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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Nous avons trouvé ceci, vingt mètres plus bas. Ça vous dit quelque chose, je suppose.

Ughetti se tourna vers son chef de groupe :

— C’est l’arme d’Escoffier. Que la brigade d’intervention se prépare, Pichot, c’est le moment.

Puis s’adressant à l’ingénieur :

— Nous savons à présent que notre collègue se trouve dans ces souterrains. Avez-vous vu autre chose qui laisserait à penser qu’il n’est pas seul.

— Non, désolé.

— Pensez-vous qu’il vous ait entendu ?

— Il est possible que non, les cloisons sont si épaisses, le dédale est si compliqué que les sons, bien souvent, ne passent pas. Nous avons tenté l’expérience, il y a quelques années, avec un cor de chasse, le bruit était inaudible à une distance étonnamment proche.

— J’aimerais autant que nous agissions par surprise.

— Il se peut qu’il y ait un passage entre deux cavités, mes hommes pourraient en avoir le cœur net en sondant davantage, mais étant donné la tournure que prennent les événements, il n’est pas question de leur faire courir d’autres risques, ils ne sont pas payés pour ça.

— Bien entendu, monsieur Saint-Hubert. Rappelez vos équipes, nos hommes vont prendre la suite.

Il ne fallut pas plus de trente minutes à la brigade d’intervention pour mettre en place un dispositif efficace. Selon les conseils de l’ingénieur, il fallait procéder en pince, un groupe de policiers accédant par le tunnel du métro, un autre par le puits proche du funiculaire.

— S’il existe un passage, les deux équipes finiront par se rejoindre, dit-il.

Le quartier était paralysé, les curieux s’agglutinaient de tous côtés et la tension était palpable comme chaque fois qu’une curée est annoncée. Le bruit avait couru que l’on traquait le tueur du koun-miougou et l’excitation était à son comble. Un murmure parcourait la foule d’habitués et de touristes, assemblés sur les volées de marches des jardins du Sacré-Cœur. Le trafic de la ligne de métro no 12 était interrompu pour une durée indéterminée, la station était gardée par des hommes en noir, cagoulés et armés. On avait pris soin de mettre les enfants d’un groupe scolaire à l’abri, à l’intérieur des locaux.

52

Escoffier avait été secouru par Morlaix qui l’avait installé dans sa planque, profondément enfouie sous terre. Des vivres étaient stockées près d’un matelas posé sur le sol. Quelques torches flambaient autour d’eux, leurs flammes vacillantes ajoutaient au décor inquiétant en dessinant des ombres chinoises sur les parois de la carrière. Les deux hommes avaient entrepris un redoutable face à face.

— Je vous attendais plus tôt, capitaine, dit Morlaix. Vous aviez toutes les cartes en main, pourtant vous ne voyiez pas votre jeu magnifique.

Escoffier cherchait une issue des yeux. La souffrance physique, lancinante, amplifiait son impression de fiasco. Morlaix déballa une thermos d’un sac à dos et offrit une tasse de café à son prisonnier en le narguant :

— Vous êtes moins cartésien que vos collègues, néanmoins vous souffrez du syndrome du groupe, vous hésitez à vous démarquer, même quand votre intuition vous met sur la bonne voie.

— Vous parlez comme si vous étiez en position de force, Yann. Malgré les apparences, vous êtes le plus vulnérable, mes collègues finiront par vous trouver tôt ou tard.

— Ne croyez pas ça ! fit Morlaix, soudain agressif.

Il fixait le policier gravement, avec une pointe d’arrogance dans le regard. Damien comprit qu’il avait envisagé maints scénarios.

— Votre cavale ne pourra pas durer éternellement, Yann.

En tentant un mouvement, l’enquêteur étouffa un cri. Il songeait qu’il devait maintenir une relation de confiance, pressentant qu’il suffisait d’un mot malheureux pour que le cerveau de Yann Morlaix bascule dans la folie. Il devinait également que son interlocuteur percevait ses sentiments les plus refoulés, les plus secrets. Il ne devait pas laisser transparaître ses pensées véritables. Pour ne pas se trahir, il décida de se taire, mais son mutisme sembla accroître l’amertume de l’adversaire.

