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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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» – Je veux que tu acceptes mes pierres. Quand tu retourneras dans le pays des blancs, tu m’enverras de l’absinthe et du vermouth.

VI

Albert de Villeroge prétend que l’on est « potinier » dans l’Afrique Australe. – Contretemps fâcheux. – Invasion du pays des Batokas par les Makololos. – Procédé indigène pour traiter un accès de fièvre pernicieuse. – Voyageur boucané. – Traversée du pays de la faim. – Aventures merveilleuses d’un homme qui n’a pas eu d’aventures. – Joseph s’évertue à expliquer que le zèbre est un cheval rayé. – Harnais en peau de serpent. – Suite de l’Odyssée de Joseph. – « Le chemin des cataractes Victoria, s’il vous plaît. » – Rencontre d’un inconnu complaisant. – Le Sosie d’Alexandre fait payer cher ses services.

Il y eut un entracte très court, pendant lequel les trois amis, si miraculeusement réunis, absorbèrent du meilleur appétit leur savoureux rôti. Albert surtout, dévora jusqu’à la dernière bouchée le perroquet et le calao dont se composait la ration de chaque convive. Ces repas sommaires improvisés à la diable sur des campements élémentaires, sont ordinairement rapides et silencieux. Rien, en effet, qui excite la loquacité des dîneurs. Installation incommode, cuisine souvent barbare, assaisonnements absents, manque absolu de liquide capiteux, tout concourt, sauf de rares exceptions, à faire de la restauration, un besoin plutôt qu’un plaisir. En expédition, on ne mange pas, on se repaît. Aussi, l’on abrège en absorbant les bouchées doubles.

– Ton monarque Batoka, dit Albert en s’allongeant voluptueusement sur le sol, me produit l’effet d’un personnage éminemment fantaisiste.

– Un brave homme, dans tous les cas, répondit Alexandre, et je déplore bien vivement son absence.

– Lui serait-il arrivé malheur ?

– J’en ai peur. Je continue ou plutôt j’achève mon récit dont la fin pourra vous édifier l’un et l’autre. Vous en saurez bientôt autant que moi sur les personnes et les choses qui nous intéressent.

» Il est inutile, n’est-ce pas, de vous dire que je devins non seulement l’hôte, mais encore l’ami du noir potentat auquel j’avais rendu le service qui signala notre entrée en relations. Il connut bientôt ma profonde sympathie pour les hommes de sa race, et apprit, je ne sais comment, la part que j’avais prise à la libération du Bushmen, ainsi que l’histoire du gamin mordu par le pickakolou.

» La distance qui sépare le pays des Batokas du lieu où se trouve le kraal de nos braves amis est pourtant immense et je l’évalue volontiers à plus de sept degrés, soit environ huit cents kilomètres.

» Eh ! bien, en dépit de cet éloignement et des difficultés matérielles empêchant les communications rapides, notre légende a traversé le Kalahari, pour arriver ici, grossie, amplifiée, mais pourtant réelle, quant au fond.

– Oui, interrompit gravement Albert, on est très potinier en Afrique Australe.

Alexandre eut un joyeux éclat de rire en entendant cette expression familière empruntée aux vocables parisiens.

– Potinier... Le mot est joli, appliqué à ces bons sauvages...

– Oh ! non seulement aux natifs, mais encore à ceux qui se targuent de civilisation.

– Que veux-tu dire ?

– Je m’explique. Que les Batokas et leur chef soient au courant d’une partie de nos faits et gestes depuis nos aventures dans le Kalahari, je le comprends à la rigueur.

» Mais que ce personnage énigmatique, qui nous a souhaité le bonjour à la sortie de l’écurie et nous a emprunté un cheval, puis offert un bateau, sache qui nous sommes, où nous allons et d’où nous venons, voilà qui me semble fort.

– Tu as raison. Les paroles prononcées à la hâte par mon Sosie, ne laissent pas de m’intriguer beaucoup.

