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Peur sur Montmartre

Электронная книга - «Peur sur Montmartre». Краткое содержание книги:

Le 18e arrondissement de Paris est le théâtre de crimes inexpliqués. La signature du tueur, comme un dessin d'enfant, laisse les enquêteurs perplexes. Quand des féticheurs s'en mêlent, la panique est à son comble.
Du monde de la rue à celui de l'édition, le passé trouble des victimes recèle bien des zones d'ombre. Et cette bande des quatre, ces honnêtes commerçants de la butte Montmartre, que dissimulent-ils derrière l'apparence d'une vie bien rangée ?
Meurtres rituels, machination, vengeance ? Les hommes de la brigade doivent se confronter à des situations inattendues.
Le jeune capitaine Escoffier devra accepter de faire face à ses propres démons pour dénouer l'enquête.
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— Ça va toujours ? demanda Saint-Hubert au milieu d’une vaste galerie soutenue par d’énormes piliers de pierre.

— C’est époustouflant.

Escoffier n’avait pas la moindre idée de l’endroit où ils allaient et commençait à trouver le temps long. Une plaque aperçue au loin l’informa qu’ils se trouvaient dans le secteur de l’Observatoire. Saint-Hubert avançait toujours. Le policier regarda sa montre et constata qu’ils sillonnaient les galeries depuis plus de trois quarts d’heure.

— Nous nous trouvons à présent sous l’ancienne grande Chartreuse, détruite au début du XIXe siècle. Ici un homme est mort pendant la Révolution, après s’être égaré dans les boyaux. Cette stèle a été érigée en sa mémoire. Encore un peu de patience, nous arrivons.

La dernière grille céda sous le tour de clé de Saint-Hubert qui se campa bientôt devant une porte blindée qu’il ouvrit d’un geste sûr.

— Ce poste a servi d’abri aux Allemands pendant la dernière guerre. Le quartier général de la Luftwaffe était installé encore plus loin, près du Sénat, tout ce secteur était investi par les forces allemandes tandis que la FFI tenait son PC sous la place Denfert-Rochereau. Je vous ai guidé jusqu’ici afin que vous ayez un aperçu de l’étendue du réseau des galeries. Nous n’avons parcouru qu’une courte distance bien que vous ayez probablement l’impression d’avoir marché pendant des kilomètres. Si un homme tenait vraiment à se cacher sous terre, c’est indéniablement dans cette zone qu’il serait le plus tranquille, à condition de connaître un peu les lieux et surtout, comme vous vous en doutez, d’être en possession d’un trousseau de clés tel que celui-ci.

— La démonstration est convaincante, dit Escoffier dont les yeux s’écarquillaient de plus en plus.

Des inscriptions en allemand restées gravées ou peintes sur les murs apparaissaient puis disparaissaient à la lumière des torches. Câbles électriques arrachés, tuyaux rouillés et bancs pourris donnaient à l’ensemble un aspect macabre.

— Rien à voir avec les alentours de la butte Montmartre sous lesquels on ne peut en aucun cas circuler, disait l’ingénieur. Les carrières y ont toutes été foudroyées ou remblayées. Nous allons prendre un raccourci pour rentrer, restez bien derrière moi, si vous ne tenez pas à vous perdre.

Les deux hommes reprirent leur marche en silence. Seule une goutte, qui avait réussi à force d’obstination à transpercer la masse calcaire, émettait de temps à autre un bruit singulier dans le lointain, en rebondissant sur un bloc de pierre.

*

— Un meurtre de plus et le ministère remettra le fonctionnement de la brigade en cause, la pression de la rue est de plus en plus forte. Une autre manifestation pour la peine de mort est prévue, place de la Bastille, cet après-midi.

Saulieu ne cachait pas son inquiétude devant ses commissaires. Lisa Schoenberg se trouvait à présent dans le bureau du juge Axel Lagrange-Couturier. Bauer et Loyrette étaient à Nantes. Ughetti avait nettement l’impression que les choses s’accéléraient mais l’assassin courait toujours. Personne ne remettait plus en cause la culpabilité de Yann Morlaix. À la fin d’une réunion improvisée en fin de journée, Escoffier demanda quelques minutes d’attention supplémentaires, et afficha l’atlas récupéré au Point-Virgule.