— Vous ne dites plus rien ?

— Ma vie est entre vos mains, n’est-ce pas suffisant ?

— Vous ne cherchez même pas à savoir pourquoi j’ai fait tout ça ?

Escoffier s’entendit répondre, machiavélique :

— Je suppose que vous aviez vos raisons.

Cette réponse déçut le tueur dont le visage se contracta, il aurait tant aimé se confier, s’épancher devant le policier qu’il considérait à la fois comme un ennemi et un frère d’armes.

— Ça ne fait rien, dit-il, je vais tout t’expliquer quand même.

Escoffier nota le changement de ton et le passage au tutoiement. Il ne savait pas ce qu’il devait en penser : était-ce un bon ou un mauvais présage ?

— Je ne voulais pas faire ça, c’était plus fort que moi, poursuivit Morlaix. Quand la fièvre me prenait, je ne contrôlais plus rien. Je m’en suis pris à des SDF parce que c’était facile, et puis, la mort d’un clochard passe presque inaperçue. J’ai collectionné des articles de journaux décrivant les méthodes employées par d’autres criminels. Les pauvres types, ils n’avaient aucune imagination, des bêtes voilà ce qu’ils étaient, des machines à tuer. Moi, je voulais y ajouter du mystère, donner une dimension sacrée à mon geste. La première fois que j’ai vu ton nom, c’était dans un journal…

Damien se sentait troublé par la personnalité de cet homme, oppressé par le sentiment d’être à la merci de sa folie.

— Tu étais le petit ami de la jeune fille tuée par Martin, ton nom revenait souvent dans la presse. On disait que tu étais étudiant en droit et que tu vivais à Aix, c’est fou ce que l’on arrive à savoir par les journaux. L’un d’entre eux précisait que tu avais vécu en Afrique… Curieux hasard, non ? J’étais le seul à savoir ce que signifiait le symbole trouvé auprès des victimes : le koun-miougou. J’étais bien placé pour ça, j’avais travaillé deux mois à la librairie du musée du Louvre, où j’avais découvert un livre répertoriant tous les symboles africains. J’étais médusé de constater que personne ne faisait le rapprochement, sauf moi. À partir de ce moment, ma décision de reprendre un jour ce symbole à mon compte fut prise. Je n’étais pas pressé, il fallait se montrer patient, attendre que les cerveaux se ramollissent, que la presse oublie, que les enquêteurs passent à autre chose. Ma vie s’arrangeait plutôt bien, j’avais trouvé une bonne place au Point- Virgule, Lisa m’aimait, j’étais libre. J’en oubliais presque que j’avais tué. Seulement voilà, il a fallu que cette éditrice se mêle de ce qui ne la regardait pas. Lavigne et elle étaient divorcés, pourtant elle le manipulait comme un pantin. J’épiais leurs conversations dans le bureau, alors qu’ils me croyaient à l’étage, comme un petit employé bien docile. Le Point-Virgule fait un beau chiffre d’affaires, je suis bien placé pour le savoir. J’avais tout fait pour me faire apprécier de Lavigne, il me considérait comme son fils, mais il a fallu qu’elle mette son grain de sel. Au fil des jours, l’emprise de l’éditrice sur son ex-mari augmentait, je voyais mes efforts bientôt réduits à néant. Dans mon dos, elle lui demandait de se séparer de moi, lui conseillait de mettre l’un de ses correcteurs à ma place. Je sentais qu’il était à deux doigts de flancher, je le connais bien le père Lavigne, c’est un faible. Elle lui disait que j’étais bizarre, insaisissable, et beaucoup trop au courant de leurs affaires. La vérité c’est qu’elle voulait plonger la main dans la caisse, et ce pauvre Lavigne ne voyait rien. Je savais ce qu’elle tramait avec sa bande de désaxés, je connaissais aussi l’existence de son fils, à force d’écouter aux portes. Finalement elle eut gain de cause, Lavigne envisageait de prendre le petit Nguyen à l’essai. Pour moi, il n’en était pas question.

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