– D’autant plus que s’il est si bien instruit des « cancans » relatifs à la zone, il sait où saura sous peu l’existence du Trésor des Rois Cafres.

» De là, à devenir pour nous un compétiteur gênant, il n’y a qu’un pas. S’il arrive aussi à connaître le contenu de la malle servant de coffre-fort à ton ami Magopo, il serait bien capable de chercher noise à ce pauvre diable.

– Je voulais justement te faire part de l’absence de Magopo, dont la disparition, bien que n’étant pas imputable à cet aventurier, me rend pourtant très perplexe.

» Je vous disais donc que ma sympathie pour les hommes de race indigène m’avait concilié l’affection des Batokas. Je devins leur hôte de prédilection ; bref, j’obtins mes lettres de grande naturalisation. Magopo, de plus en plus reconnaissant, m’initia aux redoutables mystères des Barimos, je fus appelé à l’honneur d’assister à une évocation solennelle, dont l’îlot où nous allons nous rendre incessamment, fut le théâtre. On me donna cette pirogue, je fus libre d’évoluer sur le fleuve, d’aller et de venir à ma guise, ce dont je profitai pour étudier minutieusement la région.

» C’est au cours de ces pérégrinations quotidiennes, qu’il me fut donné de faire la remarque relative à l’alignement de l’aiguille basaltique isolée, avec l’îlot et les trois acacias. Un grand point était désormais acquis : la fidélité du plan tracé par ton beau-père, d’après les indications du Cafre Lackmi. Malheureusement, tu le vois, le sol a, si je puis m’exprimer ainsi, des contacts assez nombreux avec cette ligne idéale ; il me fallait un temps assez long et user de grandes précautions pour reconnaître tous ces points, eu égard à la proximité du diggin.

» Ne voulant pas m’ouvrir à Magopo, j’attendais votre arrivée à tous deux non sans impatience, mais avec la plus entière confiance.

– Vraiment. Tu n’a pas un seul moment désespéré de nous ?

– Absolument pas.

– Et pourtant, il s’en est fallu de bien peu pour que nous ne nous revissions jamais.

– Parbleu ! C’est toujours comme cela. Mais est-ce qu’il est possible que nous échouions !

» Et d’ailleurs, la confiance est une chose qui ne s’impose pas. Donc, nous devions nous retrouver, puisque c’est fait.

– Fataliste, va !

– Ce fatalisme n’est que de la foi en moi ou plutôt en nous. C’est la force de l’explorateur, l’élément du succès. Nous avons voulu arriver aux chutes Victoria, et nous avons réussi en dépit de tout. Je ne sais pas par quels prodiges, mais par la seule force de cette volonté qui opère des merveilles.

» J’en reviens à Magopo. L’acharnement avec lequel j’opérais mes recherches, sembla tout d’abord l’étonner. Puis, avec la mobilité particulière au tempérament de ces primitifs enfants de la nature, il ne parut plus faire aucune attention à mes courses enragées.

» Il y a huit jours, il me prit à part et m’annonça que nous allions offrir de nouveaux sacrifices aux Barimos, et que si ces divinités équatoriales daignaient nous être favorables, il me ferait une confidence qui me rendrait toute ma tranquillité. Le rusé compère, qui cache sous une apparente insouciance un grand fonds de finesse, avait-il compris le but de mes excursions. Je l’ignore complètement. Toujours est-il que la veille du jour où devait avoir lieu la solennité, des guerriers haletants, hors d’haleine, arrivèrent épuisés, annonçant qu’une troupe nombreuse de Mokololos arrivaient à marches forcées pour attaquer les Batokas. Ces derniers, sans même penser à tenter la moindre résistance vis-à-vis de leurs ennemis séculaires, entassèrent pêle-mêle leurs objets les plus précieux dans leurs pirogues, franchirent le Zambèze et disparurent après avoir incendié leurs cases et tout ce qu’ils ne purent emporter.

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