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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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– Passe encore pour le Révérend. Son but est au moins parfaitement honorable, et l’œuvre des Missions a fait assez en faveur de la civilisation africaine pour que nous donnions, le cas échéant, aide et protection à un de ses membres.

» Mais ce grand drôle errant à travers le pays, à la recherche d’une position sociale, commence à m’agacer prodigieusement.

– Avec une échine charpentée comme la sienne et la paire de bras qu’il possède maintenant, il eût pu trouver à s’employer utilement au diggin.

– Tandis qu’il va encore nous falloir le supporter sur cet espace restreint où nous ne pouvons même pas nous isoler pour échanger quelques pensées intimes.

– Qu’à cela ne tienne. Je puis facilement, au lieu de gouverner droit à l’îlot, aller aborder sur un de ces jolies parterres qui émergent de tous côtés.

– Je ne demande pas mieux. Nous avons à causer. Et nos confidences sont assez importantes pour que nous cherchions quelques moments de solitude.

– Voilà qui est entendu. Nous allons faire jusqu’à demain l’école buissonnière, puis nous rallierons ce minuscule continent où notre présence ne tardera pas à être urgente.

– Ne crains-tu pas que les diggers ne viennent nous y relancer ?

– Il n’y a pas, que je sache, d’embarcations sur le littoral, sauf celles qui sont entre les mains des noirs.

» Il n’est guère à craindre que ces derniers, molestés déjà par les mineurs, consentent à les prendre à bord, sinon pour les noyer. Quant à affronter de nuit ce terrible cours d’eau, nul parmi eux ne l’oserait. S’ils essaient de venir pendant le jour, nous verrons à leur en ôter l’envie.

– À la bonne heure. Tiens, si tu m’en crois, nous allons aborder ici, tirer la barque sur le sol, et nous installer sous ce banian. Les oiseaux abondent, tu vas en massacrer quelques-uns, Joseph les plumera, je les mettrai à la broche, puis nous causerons pendant que cuira ce rôti dont mon estomac a le plus pressant besoin.

– Bien dit. Tu parles comme feu Jean Bouche-d’Or. Agissons.

Un quart d’heure s’était à peine écoulé que trois calaos et autant de perroquets gris gisaient pantelants sur le sol. Un feu vif pétilla bientôt, pendant que Joseph s’évertuait à dépouiller les pauvres bêtes de leur vêtement de plumes.

– Tu disais donc, commença Albert, que, après avoir été esclave...

– Attend un peu que je rassemble mes souvenirs. Je suis passé par une telle série d’aventures que si je ne mets pas un peu de méthode dans mes idées, mon récit sera aussi diffus qu’une harangue parlementaire.

» Voyons, nous nous sommes perdus de vue, il y a tout au plus deux mois, quand je m’élançai à la poursuite d’un couagga blessé, avec l’étourderie d’un collégien qui casse une patte à son premier lièvre.

– C’est bien cela. Nous contemplions écœurés le massacre des bêtes empilées dans le hopo.

– Je fus empoigné traîtreusement par les négriers portugais au moment où je venais d’être désarmé par un crocodile.

– Nous savons cela. Nous avons même retrouvé ta carabine.

– La preuve, c’est que la voici.

– Pas possible !

– Tiens, regarde plutôt sur la crosse l’empreinte des dents du saurien.

– Mais comment cette arme, que nous avons à notre tour perdue longtemps après, se trouve-t-elle entre tes mains ?

– Tu le sauras par la suite.

» Allons ! bon, voici que tu m’embrouilles pour mon début. Tant pis pour toi, je rogne le commencement : Ma course dans le kraal, au milieu de mes bourreaux qui me sanglaient, ainsi que mon cheval, à grands coups de chambock ; mon évasion ; ma fuite en Mazeppa ; comment je fus un gibier chassé dans un lac par une meute de crocodiles – ces laides bêtes m’en veulent prodigieusement. Je passerai sous silence, pour aujourd’hui du moins, mes aventures dans le bois, la mort de mon cheval tué raide par une lance empoisonnée, etc., etc. Tous ces détails oiseux, allongeraient ma narration. J’en arrive d’emblée à la partie essentielle.