— J’ai une proposition à vous soumettre, commandant, dit-il en regardant Pichot. Nous savons que Yann Morlaix est très intéressé par les souterrains, qu’il a en sa possession ce type de cartes représentant les réseaux des différentes galeries. Ce n’est pas anodin. Il préparait une monographie sur Montmartre qu’il connaît comme sa poche jusque dans son sous-sol. Pourquoi n’aurait-il pas choisi d’y installer sa planque ? D’après les spécialistes, le réseau au sud de Paris est le plus praticable, mais relativement facile à surveiller, malgré sa longueur, il est régulièrement visité par les différents professionnels. J’ai idée que si Morlaix voulait se cacher sous terre, il choisirait un endroit impossible, connu de lui seul, un endroit qu’il a mis longtemps à découvrir. Ce trait qu’il a tracé de ses mains pourrait nous servir de point de départ.

Escoffier balaya la partie nord de la carte.

— D’après moi, c’est ici qu’il pourrait se terrer, là où la masse est la plus épaisse.

— Qu’en disent les professionnels, Damien ? demanda Arrosteguy, captivé.

— L’ingénieur de l’Inspection des carrières n’y croit pas, il prétend que tout a été bouché. Morlaix sait comment nous procédons, il présume que nous nous rangerons à l’avis des techniciens et c’est justement pour cette raison qu’il faut absolument chercher dans ce secteur. Nous devons changer notre manière de raisonner, fonctionner comme lui, à l’envers, si je puis dire. Il faut sillonner les rues, les ruelles, les passages, les jardins publics, ouvrir les trappes, descendre par les puits d’accès, surveiller le tunnel du métro. À force de barouder, il a peut-être fini par trouver un passage.

On entendit un profond soupir général dans la pièce. Pichot trancha :

— Il faudrait des jours et des jours pour tout explorer, et Morlaix aurait toute latitude pour filer à l’anglaise pendant ce temps. D’après moi, ce n’est pas la solution la plus efficace. On n’est même pas certains qu’il se cache sous terre, ce n’est qu’une supposition parmi tant d’autres.

Zellerman entra brusquement et jeta un cahier sur le bureau :

— Nous cherchions une preuve de la culpabilité de Morlaix, dit-il, la voici !

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Pichot.

— Un cahier d’écolier recensant les plus beaux crimes commis depuis dix ans. Ouvrez, vous allez voir. Un travail remarquable. Ce type est un fou dangereux, un grand malade. Je n’ai jamais vu un truc pareil !

Arrosteguy s’empara du cahier et resta silencieux en feuilletant les pages, sidéré par ce qu’il découvrait : des articles de presse soigneusement répertoriés et collés, accompagnés de commentaires lapidaires, certains entourés au stylo rouge.

— C’est le résultat de la fouille de l’appartement de Morlaix, situé en haut d’une tour, porte des Lilas, commenta Zellerman. C’est tout ce que nous avons trouvé mais on ne pouvait pas espérer mieux. Il a bien choisi un ancien mode opératoire qu’il a trouvé dans les articles de journaux. Ce n’est plus de la criminalité à ce degré de cogitation, c’est de l’art. Ça fait des années qu’il opère, nous allons sûrement découvrir qu’il est l’auteur de crimes encore inexpliqués à ce jour. Les prélèvements sont au labo, nous aurons les résultats demain.

— Mais pourquoi s’en prendre à des gens si différents ? fit Arrosteguy.

— L’éditrice devait gêner ses plans, quant aux autres, les SDF, la petite Laurette et la dernière jeune femme, ce sont des victimes de sa folie pure. Allez savoir combien de cadavres nous allons encore découvrir dans sa vie ! ajouta Zellerman.

Ughetti, resté silencieux depuis le début du conciliabule, prit une décision :

— Étant donné le peu de pistes dont nous disposons, je vais me mettre en rapport avec l’ingénieur Saint-Hubert immédiatement. Soyez présents dès 7 heures demain matin, nous allons déclarer la guerre aux rats d’égout !

Et il abattit le plat de ses mains, ouvertes en éventail, sur le bureau.

49

Damien Escoffier accepta l’idée qu’il ne dormirait plus. Il se leva, se dirigea vers la table du salon où il avait étalé la carte des carrières qui ne le quittait plus. Là doit être inscrite la solution, mais nous ne la voyons pas, tellement elle est criante, se répétait-il.

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