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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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– C’est tout ?

– C’est tout.

– Et tes compagnons ?

– Ils doivent être non loin du diggin. Oh ! je suis sans inquiétude sur leur compte. Ils se débrouilleront et nous les reverrons quand les événements nous permettront d’aller à terre.

» Comme je ne m’attendais pas à rencontrer en ce lieu éloigné une exploitation opérée par des blancs, j’allai seul en découverte, en leur recommandant de ne pas se préoccuper si mon absence se prolongeait. J’entrai sous la tente que je trouvai pleine d’un tumulte inexprimable, et juste à temps pour voir Joseph batailler avec le diabolique entrain que tu sais.

– Allons, bravo ! mon cher Albert. C’est le cas ou jamais de répéter encore que tout est bien qui finit de même.

» Et vous, Joseph, qu’avez-vous à nous raconter ?

– Oh ! moi, rien du tout, monsieur Alexandre.

– Comment, rien du tout. Vous n’êtes pourtant pas tombé de la lune ni d’un ballon.

– Non. Je suis arrivé sur le dos d’« oune » zèbre.

– Sur un zèbre ?

– Oui, monsieur Alexandre. « Oune» zèbre, un cheval rayé. Ça va très vite.

– Je crois bien, un cheval rayé !

» Et par quel moyen avez-vous réussi à vous procurer cette monture originale ?

– En tuant le serpent qui voulait le manger. Un serpent gros comme la moitié de mon corps, et long... long de plus de huit mètres.

– Et ce serpent ?

– Je fis avec sa peau un harnais pour le zèbre.

– Voyons, Joseph, mon ami, nous jouons aux propos interrompus. Votre histoire me semble intéressante, racontez-la donc sans qu’il soit besoin de vous l’arracher morceau par morceau.

– Mais, je raconte, monsieur Alexandre.

» Le zèbre « il » est « oune vête » difficile à « appriboiser », pour en faire un « chebal ». Il ruait, se couchait, se dressait sur les pieds de derrière, il « boulait » me mordre.

» Mais, caraï ! Je te l’ai arrangé, la « maubaise vête. »

Albert eut un brusque éclat de rire qui décontenança tout net le narrateur.

– Vois-tu, dit-il à Alexandre, la méthode oratoire n’est pas le fort de Joseph. Il ignore les périodes et ne sait pas ménager les transitions ; enfin, il met volontiers la charrue devant les bœufs, c’est-à-dire le zèbre avant le serpent, et tu le troubles en voulant lui imposer ton procédé de dialectique. La preuve, c’est qu’il substitue les v aux b et réciproquement, sans en manquer un seul. Cette interversion, tu le sais, indique chez lui un trouble inusité.

– Continuez, mon cher Joseph, et faites de l’alphabet l’usage que bon vous semblera, reprit affectueusement Alexandre.

» Nous plaisantons, vous le savez bien, n’est-ce pas. C’est si bon de rire avec ceux qu’on aime.

– Or donc, continua Joseph, c’est quand je me trouvai seul, après que M. Albert fut parti avec le radeau. Je restai avec master Will qui jurait comme un traboucayre. Il prit à droite, moi à gauche. Dans la nuit nous n’en n’eûmes pas pour longtemps à nous perdre. Il s’en alla au diable. Moi aussi. Le lendemain, je vis un gros serpent qui, accroché par la queue à une branche, entourait dans ses anneaux un pauvre zèbre. Je coupai d’une balle les reins de cette vermine et je passai rapidement une liane aux quatre pattes du zèbre qui soufflait comme un phoque.

» Bon ! que je me dis. Toi, tu auras l’honneur de porter sur ton dos un bon sujet de la Catalogne française. Ah bien oui ! le gavache, quand je voulus lui grimper sur l’échine, il se mit à ruer. Ah ! misère de moi ! Une tempête de coups de pied à crever le ventre d’un rhinocéros. Comme je n’avais pas de temps à perdre, je me suis mis à dépouiller le serpent. Caraï ! « la bonne harnais » que son cuir. J’habillai ma monture comme je pus, puis, au trot !