» Je dormais bien tranquillement en attendant le moment de rechercher la direction du kraal, quand je m’éveillai au beau milieu d’une troupe de mauricauds que je reconnus tout d’abord. Ces coquins m’avaient amarré les bras et les jambes, au point qu’il m’était impossible de remuer.

– Et ces noirs étaient...

– Ceux-là mêmes qui avaient eu affaire au Révérend.

– L’orchestre ambulant ?...

– Positivement. Il a de jolies connaissances, le Révérend ! des malandrins qui sont complices des négriers dont ils s’intitulent les pourvoyeurs, avec une absence de pudeur tout à fait remarquable.

» Sachant la part que j’avais prise à la libération des Bushmen esclaves, ils me mirent carrément la bûche d’esclavage au cou, me déposèrent dans un canot qui descendit une rivière se dirigeant vers le Nord, puis, vogue la galère !

– Galère est bien le mot.

– Arrivé au kraal, je fis, ainsi que je vous le disais tout à l’heure, tout ce qui concernait mon nouvel état : écraser le millet, servir de domestique – non payé, sinon à coups de chambock, – faire la corvée d’eau, être le souffre-douleur de tous les petits monstres issus de ces gorilles à deux pattes, etc.

– Et cette torture dura longtemps ?

– Une douzaine de jours, c’est-à-dire douze jours de trop.

» Le métier, comme on dit vulgairement, commençait à m’entrer au corps, quand, un beau matin, au moment où je me rendais à la rivière avec mon attirail de coquilles d’œuf d’autruche, une odeur nauséabonde frappa désagréablement mon odorat. Cette odeur de musc alliée à je ne sais quelle pourriture, je la connais, c’est celle du crocodile.

» Au lieu de m’enfuir bêtement, sans savoir où se trouvait mon ennemi, j’inventorie d’un rapide coup d’œil l’espace découvert, afin de reconnaître le lieu où devait s’opérer ma retraite. Bien m’en prend, car j’aperçois, échoué sur les vases molles, par suite du retrait des eaux, un crocodile monumental, mort sans doute depuis longtemps, car il était en pleine putréfaction.

» Un immense éclat de rire m’échappe malgré moi, à l’aspect du monstre, dont la gueule est obstruée d’un énorme ballot qui ouvre démesurément ses mâchoires. Je reconnais le drôle pour avoir eu affaire à lui au moment où je jouais mon Mazeppa. Comme mes bourreaux avaient attaché à la queue de mon cheval un fagot d’attends-un-peu pour accélérer sa course, j’avais trouvé ingénieux d’enlever ces épines, de les recouvrir de ma veste de chasse, et de lancer le tout dans la gueule ouverte du vorace au moment où il allait happer un de mes membres.

– Bravo ! Et tout naturellement, ces horribles épines barbelées, en pénétrant jusque dans sa gorge le firent périr après un temps plus ou moins long.

– Comme tu le dis. Mais le plus beau de l’affaire, c’est que le soleil en développant dans son immonde carcasse une putréfaction rapide, produisit des gaz qui le firent flotter comme une bouée. Au lieu de couler, il s’en vint doucement s’échouer au fil de l’eau, et par le plus grand bonheur près du kraal où je me morfondais.

» Ma foi, la destinée me devait bien cela.

– Je me demande quel avantage pouvait te procurer la présence de cette charogne.

– Patience ! jeune présomptueux. Je viens de te dire que ma veste de chasse enveloppait le fagot d’épines.

– Elle devait être en bel état.

– Du velours à côtes de première qualité. Je te donnerai l’adresse du marchand quand nous retournerons au Cap. Elle était agrémentée de crevées aussi nombreuses que celles d’un pourpoint, mais peu importait. Je comptais sur le contenu de mes poches.

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