je à bout d’arguments, et ne sachant comment lui expliquer le prix du diamant chez les peuples civilisés.
» Tiens, écoute, tu pourrais, en échange de toutes ce pierres, remplir un « pan » (lac) avec la liqueur que tu viens de me faire boire, et ce pan serait assez large et assez profond pour qu’un troupeau de cinq cents éléphants puisse s’y baigner sans prendre pied.
» Il parut s’absorber dans un long et laborieux calcul, puis secouant la tête en homme dont le cerveau se refuse à la solution d’un logogriphe incompréhensible. Il ouvrit derechef la malle, emplit, quoi que je pusse faire, mes poches de diamants et ajouta :
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Historique.