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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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» Cette occasion est toute trouvée. D’autant plus que les affaires chôment en ce moment ; et je suis aussi inactif qu’un amiral du cadre de réserve.

» Ma foi, le sort en est jeté. Je vais me mettre à la recherche des deux inconnues. Personne, d’ailleurs, ne saura que Sam Smith a joué les Don Quichottes.

» Voilà les traces du dray d’où a été envoyé ce messager de désespoir ; ces traces sont toutes fraîches... En avant !

Précédons de quelques kilomètres seulement le bushranger qui fait, pour un moment, trêve à sa sanglante besogne de réprouvé et rattrapons le wagon marchant lentement, traîné par son attelage épuisé.

Ce primitif véhicule est bien le même que Klaas le Boër a rencontré, quelques heures après l’assassinat de master Smithson, dans le kraal dévasté, situé sur un des affluents de droite de Brak-River.

Le sauvage blanc, insensible aux morsures du soleil, chemine lourdement, sanglé dans son justaucorps de cuir, près du siège placé devant le wagon. Son large chapeau, rabattu jusque sur ses yeux, ne laisse apercevoir qu’une barbe blonde, jaunâtre plutôt, implantée comme des soies dans une épiderme couleur de brique. Sa main étreint le manche d’un chambock démesuré dont la lanière tourbillonne de temps en temps avec une rapidité vertigineuse, pour s’abattre, avec un claquement aussi intense qu’un coup de pistolet, sur l’échine amaigrie des bœufs attelés au timon.

Klaas semble préoccupé. Il rumine des lambeaux de phrases trahissant de secrètes inquiétudes et un profond mécontentement de la situation présente.

– Drôle de métier que le mien. Depuis deux mois, me voici le geôlier de ces deux tourterelles qui veulent s’échapper de leur prison roulante ; les jours se succèdent et je ne vois pas le moment où cela va finir.

» Cornélis et Pieter en prennent vraiment trop à leur aise. Ils disposent de moi comme si je n’étais pas un vaillant Boër... sans peur, sinon sans reproche, et, somme toute, le chef de la famille.

» Ils sont prévenus depuis longtemps de la réussite de mon entreprise, ils savent que je tiens en mon pouvoir la femme qui connaît le secret du trésor, et au lieu d’accourir vers moi, ils m’appellent aux sources Victoria, où je dois les retrouver.

» Que diable peuvent-ils bien faire en pareil lieu ? On m’a dit qu’il y avait là de nouveaux kopjes. Mais cela n’est pas leur affaire. Est-ce que des bisons comme nous pouvons faire un tel métier ?

» Puis, enfin, je m’ennuie, moi. Je croyais avoir bon marché de cette femme et la faire obéir au doigt et à l’œil. Ah ! bien oui ! C’est elle qui me fait damner et pivoter comme un esclave. Encore, n’aurait-elle pas vis-à-vis d’un esclave ce ton méprisant qu’elle affecte envers moi...

» Et moi, je suis ensorcelé. Je n’ose pas même la contredire. C’est tout au plus si je lève mon regard sur elle. Puis aussitôt son œil bleu se braque sur moi, avec sa prunelle noire qui me semble le bout d’un canon de revolver. Je n’ai que le temps de m’enfuir et j’ai envie de hurler comme un chacal devant le lion. Ça brille comme de l’acier et ça me fait mal.

» Et l’autre... la juive. J’aimerais mieux apprivoiser une panthère noire. Comment diable s’y prennent donc les hommes d’Europe, pour se faire bien venir de créatures comme celles-là ! C’est gros comme rien, frêle comme une tige de bambou, faible comme un oiseau, et cela vous nargue douze heures par jour des hommes de ma trempe qui ne trouvent pas un mot à répondre...

» Il faut pourtant que cela finisse...

» Sans doute, c’est bientôt dit, mais comment ?

» Eh ! madame !... Madame, rentrez la tête...

– Vous vous permettez de me donner un ordre, je crois, riposta aussitôt une voix de femme au timbre harmonieux, mais dans les inflexions de laquelle on sentait une inébranlable fermeté.