» Il marchait, monsieur Alexandre, oh ! il marchait comme cette autruche à quatre pattes qu’on appelle girafe, de façon à attraper à la course cette girafe à deux pieds que l’on appelle l’autruche.

– Comme cela, tout simplement... Vous m’étonnez.

– Oui bien. Sauf que j’avais pris la précaution de lui faire avec un morceau de ma chemise un masque qui couvrait ses deux yeux. Puis, j’avais passé à travers un trou pratiqué dans son nez avec mon couteau, une lanière en peau de serpent.

– Diable ! vous m’en direz tant.

– C’est un très bon moyen. Je ne connais pas de mule andalouse qui puisse résister à un pareil procédé.

– Je vous crois volontiers.

– Mon animal, il me conduisit où je voulus, à la condition pour moi de le guider en tirant à droite ou à gauche comme avec un mors...

– Qu’il ne pouvait pas prendre aux dents.

– Sans doute. Je rencontrai beaucoup de nègres. Je leur demandai, bien poliment pourtant, le chemin des cataractes Victoria. Eh ! bien, croiriez-vous qu’ils ne voulurent jamais me renseigner.

» Ils me regardaient comme si j’étais tombé des nuages, sans plus me comprendre que si j’avais parlé le castillan le plus pur à un Polonais ou seulement à un Auvergnat.

» Je me guidai alors sur le soleil et, après avoir trotté pendant longtemps, j’arrivai au placer où j’eus l’honneur de vous rencontrer.

– Sans autres incidents ?

– Ma foi non, monsieur Alexandre. Sauf pourtant que, si je n’eus qu’à me louer des nègres rencontrés sur ma route, il n’en est pas de même des blancs.

» C’était trois ou quatre jours avant d’arriver au Champ de Diamants. Je marchais exténué, mes jambes refusaient de me porter.

– Et votre zèbre ?

– Il était mort depuis trente-six heures. Il ne voulait plus manger, le pauvre ! Puis la plaie de son nez « il » s’était envenimée une nuit que nous courions à travers les herbes de la prairie en feu...

– Vous avez traversé un incendie...

– Sans même griller ma moustache. Ma bête il caracolait au milieu d’antilopes, de lions, de singes, d’autruches, bref, d’un fouillis d’animaux « pire » que celui du hopo.

» Enfin, il tomba fourbu ou mort de faim ou peut-être d’autre chose. Je me remis en route à pied et je fis la rencontre d’une de ces grandes voitures qu’ils appellent ici dray. Je voulus acheter à manger et j’offris une livre en or... prise sur la somme que vous m’aviez confiée dans le temps et que j’avais sauvée de toutes les bagarres.

» Le particulier qui conduisait la voiture m’envoya brutalement au diable, et me jeta ma pièce d’or au nez.

» Caraï ! Si je n’avais pas été aussi éreinté, je l’aurais saigné comme l’Américain de ce matin, oui bien.

» Sur ces entrefaites, je vis, arrêté, de l’autre côté du wagon, un cavalier dont la vue me fit passer sur tout le corps un frisson de plaisir.

» Monsieur Alexandre ! que je criai tout joyeux. Monsieur Alexandre ! C’est donc vous !

» L’homme me regarda comme si j’eusse été fou et me dit : « Vous vous trompez. » Je m’en aperçus bien, hélas ! mais à la voix seulement, qui possédait un fort accent anglais... Sans cela, c’était à vous y laisser prendre vous-même.

– Que voulez-vous ? me demanda-t-il.

– À manger, en payant naturellement, puis le chemin des cataractes Victoria.

– Voici à manger, dit-il en me présentant un gros morceau de venaison froide. Quant à la route qui conduit aux Chutes, suivez-moi. Nous y serons dans trois jours.

» Je dévorais à belles dents ma viande, pendant que l’inconnu souriait de l’air d’un homme heureux d’avoir rendu service à son prochain.

» Combien vous dois-je, monsieur ? lui dis-je quand j’eus absorbé la dernière bouchée.

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