– Non !... Pas un ordre, reprit le Boër... C’est une prière.

– Ordre ou prière, peu m’importe. Vous n’avez pas la prétention de nous faire étouffer dans le wagon.

– Mais, madame, le soleil est brûlant... Ses rayons sont dangereux. Je crains pour vous l’insolation...

– Qu’est-ce que cela vous fait ?

– Comment, madame, vous me demandez ce que cela peut me faire ?

– Non. C’est une manière de parler. Je ne vous demande qu’un peu d’air.

– Madame, c’est impossible en ce moment. Il y aurait un péril mortel à affronter le soleil de midi et le souci de votre existence m’est trop précieux...

Un éclat de rire sardonique interrompit la tirade du Boër dont le visage s’empourpra de colère, peut-être de honte.

– Le souci de mon existence... Ah ! ah !... Comme vous dites bien cela, master Klaas ! Allons, avouez que l’espoir d’obtenir pour rançon le trésor des rois cafres, est bien aussi pour quelque chose dans vos appréhensions.

– C’est vrai, madame, je suis cupide comme un sauvage. Mais la cupidité n’est pas ma seule passion, et j’ai appris en vous voyant qu’il pouvait en exister de plus fortes.

– Silence, rustre !

– Ah ! c’en est trop, à la fin. Eh ! bien, soit. Je suis un rustre. Jusqu’à présent j’ai été humble et soumis comme un chien. J’ai voulu faire le gentleman comme vos pantins d’Europe. Maintenant, c’est fini. C’est la brute qui parle, la brute qui veut... La brute à laquelle rien ne résiste.

Un cri d’effroi retentit dans l’intérieur du wagon.

– Anna ! ma sœur, qu’avez-vous fait ? Vous avez poussé à bout ce monstre dompté jusqu’alors par votre calme...

– Esther, mon enfant, ne craignez rien. Tôt ou tard la catastrophe était inévitable. Vaut mieux aujourd’hui que demain.

» Vous êtes résolue à tout, n’est-ce pas ?

– À tout, ma chère Anna. Vous le savez bien.

– Courage et laissez-moi faire.

Klaas écumant de rage avait jeté sur le sol son chambock et arrêté les bœufs d’un cri strident. Il fit en courant le tour de l’immense véhicule, et arriva à la porte de derrière au moment où finissait le colloque entre les deux femmes.

Il s’attendait à trouver cette porte fermée, et s’apprêtait déjà à se ruer comme une bête fauve sur le lourd panneau, quand les barres qui le maintenaient intérieurement tombèrent brusquement, laissant libre l’ouverture tout entière.

Un obstacle eût encore excité la fureur du Boër et décuplé ses forces. Cette apparence de reddition sans condition l’arrêta tout net. Prudent comme un véritable sauvage, il flaira un piège et jeta dans le dray un regard inquiet.

Debout au milieu du cadre noir formé par l’énorme caisse roulante, se tenaient, éclairées par la lumière venue du dehors, les deux femmes superbes de vaillance et de témérité. Esther, la Juive, pâle, mais résolue, s’appuyait à l’épaule d’Anna de Villeroge, dont le doux visage, transformé par l’indignation et une résolution implacable était devenu méconnaissable.

– Donnez-vous donc la peine d’entrer, master Klaas, dit-elle en riant ironiquement.

Ce rire, qui le sangla comme un coup de fouet, acheva de démonter le lourdaud qui pensait trouver les deux jeunes femmes atterrées devant la subite manifestation de sa fureur.

Son hésitation fut courte, pourtant. Il était trop avancé pour reculer. Puis, la colère, longue à monter chez lui, comme chez les animaux à sang froid, ne pouvait décroître qu’avec une lenteur proportionnelle.

– C’est bien, dit-il d’une voix sourde. J’obéis. Mais, Dieu me damne ! rira bien qui rira le dernier.

– Je dois pourtant vous prévenir que vous n’irez pas très loin, master Klaas, et que cette entrevue sera la dernière... heureusement.

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